‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 51 sur 125 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

« plus que nécessaires aux assemblées des états, « quand ils ont TafTection bien tournée à l'avana tage de la chose publique, comme eurent les « seigneurs susnommés. »

On le voit : c'est toujours la même chose. 11 faut des seigneurs pour appliquer la liberté comme on l'entendait au moyen âge. Mais, de ce qu'il n'y a plus de seigneurs, faut-il en conclure qu'il n'y aura plus de liberté? On en conviendrait : il serait fort dur, pour nous autres petits compagnons de la Côte-d'Or et autres départements, de ne pouvoir jamais dire à un pouvoir qui abuserait, ce que disaient MM. de Charny et de Mirebeau : Cela ne s* est jamais fait ^ cela ne se peut pas faire, et cela ne se fera pas. J'ajoute que lesdits /}etits compagnons l'ont déjà dit, et que, le cas échéant, ils sauraient bien le dire encore.

Personne n'est plus que moi laudator temporis acti; néanmoins, je demande qu'on veuille bien ne pas immoler en guise d'holocauste au passé tous les intérêts et toutes les espérances du présent. Je voudrais bien aussi n'être pas obligé, pour jouir d'un peu de liberté, d'attendre que l'aristocratie fût reconstituée en France et en Europe.

Voilà donc le moyen âge hors de question. Mais poursuivons, et voyons derechef par quoi l'on entend définitivement remplacer l'odieux et méprisable système des garanties parlementaires.

Serait-ce par hasard l'ancienne monarchie, la monarchie absolue, telle qu'elle a existé depuis Louis XIII jusqu'à Louis XVI, et dont Louis XIV

l38 DES lNTF.n^ CATHOLIQUES.

?H le typq U plus écU^ant ? Je crpis bien qm tel est ]e sepret espoir de la plupart de ceux qui font ]a gqerre 9ui^ libertés modernes, ^t qui vantentf quand Toccasion s'en présente, la rëvpcatipp |d^ l'édit de ]Nantp§,

lyfais j'ose bien leur donner l'a^urane^ que c^l espoir ne sera jamais acconipli et qu'il ne doit pa«

Tétre. 11 pe 1^ spra pas, parce qw la royantQ an*^ pienne e^t morte, morte comme la féodalité dont elle avait triomphé. H ne doit pas Têtre » parce que rien ne serait plus mortel à l'ascendant renaissant ^e l'Église catholique qu^ la renaissanpe dp l'ancienne inoparchie, telle qu'elle fut peufiant )a dprnière période 4e son existence. Je pa^se sous silence tout ce qu'aurait d'insupportable et d'immoral le despotisme de pp tenips dans l'ordre pprpment séculier; je ipe borpp à rapppt ler qup jap;iai^ peut-être les intérêts catholiquea ne furent plus étpangepientméponnus. Je ne voudrais parler qu'avpc PUP e:itréipa réserve des erreui-s

dp cfltte auguste rapp dont Thouneur est idppiifié avep celui de la France; dp PPttp race dpui^ fois victime du plus injuste exil, et sacrée par lp

mallieur autant que par la gloire. Mais puisque

aujourd'hui il se trouve des écrivains religieux

qui lui reprochent d'avoir consacré, en 1814,

Ips principales pppquétes de la liberté moderne,

et de n'avoir pas rptabU l'antiqup despoiisipp, il est bon, i! psi népessairp dp rappeler parquclqups trqits Ip genre de services que pp despotisme rendait à l'Pglise, A-t-on donc publié que Henri IV,

ce grand et bon Hpnri, traitait d'une main avep tps

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Maures (l*Espagne pour ébranler la monarcliie cat^plîque au delà des Pyrénées ' , et de Tautre av^c les protestants d'Allemagne pour leur offrir I9 sécularisation de toutes les principautés ecclé- ^jftstiques, et en obtenir la cession de la rive gaucbe dii Rhin, pendant que les Turcs occuperaient l'Ailtriche, et que la Suède écraserait la cqtboliqiie Pologne ^? A-t^pn oublié Louis XIII, par la main de Richelieu, soudoyant Gustave«Adolphe poptre toutes les puissances catholiques, achevant dans ce pays l'ouvre de Luther, et, par les guerres affreuses qui précédèrent le traité de Westphalie, condamnant TÉglise k rabaissement c)ont elle se relève à peine aujourd'hui ?

