CHAPITRE ï
tique fierté du clergé et du peuple belge. Ils ne chercheront pas un remède dans le despotisme; ils ne soupireront pas après un régime dont ils ont connu et répudié le péril. Si affligeant que puisse être à leurs yeux l'ascendant politique d'un parti incorrigible, ils le trouveront moins humiliant et moins dangereux que le système qui don* nait à Joseph II le droit d'efTacer d'un trait de plume toutes les libertés traditionnelles du pays et de rÉglisCy à Napoléon le pouvoir d'incorporer le grand séminaire de Gand dans un escadron du train d'artillerie % et au roi Guillaume V^ l'audace de condamner au carcan un évéque coupable de résistance à ses volontés arbitraires ^.
N'oublions pas la Hollande , car, là aussi, de précieux éléments de régénération se présentent et se développent aux yeuxdel'observateurétonné. Oui, dans cette Hollande, où la persécution contre les catholiques a été pendant un demi-siècle si active et si efficace; qui a si cruellement pourchassé les missionnaires, les religieux, tous les soldats de la vérité, dans les deux hémisphères, sur terre et sur mer, en Asie comme en Amérique; qui a anéanti, avec la domination portugaise, les meilleures espé-
■ Ed avril i8i3, deux cent trente-six séminaristes de Gand furent envoyés à Wesel pour y être incorporés au train d'artillerie. Voir le décret du gouvernement provisoire qui leur rend la liberté, en date du 9 avril 1814, au Bulletin fies lois, 5* série, 1 1, p. 3i.
* Le prince de Broglie, évéque de Gand. S*étant dérobé par la fuite à la sentence qui le menaçait , il ne fut mis au carcan qn*en effigie, entre deux voleurs, le 8 octobre 1817.
rances de l'Église dans les Indes ; et qui, arrivée au ternie de ses conquêtes coloniales, était devenue elle-même comme une sorte de colonie d'écrivains incrédules et jansénistes ; dans cette Hollande, où l'existence des catholiques était comme oubliée du monde entier^ ils ont peu à peu reconquis la force et l'importance qui conviennent à la moitié d'un peuple. Leur nombre s'élève déjà aux deux cinquièmes de la population entière. La gravité de leurs mœurs, la ferveur de leur foi, leur pieuse munificence, y ont assuré à l'Église une existence considérable et honorée. L'intolérance protestante s'est alarmée de ces progrès imprévus; les vieux réformés de Dordrecht cherchent à voiler le néant où est tombée leur propre doctrine, en maintenant l'ancien joug sur le cou deleurs victimes. Comme la fausse mère du jugement de Salomon, ils réclament la mort de l'enfant qui continue à vivre, pour se consoler d'avoir étouiTé la vie chez leur propre progéniture. A la liberté et à l'égalité entre toutes les confessions que garantit en droit la constitution du royaume^ on substitue en fait un système d'exclusion uni* verselle, grâce auquel les catholiques sont privés de toute participation aux emplois publics, et même aux fonctions électives. Les sociétés secrètes lippt)rtent k cette œuvre d'iniquité le cohcours de leur actidn perverse et habile. Mais, aidés par la presse et le courage inébranlable de quelques écrivains indépendants, les catholiques n'ont pas décliné la lutte: ils ont déjà obtenu la pleine liberté de leurs relations avec Borne; ils dispu-