CHAPITRE I. ay
lent pied à pied le terrain que la loi leur assure, que l'arbitraire et le préjuge leur contestent; ils résistent avec celte généreuse persévérance que Dieu ne se lasse pas d'éprouver, mais qu'il se plait toujours à couronner; et chaque jour voit s'accroître leur nombre et grandir leur courage.
Mais c'est en France surtout que la transformation doit frapper les esprits les plus distraits. Est-ce bien ce même pays qui semblait , il y a trente ans, il y a dix ans même y n'avoir pas assez de répugnance pour l'influence du clergé, pas assez de dédains pour les institutions religieuses? Qu'est devenue cette formidable impopularité dont la moindre manifestation de la pensée ou de l'action catholique était assaillie ? Où ont passé ces docteurs y ces écrivains qui trouvaient , dans la résurrection des vieilles diatribes contre les moines et les prêtres , une source intarissable de profits et d'honneurs? On eût dit qu'il n'y avait d'écho, de crédit, de publicité, que pour leurs invectives : et voici que l'Église apparaît plus forte, plus aimée, plus populaire qu'à aucune époque de notre histoire moderne! Tous les pouvoirs qui se succèdent invoquent son appui et sa sympathie ; tous lui témoignent tour à tout* leur respect, leur confiance^ leur humble dévoué* ment; tous se disputent l'honneur de proclamer son indispensable influence et de relâcher, sinon d'anéantir, ses anciennes entraves. Nous autres, pauvres ilotes de la vie politique, si longtemps iitéprisés par tous les partis, si longtemps re*
aS DKS INTÉRÊTS CATHOLIQUES.
légués au rang des rêveurs importuns et des pétitionnaires dédaignés, nous avons triomphé, non pas certes pour toujours, ni peut-être pour longtemps, mais assez, pour connaître le secret de notre force et la valeur de notre appui. I^a liberté de renseignement, si longtemps réclamée en vain , est enfin conquise; elle est votée par les mains mêmes de ceux qui l'avaient le plus opiniâtrement refusée. On offre aux évêques plus de maisons qu'ils n'en peuvent diriger, aux jésuites plus d'élèves qu'ils n'en peuvent instruire. Aux jésuites! avons-nous dit ? Oui, ces jésuites, à si peu d'années de tous les efforts tentés à Paris et à Kome pour obtenir leur dispersion , leur extinction complète, les voilà tranquillement investis du seul droit qu'ils aient jamais réclamé : celui de se dévouer au salut des âmes! Les voilà conviés par l'autorité publique elle-même aux missions les plus conformes à l'infatigable flexibilité de leur institut ; au gouvernement des colonies d'enfants en Algérie, à la réforme morale des colonies pénales à Cayenne! Pour les autres ordres religieux, ils se fondent et se développent librement sur le sol dont les bannissaient tant de lois, encore inscrites dans nos codes, et hier encore invoquées contre nous. Nos évêques, à qui l'on interdisait naguère de s'entendre même par écrit, ont pu se réunir librement, et donner à la chrétienté étonnée le spectacle de treize conciles provinciaux , célébrés avec toute la majesté de l'ancien droit, et tous rivalisant de zèle et d'éloquence dans l'expression de leur sollicitude pour les intérêts moraux
de la France, de leur dévouetnenl aux prérogatives du saint-siége. Je n'ignore pas que ces conquêtes de la liberté catholique ne sont plus, ou ne sont pas encore, placées sous la sanction des lois; que les articles organiques, si indignement accolés au texte sacré du concordat, ne sont pas abrogés; que plus d'unearme redoutablesommeille dans l'arsenal de la législation ; mais dans un pays 011 le droit écrit est condamné à subir des variations si promptes et si fréquentes, il est permis de regarder les faits qu'on vieut de rappeler comme pourvus d'une autorité sérieuse et incontestable.
11 y a d'ailleurs des faits qui sont des actes, destinés à signaler toute une époque et à prendre rang parmi les plus précieux souvenirs et les plus irrécusables engagements d'une grande nation. Telles sont les éloquentes protestations de dévouement à l'Église que le chef actuel de l'État a si souvent renouvelées depuis sa première candidature à la dignité suprême ; tels sont les témoignages de respect et de sympathie prodigués, dans toutes les occasions, par l'immense majorité de l'assemblée constituante et de l'assemblée législative, à la religion catholique; telle est l'expédition de Rome, décrétée par nos votes, accomplie par nos armes; telle est surtout cette fin sublime de l'archevêque de Paris, marquée au coin d'une si héroïque simplicité, qui a jeté au milieu de nos discordes civiles un reflet des âges héroïques de rÉglise. C'est pour la plus grande gloire du catholicisme et de la France que s'est répandue dans tout l'univers, jusque dans les sierras de
3o DES INTERETS CATHOLIQUES.
rAmërique espagnole et les Iles ëparses de la Polynésie, comme la plus touchante et la plus vëridique des légendes , Thisloire de cet évéque , moH pour r amour de Dieu et des Français ' .
Cependant y passons le détroit, et contemplons avec respect et reconnaissance l'un des plus étonnants spectacles que Dieu ait donnés au monde. L'Angleterre, cette nation souveraine, héritière et rivale de l'ancienne Rome, par l'étendue de sa puissance, la durable majesté de ses institutions, l'énergie de sa politique, la persévérance de ses desseins; l'Angleterre, si longtemps chère et fidèle à l'Église , puis révoltée contre sa mère, et au sein de son apostasie comblée de toutes les prospérités humaines; l'Angleterre, à qui rien ne résiste, et qui brave avec imprudence et impunité les périls auxquels tous les autres États ont succombé; cette fière et toutepuissante Angleterre se sent envahie, bravée et vaincue par l'invincible faiblesse de cette Église qu'elle a tant de fois cru anéantir. Elle porte attaché à son flanc, avec le témoignage toujours vivant de sa faute capitale, l'instrument de sa punition, qui peut devenir, quand elle le voudra, celui de la miséricorde divine envers elle. L'Irlande, si longtemps oubliée par toute l'Europe, même catholique, n'a jamais oublié sa foi. Elle a vécu d'un long supplice, martyre de son amour indomptable pour l'Église romaine. Trois siècles de
I Exergue de la médaille qui fut frappée pour le jour de ses obsèques.