‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 125 sur 125 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Satisferons-nous à cette impérieuse nécessité? Sortirons-nous des ornières révolutionnaires pour marcher dans les voies du droit et de la liberté selon le droit? C'est la question de notre époque. Question de politique extérieure comme de politique intérieure, tantôt civile, tantôt religieuse, française hier, italienne aujourd'hui, européenne demain. Quels qu'en soient l'objet spécial et le théâtre, dès que cette question s'élève, c'est du sort de la société chrétienne qu'il s'agit; c'est entre l'esprit chrétien

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et l'esprit révolutionnaire qu'est engagé le combat. l^e caractère essentiel de l'esprit chrétien est le respect de la règle et du droit, de tous les droits, des droits de Dieu comme des droits de Tlionime, des droits des gouvernements comme des droits des peuples, dos droits du passé comme des droits de l'avenir. .Le caractère dominant et permanent de l'esprit révolutionnaire est au contraire la passion, tantôt la passion de la licence, tantôt la passion d'une idée fixe et exclusive, devant laquelle s'évanouissent tous les droits qui la gênent, et à laquelle tous les moyens sont bons pour se satisfaire, la ruse aussi bien que la violence, tantôt la menace, tantôt la séduction, aujourd'hui l'attaque au pouvoir, demain le mépris de la liberté. L'Italie nous offre en ce moment l'un et l'autre spectacle. Dans le royaume de Naples, après avoir chassé le Roi, une armée étrangère fait la guerre à je ne sais pas bien quelle partie, mais certainement h une partie considérable du peuple napolitain (|ui regarde les Piémontais

comme des étrangers, et ne veut pas de leur domination. Pour dompter sa résistance, on exile, on emprisonne, on fusille les prisonniers de guerre; on incendie les villes. Dans la question romaine, ces procédés ne sont pas de mise; la France couvre Rome de son bouclier : on tente d'autres voies; on s'adresse au public catholique, au pape lui-même; on essaye de l'intimider, que dis-je? de le persuader. On le presse de céder au temps, de se résigner à la nécessité, d'accepter les transformations qu'on lui offre. On craint d'exciter trop de trouble en portant sur lui des mains violentes ; on lui demande d'abdiquer pour épargner h ses ennemis l'embarras de le détrôner.

Je ne suis rien dans le gouvernement de mon pays; il ne m'appartient pas de lui donner des conseils ; mais je puis m' adresser à mon pays et à son gouvernement pour leur signaler les fautes et les périls 011 les entraîneraient, selon moi, une adhésion complaisante et un laisser-aller imprévoyant à cette

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politique tour à tour brutale et hypocrite, qui compromet, bien loin de la servir, la bonne cause en Italie, et qui jette la société chrétienne dans une perturbation douloureuse, prélude certain d'une anarchie que nous verrions tantôt déchaînée , tantôt comprimée dans je ne sais quelles chaînes. 11 dépend des honnêtes gens, des gens sensés, des chrétiens, de se soustraire, eux et leurs enfants, à ces chances déplorables. De toutes nos expériences et de toutes nos souffrances, diverses et communes, il nous reste ce grand résultat que les vérités chères et nécessaires à notre temps se sont dégagées des nuages qu'elles ont eus à traverser, et frappent maintenant presque tous les yeux. Sur les droits de la conscience et de la liberté humaines, sur la justice due à tous, sur les devoirs de la sympathie c nvers tous, nous sommes maintenant en possession assurée de maximes d'origine chrétienne en môme temps que de conquête philosophique; maximes dominantes bien qu'encore quelquefois contestées, et que ceux-là mêmes qui les

contoslent n'oseraient ou ne pouiTaient violer longtemps ni impunément. A travers les dissensions qui nous agitent encore, il y a maintenant, dans la grande majorité des esprits autant de lumières, et dans la grande majorité des cœurs autant d'équité qu'il en faut pour assurer la satisfaction des besoins sociaux et des désirs légitimes de notre époque. Mais, à elles seules, ces lumières et ces bonnes intentions ne sont rien ; il faut qu'elles passent dans la prati(iue de la vie et dans la conduite des affaires publiques. L'influence» du public sur le gouvernement, soit pour le diriger, soit pour le contenir, peut seule assurer ce résultat. Chrétiens ou philosophes, catholiques ou protestants , conservateurs ou libéraux, et soit qu'il s'agisse de questions intérieures ou extérieures, des rapports de l'État avec l'Église ou des relations entre les États, que tous ceux qui, au fond de leur âme, respectent le droit, tous les droits, et veulent la liberté selon le droit, aient donc le courage de proclamer hautement ce respc^ct tuté-

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laire et d'en faire, à leur propre conduite, une règle qui devienne aussi la règle du pouvoir. A cette condition, les idées fausses et les passions anarchiques ou tyrannîques seront impuissantes; la société chrétienne, religieuse et civile, sera sauvée. Mais qu'on ne se fasse pas illusion ; elle est en péril ; et l'union prévoyante, le franc parler et le courage actif des esprits sains et des honnêtes gens sont indispensables à son salut.

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