‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 57 sur 69 · CHAPITRE IX. 15a · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 15a

8î rÉglise a obtenu un commencemenl de Justice et de liberté, elle ne l*a dû nulle part à Taction spontanée du pouvoir absolu : elle Ta dû exclusivement à la discussion et à Ténergle de ses enfants, au sein des assemblées politiques. G*e3t là que pour la première f6is les Radoifvilz, les Dollinger, les Buss, ]es> Beda Weber, les Reichensperger, au milieu des démagogues et des bureaucrates, ont su revendiquer victorieusement les droits du catholicisme (i). €*est. à la suite de ces discussions que les évèques ont pu s'assembler en concile à Wurlzbourg, pour la première fois depuis un siècle, et que les associations catholiques de Pieix, de Saint-Charles Borromée etc.^ ont tenu leurs assises publiques. Où sont-elles nées d'ailleurs, ces œuvres généreuses et fécondes de la ferveur catholique 7 Est-ce sous le sceptre paternel de rAulriche? Non : c'est en Prusse et dans les petits États du Rhin, c'est-à-dire dans les pays de lutte et de liberté. Ce qui est un grand malheur^ mais ce qui n'en est pas moins une incontestable vérité, c'est qu'il a fallu que la faux de la révolution ait atteint l'Autriche, pour que les chaînes de l'Eglise 7 fussent brisées.

En prusse, les sanglantes folies de la révolution de mars avaient fait éclore une constitution, sans

, (i) La Deutsche Volkshalle, da 4 avril 1852, remarque avec raison que c'est seulement depuis 1848 qu'on a entendu les laïques parler à la tribune le langage chrétien, qui naguère n'était entendu que de la bouche des prêtres et dans la chaire. Citons encore, parmi les orateurs laïques qui ont servi de leur éloquence et de leur courage la cause catholique, li's professeurs de Lassaulx, Pbilipps et Uermann Millier.

154 DES IVTÉaiÉTS CA.THOUQUES .

doute Irès-défectueuse au point de vue poUtiquey mais qui contenait ces trois articles, dont l*absence est à jamais regrettable dans la nôtre :

e Art. Xil. La liberté de religion est garantie.

« Art. XIV. Les corporations religieuses peuvent correspondre avec leurs supérieurs sans qu*il soit apporté d'obstacle à ces rapports.

« Art. XV. L^Ëglise catholique et TËglise ëvangéliqiie sont indépendantes Tune et Tautre dans le règlement et dans Padministrafion de leurs affaires. »

Il est de règle aujourd'hui, parmi nos nouveaux docteurs, de se fonder sur un mot très-profond de M. de Maistre, pour se donner le plaisir de mépriser les constitutions écrites. Je ne vois pas qu^il en soit de même chez nos frères au delà du Rhin ; je les entends invoquer ou regretter ces stipulations salutaires et nécessaires partout où les vieilles constitutions traditionnelles ont été déracinées par Tabsolutisme. Et cela se conçoit. Tant que la constitution prussienne a été debout et respectée, on a ménagé rÈglise, on Ta presque courtisée ; on a laissé toute liberté à son action. Aujourd'hui que la constitution est, à ce qu'il parait, virtuellement abrogée, et que le gouvernement parlementaire est à peu près annulé, que se passe-t-il à l'égard de l'Église? Le voici : on revient aux anciens errements de la bureaucratie prussienne ; on ressuscite la loi indigne qui privait d& la qualité de citoyen ceux qui iraient étudier la théologie à Rome (i) ; on s'alarme du succès des jésuites dans leurs missions; on leur refuse le droit

(0 Voir le décret ministériel da 16 jaillet 1852.

GHAPITAE IX. 1^5

des'éiahlir en Prusse ; et, pour que la plainle même Gessed'élre importune, on persécute la presse catholique, on saisit les écrits des apoloj^isles de r£g;lise, on «xpulse du territoire, comme des délinquants, l«s écrivains qui se vouent à la défense de la liberté religieuse (i). En un mol, tout semble annoncer un retour, que nous aimons encore ù croire éphémère et partie], au système de Frédéric-Guillaume m.

