CHAPITRE VIII
de simples spectateurs. A chaque page, on y trouve Tempreinte de la corruption, de l'intrigue, de la violation de la liberté des suffrages, en un mot les abus les plus scandaleux du régime représentatif, sans aucun de ses avantages. Sans doute la valeur primitive de ces institutions avait été immense; elles auraient pu fournir à la nation d'incalculables ressources, si on avait su en user avec sagesse et justice. Mais là, comme partout, le pouvoir absolu avait éteint la vraie vie publique. Dès 1789 il n'y avait plus rien, et aujourd'hui ce serait moins que rien.
Excepté dans deux ou trois régions delà France actuelle, telles que la Bretagne, l'Alsace, la Franche-Comté, on ne citerait pas une seule des anciennes provinces qui ait conservé une vie propre et distincte. L'esprit départemental a tout remplacé. Je serais curieux de voir comment on s'y prendrait pour subordonner Châteauroux à Bourges, Laval au Mans, Montpellier à Toulouse. Nous avons vu les besoins du service public exiger la création de diverses circonscriptions analogues à celles des anciennes provinces, telles, par exemple, que les divisions militaires, les arrondissements de police. Quelle influence en est-il résulté dans Tordre politique et social ? On voudra peutêtre, même dans l'ordre civil, recréer les provinces : je n'y contredis pas. Mais ce sera quelque chose de tout à fait neuf, sous un vieux nom. Le chêne a été coupé : on peut semer un gland; il poussera peut-être. Reste à savoir si la France est
d'humeur à borner sa vie politique au soin de re-
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garder croître ce gland, et à attendre cent ans» jus< qu'à ce qu'il en soit sorti un chêne.
Mais, nous dirat-on, prenons les départements; c'est là que nous placerons les nouveaux foyers de la vie publique. Eh quoi ! la vie publique de Gap ou de Carcassonne?... car celle de Lyon ou de Rouen ressemblerait furieusement à ce qu'on veut éviter.
Mais de deux choses Tune : ou l'on entend sou-* mettre aux assemblées départementales les grandes questions de législation et de politique, et alors il n'y a pas de gouvernement humain qui puisse s'en tirer; ou bien on veut les renfermer dans la gestion des intérêts locaux, et alors on ne fera que suivre les errements du régime parlementaire. Car, je le demande, qui donc a fait quelque chose pour la liberté provinciale, ainsi renfermée dans de justes limites? L'esprit parlementaire, le gouvei*^ nement parlementaire, et personne autre. N'est-ce pas lut qui, sous la restauration, et après la défaite de M. de Villèle, a contraint la royauté à porter cette question devant les chambres? IN'est« ce pas lui qui, en i833 et i834 , a volé ces lois excellentes qui ont rendu électifs les conseils généraux, étendu, réglé^ consolidé leurs attributions? Le gouvernement anti-parlementaire de l'empereur ne les avait créés qu'à titre de simples bureaux consultatifs et amovibles. Depuis le 21 décembre, qu'a-t-il été fait pour la grande cause de la décentralisation , au point de vue de la liberté? Absolument rien. Par une mesure utile et excellente en soi, on a dérobé à la souveraineté des bureaux de Paris une foule d'adaireSi