CHAPITRE II
Cluractère ^léclal de la renalviMUice actuelle
du eatliollelsiiie.
Mais ce ne sont pas les victoires extérieures, dont on vient de faire l'incomplète et rapide énuinération y c'est le mouvement intérieur, c'est la conquête des âmes qui doivent bien autrement exciter l'admiration et la reconnaissance, et d'où ressort, avec un bien autre éclat, le contraste entre le présent et le passé. Que servirait à l'Église d'avoir reconquis son influence et sa liberté au deborsy si au dedans elle n'était pas paiement victorieuse des tendances hétérodoxes , de la torpeur et de l'indolence des fidèles, de leur ignorance ou de leur dédain des gloires et des forces vitales du catholicisme? Or, c'est là surtout que se déploie l'immense progrès de l'esprit catholique depuis cinquante ans; c'est par la recrudescence de la foi, l'efflorescence de la charité, la vie nouvelle de la science, qu'il faut mesurer tout le terrain que l'esprit de vie a r^agné sur l'esprit de mort.
C'en est fait d'abord , chez tous les croyants sincères, de cet esprit de révolte et d'indépendance à rencontre du centre de l'unité et de l'ÉgUse
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mère ejt^maitresse , qui avait infecté plus ou moins tous les royaumes catholiques depuis le xv^sièclei et qui avait atteiuty avant 1 789, le comble deTaudace et de l'absurde. Il n'est plus question , Dieu merci, de ces églises gallicane , germanique, bispanique, lusitanienne, qui avaient pour racines l'orgueil de quelques évéques et la fausse science de quelques^octeurs, tristement complices des empiétements du pouvoir temporel et de l'hérésie janséniste. Le souffle des révolutions a passé sur ces créations artiGcielles , et les a réduites en poussière. Il ne reste plus debout qu'une seule Église catholique, plus unie, plus subordonnée à soo chef qu'à aucune autre époque de son histoire. Le gallicanisme surtout, qui a été peut-être la plus redoutable et la plus invétérée de nos erreurs, est aux abois. Frappé mortellement par le CoDCordat, il. avait repris un semblant de vie et de force sous la restauration; il a été depuis lors replongé dans sa tombe, grâce surtout aux auxi-, liaires et aux avocats qui lui sont venus en aide, et qui ont consommé sa défaite dans toutes les âmes vraiment catholiques. Sous le dernier règne, au lieu d'un Bausset, d'un la Luzerne, d'un Frayssinous, il n'a eu pour apologistes que des jurisconsultes traditionnellement ennemis de la liberté religieuse; pour pontifes, que les directeurs de l'administration des cultes; pour conciles, que le conseil d'État ou les bureaux des journaux les plus hostiles à la foi et aux mœurs. C'est de là, et non plus du sein de la Sorbonne et des assemblées du clergé, qu'il a essayé de porter ses coups à la liberté et à l'unité catholiques.
4o DES INTÉRÊTS CATHOLIQUES.
Mais rénei^que résistance de Vépiscopat et des catholiques de France a condamné ces tentatives à l'impuissance finale. 11 ne lui a pas été donné de s'éteindre dans l'obscurité et l'oubli; il est demeuré étoufTésous la réprobation des fidèles , confondu par le fait même de ses derniers adeptes avec les doctrines les plus contraires à la foi, et avec les atteintes les plus graves à la liberté et à la dignité de l'Église. Dès 1844^ on a pu demander, du haut de la tribune de la chambre des pairs, au garde des sceaux, ministre des cultes, de trouver en France quatre évéques qui voulussent signer les quatre articles de 1682; et ce défi pourrait être renouvelé aujourd'hui avec autant de succès qu'alors. Pas un évéque, pas un prêtre quelque peu considéré, pas un catholique investi de la confiance ou de l'estime de ses frères, pas un organe de la presse re* ligiéuse, n'oserait arborer aujourd'hui le prétendu symbole dont l'enseignement était encore, il y a quatre ans, réclamé dans nos séminaires par un gouvernement aveugle !