Ce monarque était aussi ennemi du régime parlementaire que peuvent Tétre nos journalistes religieux ; cela ne Ta pas empêché de pousser son aversion pour la liberté des consciences catholiques jusqu^à Fincarcération des archevêques de Cologne et de Posen. Le régime représentatif avait affranchi TËglise en Prusse ; le régime monarchique pur y condamnait à Texil ou à la prison des évêques fidèles à leur devoir. Le système parlementaire est aussi innocent de ces excès quMl Ta été de ceux de Fempereur Joseph ii . Et cependant c'est au parle- ^nentaire seul qu*en veulent l€« sentinelles vigilantes de notre presse religieuse. De 1780 à 1790, Joseph II n*ayait point d'assemblées pour le gêner, pour rétourdir, pour Tamoindrir aux yeux de ses peuples : aussi sut-il user de son autorité absolue pour supprimer deux mille monastères , chasser vingt raille religieux, créer et régenter les séroîqaires à sa fantaisie, soumettre les mandements épiscopaux à la censure, les bulles pontificales à Vexequatur, i^apper les biens cccléçiaslitiues d'impôts non autorisés par PÉglise, fixer le nombre des

(i) C'est le sort qu'a ou M. Hermanu Millier, rédacteur fD chef de la Volkshalle de Cologne.

1S6 DES i:CTéAETS CATHOLIQUES.

cierges à allumer dans les différents offices, tout réglementer, tout confondre, lout opprimer avec la violence d'un conquérant et la minutie chicanière d*un sacristain. Qu'on veuille bien me citer un gouvernement représentatif qui ait approché de ce modèle impérial.

En Bavière, qui est-ce qui a opéré, de 1800 à 1810, toute une révolution venue d'en haut, dajjs ce pays naguère le boulevard et le foyer de Tcsprit catholique en Allemagne? Qui a introduit, en 1803, Vin* digne placet? Qui a supprimé et 8|)olié tous les monastères, sans une seule exception ? Qui a altéré Tesprit exclusivement catholique des universités en les peuplant de protestants ou de raiionallsles? Qui a foulé aux pieds les mœurs, les croyances, les pieuses traditions du peuple le plus fidèle et le plus fervent? Qui a infligé au peuple et au clergé du Ty^ roi les quatre années de i>erséculion qui ont amené et justifié rhéroïque insurrection de 1800? Qui? Était-ce un gouvernement représentatif? Kon : c^é-» tait un roi absolu, du reste très-doux et très-bon, guidé par son ministre Monigelas, et sans Tombre d'une contitulion ou d'un parlement quelconque. £t, depuis, qui, dans ce même pays, a sacrifié à une misérable danseuse des minisires intègres et distingués, des professeurs éloquents et orthodoxes? Estce une majorité parlementaire? Non. C'est un roi, et un roi qui avait bâti des églises magnifiques, qui avait toujours donné à la religion des preuves d*affection et de respect. Et aujourd'hui, toujours dans ce même pays, qui attribue la principale influence à des notabilités prolestantes du caractère le plus équivoque? Le roi, le roi seul, en Tabscnce des

CUAPITRKIX. 157

chambres, et sans qu'elles y*soient pour rien. Car, nous sommes contraint de Pavouer, il y a encore des chambres en Bavière; il y a une constitution qui garantit la liberté de la presse et de la tribune, qui permet aux catholiques bavarois de se plaindre hautement de leurs griefs, et à nous de les connaitre.

Mais c'est en Italie qu'on nous appelle pour nous confondre, pour nous réduire au silence, pour nous montrer le régime parlementaire dans toute son horreur. Passons-y donc à la suite de ses dénonciateurs ; mais ayons soin de constater que nous sommes bien loin de dli*e ou de croire que ce régime convienne aux peuples d'Italie, soit dans le présent, soit dans Tavenir. I*^ous ne prétendons pas posséder une recelte universelle , à l'usage de tous les pays et de tous les peuples de l'univers. Nous ne défendons le gouvernement représentatif, nous ne le désirons, nous ne le regrettons que là où il a réussi , où il a duré, où il a vécu avec suite et honneur.

C'est assez dire que nous ne l'estimons i^ère en Italie, où l'expérience a toujours tourné contre lui. Mais l'examen de ses fautes et de ses chutes ne sera peut-être pas sans intérêt.

On voudra bien sans doute ne pas nous objecter ce qui s'est passé à Rome, et nous condamner à redire ce qui a été dit à la tribune sur l'impossibilité absolue d'un gouvernement représentatif à Rome» Le Moniteur du 20 octobre 1840 est lu pour ceux que cela peut intéresser. — Mais à Naples? Je ne sache pas que les tristes libéraux qui, en 1848, ont inauguré une nouvelle contrefaçon des idées françaises dans la capitale des Deux-Siciles , aient usé de 1^

158 bESI?(T£BETS CATHOUQ13ES.

