CHAPITRE IX. l
forcer le pouvoir exécutif de renfermer Tintervenlion armée de la France dans les limites de la justice et du respect, après avoir salué Timmor telle maternité de TÉglise par des acclamations qu'il doit m'étre permis de rappeler avec autant d'émotion que de reconnaissance ?
Et le gallicanisme, si justement odieux à certains de nos adversaires, le gallicanisme, qui produisait encore en i8a6 une contrefaçon de la déclaration de iGS^i, sous quel régime a-t-il subi les affronts qui Font expulsé du domaine des choses i*éelles? S'il relève aujourd'hui la tête, comme on l'afïirme , s'il recommence à se glisser ténébreusement dans les conseils du pouvoir, n'est-ce pas depuis qu'il a éprouvé combien la discussion publique, le grand jour de la tribune lui était fatal? Quand nos légistes disputaient à l'Église' ses libertés, quels précédents invoquaient-ils à l'appui de leur dialectique surannée? Étaient-ce ceux du gouvernement représentatif^ ou même de nos assemblées révolutionnaires? Non: c'étaient exclusivement les traditions du pouvoir absolu, de Louis XIY surtout et de Napoléon, ces deux grands antagonistes de l'indépendance de l'Église.
Mais ces succès, ces leçons sont également oubliés par nos adversaires, dont quelques-uns n'ont rien dit, rien fait pendant la lutte, et viennent maintenant désavouer le courage qu'ils n'ont pas montré , et compromettre la victoire qu'ils n'ont pas gagnée.
Ces imprudents nous parlent sans cesse de la Belgique et de l'Angleterre. Je risquerais trop de
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me répéter, si je rappelais ici que la Belgique doit au régime reprësentatif toutes les libertés qu'elle a réclamées et consacrées pour PÉglise, et dont aucune n'a encore été sérieusement entamée % et qu'O'Connell n'a dû qu'à ce puissant instrument les victoires qu'il a gagnées sur l'intolérance anglicane. Mais je prie tout observateur impartial de se recueillir^ et de se demander où en serait aujourd'hui la cause catholique en Angleterre f s\, au lieu d'avoir affaire au parlement, où les catholiques et les protestants vraiment libéraux peuvent élever une voix puissante et écoutée, elle ne se trouvait en présence que de la majesté offensée de la reine Victoria, jalouse à l'excès, comme chacun sait, de sa prérogative spirituelle? On i*everrait sans doute des violences analogues à celles qui consacrèrent cette prérogative sous Henri VllI et Elisabeth , alors que le parlement n'était qu'une simple cour d'enregistrement des volontés despotiques de la royauté. Aujourd'hui, au contraire, toute la fureur des préjugés populaires déchaînée contre l'Église , encouragée par une presse dévergondée^ et par la coupable complicité du ministère whig , qu'a-t-elle pu enfanter? Rien, si ce n'est ce fameux bill des titres ecclésiastiques y que la discussion avait moralement tué avant qu'il fût promulgué; que l'élo* quente protestation des Graham et des Aberdeen avait marqué du sceau de la réprobation , et qui est resté jusqu'à présent à l'état de lettre morte,
s ^«i exoepté U liberté de la charité ; voir plus haut, p. a4.
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On aous objecte encore VAUemagne } on uou8 demande , avec la plus étrange légèreté , ce que TEglise a gagné au gouvernement parlementaire. La réponse sera facile et accablante : l'Église y a gagné dix fois plus de sève et de liberté qu'elle n'en avait auparavant. Quelque pitoyable, quelque odieuse qu'ait été dans ce pays la révolution de 184s sous le rapport politique, il faut en avoir ignoré le premier mot , pour méconnaître que le principe de la liberté de l'Église , de son auionomie, comme on dit en ce pays-là , de son libre enseignement, a été posé, proclamé et conquis au sein des nouvelles assemblées, tandis qu'auparavant aucun gouvernement n'en avait tenu compte. Oui, si l'Église a obtenu un commencement de justice et de liberté, elle ne l'a dû nulle part à l'action spontanée du pouvoir absolu ; elle l'a dû exclusivement à la discussion et à rénergie de ses enfants, au sein des assemblées politiques. C'est là que pour la première fois les Radowitz, les DôUinger, les Buss, les Beda Weber, les Reichensperger, au milieu des démagogues et des bureaucrates, ont su revendiquer victorieusement les droits du catliolicisme '. C'est à la suite de ces discussions que les évéques ont pu s'assembler en concile à Wurtz-
> La Deutsche Folkshalle, du 4 ^^^^^ i852, remarque avec raison que c'est seulement depuis 1848 qu'on a entendu les laïques parler à la tribune le langage chrétien, qui naguère n'était entendu que de la bouche des prêtres et dans la chaire. Citons encore, parmi les orateurs laïques qui ont servi de leur éloquence et de leur courage la cause catholique, les prpfesseurs de Lassaulx, Philipps et Hermann Mûller.
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bourg, pour la première fois depuis un siècle, et que les associations catholiques de Pie IX, de Saint -Charles Borromée, etc., ont tenu leurs assises publiques. Où sont-elles nées d'ailleurs, ces œuvres généreuses et fécondes de la ferveur catholique ? Est-ce sous le sceptre paternel de l'Autriche ? Non : c'est en Prusse et dans les petits États du Rhin , c'est-à-dire dans les pays de lutte et de liberté. Ce qui est un grand malheur, mais ce qui n'en est pas moins une incontestable vérité, c'est qu'il a fallu que la faux de la révolution ait atteint l'Autriche, pour que les chaînes de l'Église y fussent brisées.
En Prusse, les sanglantes folies de la révolution de mars avaient fait éciore une constitution, sans doute très-défectueuse au point de vue politique, mais qui contenait ces trois articles, dont l'absence est à jamais regrettable dans la nôtre :
ff Art. XII. La liberté de religion est garantie.
ce Art. XIV. Les corporations religieuses peuvent correspondre avec leurs supérieurs sans qu'il soit apporté d'obstacle à ces rapports.
« Art. XV. L'Église catholique et l'Eglise évangélique sont indépendantes l'une et l'autre dans le règlement et dans l'administration de leurs affaires. »
Il est de règle aujourd'hui, parmi nos nouveaux docteurs, de se fonder sur un mot très-profond de M. de Maistre, pour se donner le plaisir de mépriser les constitutions écrites. Je ne vois pas qu'il en soit de même chez nos frères au delà du Rhin ; je les entends invoquer ou regretter ces sti-