\'to\} oublié qye Lpuis XIV, ce ^itind mV^feuf^, ce précurseur tout-puissant de la démocratie t ce persécuteur impitpyqble de ceux qui ne voulaient pas suivre sa religion S ^tait le plus redoutable adversaire de l'autorité du saint-

< Mémoires du maréchal de la Force, 1. 1, p. 341-375.

* Le texte authentique de ce traité secret, négocié par Bongm av^c iev 4gent9 des princes d^ Brunswick et de Saxe, a été r^ii)|ipeDt découvert et pub|jé par les feuilh^ pi^fqrifues et fioiftiques de V, Allemagne catholique ^ t. XXVII. p. 73 à 86. C'était le traité de Lunéville, devance dé deux siècles!

^ Expression très-juste de M. Augustin Thierry, dans son Essai Sfif l^ JormfitiQtf (fu tiers état.

4 « Sa Majesté veut qu'on fasse sentir les dernières rigueurs à ceux qui ne voudront pas suivre si reh'gion. ... Sa Majesté désire qi|e TQMs vous expliquiez fort duremept contre ceux qui voudront êln iMdpruîers k professer une rcUgiPH qui lui dytkit» » (Lettres de Loovpi», ap. RuLHiàsK, Éclaircissemeuts sur la réi>acatioH de l'édit 4s JV«A|e|.) Voir aussi 1^ Mémoires de l'intendant Foucauld, publiés par M. Adhelnie Bernier, et ceux de Cosnac, archevêque d'Aix, qui viennent de paraître.

l4o DES INTIÉRÊTS CATHOLIQTIES.

siège et de l'indépendance de l'Église? A-t-on oublie les insolences sacrilèges de son ambassadeur Lavardin à Rome, et cette déclaration de 1682, source à peine tarie des servitudes et des humiliations de l'Lglise? Quel chrétien pourrait lui pardonner, malgré la juste splendeur de sa gloire, ses coupables sympathies pour les Ottomans, alors à la veille de saisir dans Vienne la clef de l'Occident alarmé; son hostilité contre Sobieski, qui devait briser pour toujours l'ascendant du croissant; ses efforts pour arrêter dans sa marche et abaisser dans sa gloire le libérateur de l'Europe, le Charles Martel du xvii^ siècle ' ? Il disait à son petit-fils : « Choisissez pour ministres les premiers 'vemis ; tout doit se faire par vous seul et ]X)ur vous seul! » Et il écrivait à son fils : « Tout ce qui se trouve « dans nos États, de quelque nature que ce soit, a nous appartient au même titre, et doit nous être c( également cher. Les deniers qui sont dans notre « cassette, ceux qui demeurent entre les mains de ce nos trésoriers, et ceux que rwus laissons dans le « commerce de nos peuples, doivent être par nous « également ménagés... Vous devez donc être perce suadé que les rois sont seigneurs absolus, et ont (c naturellement la disposition pleine et libre de a tous les biens qui sont possédés, aussi bien par

> Voir l*éloquente et impartiale Histoire de Jean Sobieski, par M. DK Salyabot, liv. X et XI. — Dnverney, ministre de Louis XiV, disait aux ministres de Sobieslii : « Je ne connais au-dessus de moi que mon maitre, Jupiter et son épée; et mon maître encore avant Jupiter. » {LeUres tte StAieski , p. 33.) Il était difficile d'être plus païen pour la forme et pour le fond.