éphémère autoHlé pour infliger à TÉglise d*au(re injure que Texpulsion des jésuiles; en quoi ils avaienl pour modèle le roi Ferdinand ly de Naples, qui, à rinslar de tous les souverains de sa maison, se mon* tra Tun des plus ardents promoteurs de leur persécution et de leur suppression par Clément xiv. Ils n*ont pas eu le temps de faire plus de mal , je le veux bien, et je m*en félicite. Mais aussi je n*ai pas entendu dire que le roi actuel , malgré sa généreuse piété , malgré les preuves si filiales de dévouement qu*il a données au pontife exilé , malgré le temps dont il a pu disposer, et la liberté complète de son action, ail encore songé à faire droit aux nombreuses et anciennes doléances de TÉglise sur le relâchement de la discipline et la gène des relations du clergé avec lesatnt-siége. Ce n*est donc pas le régime parlementaire que nous rendrons responsable de ce qui peut manquer au bien de la religion dans lesDeux-Siciles. En Toscane , il y avait encore au commencement de cette année deux édifices debout, mais chancelants : le Statut constitutionnel et les fameuses lois léopoldines qui, au milieu de beaucoup de réformes excellentes et nécessaires, avaient consacré la servitude de TÉglise d'une façon digne du frère de Joseph II, Pierre-Léopold, auteur de ces lois. On demandait le renversement de Tun et de Pautre. Nos nouveaux prôneurs d'absolutisme confondaient, dans leurs attaques, la constitution parlementaire avec les loisanlicléricales. Peu s*en fallait qiron ne rendit le statut de 1849 responsable des lois de 1780. Une fois le gouvernement représentatif par terre, disait-on, rien ne devait s'opposer à Témancipation de rÉglise. Qu*est-il arrivé? Le statut a été abrogé,

CHAPITaS IX. 159

et les lois léopoldines ont été soigneusement conservées. Toutes les entraves mises à Pindépendance et à la vie de TÉglise sont maintenues , avec cette seule différence que désormais aucun Toscan catholique n'aurait le droit ou le moyen de s'en plaindre publiquement, si Tinclination ou Tintelligence lui en venait. Tel est le genre de triomphe que vaut aux institutions catholiques la ruine des institutions parlementaires. On vante beaucoup les excellents changements introduits par le grand-duc dans Tinstruction publique : il a soumis tous les établissements d'éducation à Tépiscopat. Mais si les évéques demeurent en tout soumis au gouvernement, où est la garantie de la liberté du bien et de sa durée?

Mais le Piémont! voilà où Ton nous attend. Le Piémont, où régnent sans partage les institutions représentatives, n'est-ce pas là un argument souverain, un spectacle propre à ouvrir les yeux des plus obstinés fidèles du régime constitutionnel ?

Je n'ai point attendu la défaite du système représentatif en Europe pour signaler le danger, la criminelle folie du système suivi par les hommes politiques qui représentent la majorité du parlement piémontais (i). On ne saurait trouver d'expressions trop fortes pour blâmer ces prétendus hommes d'État, ces romanciers, ces économistes qui cherchent à se venger, sur le pape et les évéques, des affronts que leur outre-cuidance a valus sur le champ de bataille au noble pays qu'ils compromettent. On ne saurait assez siffler ces petits acteurs qui recommencent sur leur petit théâtre toutes les

(i) Lettre au Conttitutionnel, du 17 Juin 1850,

pièces déjà siffléeschez nous. Gomme ces faux sages (|ue le Dante a placés dans son Enfer, ils marchent la iéte retournée vers le dos, condamnés 'à ne voir qu'en arrière, et à faire ainsi du progrès à rebours :

Et vidi gente per !o vallon tonde

Venir.,..

Mirabîlmente apparve esser travolto

Giascun dal mento al priocipto del casse :

Che dalle rcni era lornalo il vollo Ed indietro venir li convenia, Perché M vedcr dinanzi era lor tolto.

( /n/crn., can t. xx.)

Mais le dommage qu'ils infligent à la liberté, à Tavenir de Tltalie, est bien autrement profond et irréparable que le mal qu'ils essayent de faire à TEglise. Le clergé du royaume de Sardaigne, si édifiant et si instruit, se retrempera dans ces nobles luttes qui ont déjà valu des palmes immortelles aux archevêques de Turin et de Gagliari. Dans cet illustre épiscopat pas un membre n'a failli au devoir qui l'enchaine au cbef ; et Ton peut d'avance calculer la vigueur nouvelle que puisera, au sein de ces épreuves, la religion, seule force vitale de l'Italie. Des laïques courageux et intelligents se formeront et se forment déjà, dans cette gymnastique* salutaire, pour toutes les exigences de la vie publique. En outre, ce serait commettre la plus grave erreur que de faire dater, en Piémont comme ailleurs, l'iiostilité contre l'Église de la création du gouvernement constitutionnel. Tout le mal qui éclate aujourd'hui a son origine dans les traditions et les habitudes de la monarchie absolue. C'est elle,

Page 1