Qu'on se reporte à l'état des esprits, chez les personnes les plus pieuses, au moment où parut, il y a trente ans, le traité sur le Pape , du grand comte de Maistre, et que l'on juge de l'espace que nous avons parcouru depuis lors jusqu'au moment actuel, où les idées de cet immortel écrivain sont devenues des lieux communs pour toute la jeunesse catholique. Encore une fois, jamais en France et dans tout le monde catholique , Tautorité du saint-siége n'a été plus incontestée et plus amoureusement proclamée. Ils ne revien-
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droDt plus ces jours où la défiance contre Rome el le besoin de contester ses prérogatives avaient envahi jusqu'aux âmes les plus pures et les plus grandes; où Bossuet en appelait comme d'abus au parlement de Paris, contre une bulle rendue depuis cinq cents ans'; où l'on voyait vingt ëvéques au lever du roi ^, mais où c'eût été un crime d'État pour un de ces évéques de songer a aller à Rome visiter les tombeaux des apôtres suivant le serment qu'il avait fait à son sacre ^; où le sentiment de la confraternité chrétienne était si éteint dans les cœurs, que la persécution incessante de l'Irlande, les traitements efTroyables infligés par Charles III et Pombal aux jésuites d'Espagne et de Portugal , les barbaries exercées par Catherine sur les catholiques polonais, ne suscitaient pas une seule parole de commisération, je ne dis pas chez les philosophes et les philanthropes du temps, mais chez les pontifes et les préires de la France et de l'Allemagne; où le jubilé n'attirait à Rome qvi un seul prêtre français, le père Bridaine^; où des prélats corrompus, comme le cardinal de Brienne, présidaient à la suppression des monastères ^; où les monuments gigantesques de la foi de nos pères étaient
' Dans Ta flaire des religieuses de Jouarre.
> Mémoires de Cosnac, archevêque d'Aix sous Louis XIV.
3 On remarque que ni Bossuet, ni Fénelon, ni aucun des évéques connus du xvii* ou du xviii* siècle , ne purent ou ne voulurent aller à Rome, à moins d*y être envoyés par le roi.
4 Voir sa lettre du i8 mai lySo.
s Voir à ce sujet les Mémoires du cardinal Pacca, Nonciature fn Portuffrtl, p. i$8.
4^ DES INTI^RéxS CATHOLIQUES.
tournés en dérision par des esprits aussi élevés que Fénelon et FJeury ', et systématiquement dévastés par ceux qui en étaient les dépositaires ^ ; où toute l'histoire des grands siècles catholiques était indignement méconnue ou travestie, la vie des saints mutilée y la gloire des plus illustres papes reniée, pour complaire à des préjugés misérables; où 1^ rigorisme janséniste était adopté et pratiqué par les adversaires les plus sincères du jansénisme, comme une sorte de préservatif contre le mépris que devait inspirer le servilisme gallican ; où la liturgie , ce dépôt sacré de la foi , de la piété et de la poésie catholique, était dans chaque diocèse arbitrairement altérée et diversifiée , au gré des inspirations les plus suspectes.
Non, on ne reverra plus toutes ces choses puériles et tristes; mais aussi , s'il plait à Dieu , on ne reverra plus une assemblée du clergé de France obligée d'admettre, comme celle de 1785, a que ce Ton a ménagé les incrédules , et que le clergé a n'a rien fait pour leur opposer des écrivains di*
* Dialogue sar V Éloquence. — Histoire eccléshstique.
* On écrira sans doute uo jour Thistoii^ des incroyables dévastatioDs commises par les évéques, les abbés commendataires , et surtout par les chapitres du xviii^ siècle, à Notre-Dame de Paris; à Rouen, où les chanoines détruisirent en 1784 les tombeaux de Richard Coeur de Lion et de Charles V, que les calvinistes s'étaient bornés à mutiler; à Chartres, à Autun, à Troyes, à Tournay, à Amiens, à Évreux, à Nantes, à Reims surtout, à Meaux, à Vézelay, à Bourges, à Lectoure, dans tonte l'Allemagne, à Palerme, etc. , etc. C'est un sujet pour lequel les matériaux ne manqueront pas.