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t les gens it Eglise que par les séculiers y pour en X user eu tout temps comme de sageséconomes '• » Franchement, est-ce que la révolution a d'au- 1res doctrines ou d'autres pratiques? Qu'on cherche des excuses ou des explications dans Tesprit du yisvL siècle ; je le veux bien , et je m'en Ferai très- volontiers Técho contre les apologistes de la révolution. Mais qui oserait rêver le retour d*un pareil esprit dans le temps où nous sommes, et cela dans l'intérêt de la religion ? On parle toujours du lustre incomparable que donnèrent à la religion Bossuet et Fénelon pendant un demisiècle; mais pense-t-on au siècle de décadence, d'ignominie, de servitude, quia suivi de si près, et que préparait à l'Église un pareil régime ^ ?Et encore n'oublions jamais que ce despotisme re* connaissait au moins nominalement la suprématie de l'Église, de la religion ; que, tout en détruisant pierre par pierre l'édifice de son autorité et de sa liberté, de temps à autre il s'inclinait devant elle. Mais aujourd'hui, quand il n'y a guère de commis en Europe qui ne se révolte contre Tidée d'une suprématie ou d'une intervention spirituelle; aujourd'hui désirer, réclamer, obtenir le rétablissement de l'absolutisme, et de l'absolu^

> Mémoires et instructions de Louis XIV pour le Dauphin , t. Il» p. 93 el 1 21, édit. de 1806.

* A qui veut bien connaitre la servitude où languissait l'Église de France, sous la pression de la magistrature et de TadministratioDy pendant le règne de Louis XIV et de Louis XV, je recommande Texcellente Étude sur la vie et les œuvres de d'Aguessean, par M. Algar Griveau , dans V Université catholique de 1849 à 18S1.

I^A I>£S JNTiBÉTS CATHOLIQUES.

iisme laiqiie^ sans traditions, sans croyance, sans frein I ce sehiit pour tout chrétien Une ignominie satls eÈeMple, sans excusé et sans codsolatiôb.

Disons encore, pour être juste, que sôUs cette monarehie qui semblait tie reculer devant àucUn abus d'autorité^ qui, par exemple, interdisait de bâtir dans Paris ou à dix lieues à la ronde, et t;ela ^us peiné des galères, afin que le roi pût bvoir à meilleur compte les tnatériaux nécessaires à l'aehèvetnent du LouVre '$ disons qiie même Miots, et éti l'absence de toute garantie générale, de toute institution solide et respectée, il y avait cependant pour quelques-uiis des moyens d'échapper au joUg DU d'en alléger le poids. Certaines traditions, certains usages invétérés, la distance, la difHdnlté des communications, l'inexactitude des correspondances, l'esprit de corps, l'opiniâtre vitalité du privilège, ôfTraieni certains éléments de résistance. Le roi, dans toute sa majesté, était quelquefois arrêté par une charte du xu^ siècle, ou par la persévérante inertie d'une confVérie ^. Mais,

> Le texte de cet ordre du roi, du 3 1 Octobre i66d^ est Itufké dans le Bulletin archéologique du comité histotique des mts ei mo* nutnentSf t. II, p. 719.

* J*en veux citer uû cttneux exemple, que j*emprunte à I^une des dernières livraisons A\x Recueil de la Société de sphragtstique : Louis XIV rend èO décembre 1672 un édit par lequel il doUHe» à Tordre du Mont-Carme! et de Saint-Lazare, Fadministraiioti et leâ revenus de rtadentie confiserie de Saint -Jacques de VEtépitai, à Paris, fondée en i3i9. Lé« cotifrères l*éclai1(ienty et, aptiès vingt nus de contestations et de plaidoiries, ils en font tant, que, le 9 avHI i64|3, ils obtiennent un nouvel édit pOtir rendre Saiât-Jaci)uet à éès preitolert administrateurs. Trente ans se passetat , et ou trt>isSèftië édit de 1712 le réunit une deuxième fois à l'ordre du Mont-CtN

GHAl^itRÉ Vllt. i43

encore Une (bis, aujourd'hui, avec là bUt*eaudMtie) là gendâhneHé, la cëûtralisation , lès Ëheitiids de fer, le télégraphe électrique, avec la (ililvérisa*^ iiod générale de là société , où ^ qdbnd j cèintnéiit idiagiaék- Une ombre méitie de fésistabce légale à TAutoriié illimitée du pouvoir, du thotneilt cju'elle est dégagée du tiodtrôle des asseinblées ël dé là diècu^idn {jiibliquë ? Le rétîiède de pdUrràit naître que de Tëxcès du tnal, et en nods fèplddgéàdt dttns Fabinie de^ révdîdtidns.

Auissi les nàdins idsensés des àdVërsait*es dû t-é*^ gittie pàrlemêd taire cherchent un i*efuge, contre les hedodtables et idévitâbles évedtuàlités du pouvoir absolu, dans là insurrection de de qu'ils appelledt \e% libertés provinciales. Ils nôu^ àssuredt gràvemefat que les institutions pi*dvincialés sont le contfé-pdids naturel du pouvoir politique, qUë le moyëd d'occupët* les esprits est ainsi trdUVé,èi; que lés libertés ptt)vincialeii dfrrit*ont ud aliment sufli^ant aux ambitions locales. Il ne manque à cette belle recette qUedeU^ choses : Aes provihtes , et des libertés.

Dêii provinces d'abord ! Où sodt-elles? Dans le tombeau, et pour toujours. Od peut le regretter, et personne de le regrette plus amèrement que moi; îdàis il faut être trois fois aVeUglë poUr le dter. Il y a encore desprovidces en Autriche, et elles pëuvedt y subsister avec force et honneur , poUrvU (lU^ôd Uë fasse pas % cbmmë ici, là fôUe d'effàcët-

tàA; la confrérie Uèat liéfi, et t*adniïkfstràtiôli éftt rétUbUe une deuième fois, par ttti àû cOàieil^ efti 1784.

l44 ^^^ INTKAÉTS CATUOLIQUKS.

toutes les distinctions et de renverser toutes les barrières, afin de rendre plus commode le gouvernement par la bureaucratie. Mais, en France, il n'y en a plus. C'a été un crime de détruire les provinces en 1789, et une faute de ne les avoir pas rétablies en 1800 ou en 181 4; mais même alors ce n'eut plus été qu'un hommage rendu à l'histoire nationale et au bon sens, qui voudra totijours qu'un homme né à Besançon ou à Auch soit plus naturellement désigné par son nom de Comtois ou de Gascon, que par les eaux du Doubs ou du Gers, comme les poissons de ces rivières. Mais comme institution politique, comme force sociale, les provinces de France étaient mortes dès avant i789;et qui les avait tuées? La monarchie, et la monarchie absolue que vous prônez. Quia sup* primé les états du Rouergue en 1609, ceux du Dauphiné en 1628, ceux de Quercy en i6a3, ceux de Provence en 1639? Qu'étaient devenus, au xvin^ siècle, les états qu'on avait daigné conserver en Bretagne, en Bourgogne, en Languedoc ? Quelle résistance sérieuse et durable surent-ils jamais opposer, je ne dis pas seulement aux volon« tés formelles du monarque, mais aux exactions de ses ministres, aux abus de tout l'ancien régime ? Il faut lire, dans la Correspondance adrninisti^aiv^e sous le règne de Ijuuis XIV ', ce que pensaient de l'indépendance et de l'autorité de ces corps, des témoins dignes de foi, des évéques, des magistrats,

> Publiée par M. Deppîng, dans la CollecUon des Documents inédits sur thistoitt de France , i85o el i85i. J

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