‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 54 sur 125 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Pu pégtaie r^Mréflentatlf et de Faneien wégiutm , au peint de vue eatheli^fue.

Je n'oublie pas que cette Étude est exclusive^ ment consacrée aux intérêts catholiques, et c'est en restant dans cet ordre d'idées que je me permets d'avancer l'assertion que voici : Dussent même tous les hommes d'État et tous les peuples s'entendre pour répudier le gouvernement représentatif, les catholiques ne le pourraient faire quavec la plus noire ingratitude; car, de tous les régimes, il est celui qui, dans tes temps modernes, Si fait au catholicisme le plus de bien et le moins de mal.

Partout où la servitude de l'Église existe ou a existé, elle a été l'œuvre du pouvoir absolu. Nulle part, dans notre siècle, elle n'a été produite par le gouvernement parlementaire. Ce dernier régime n'a pas brisé partout les chaînes de l'Église , il s'en faut. Il les a brisées toutefois en France, en Angleterre et en Belgique; c'est déjà quelque chose. Et partout ailleurs il a fourni aux catholiques les moyens, quand ils ont bien voulu les employer, de se plaindre, de lutter, de réclamer, et de préparer leur émancipation future.

l5o DES INTÉRÊTS G4THOLIQ0ES.

Sous le gouveraement parlementaire, TÉglise ne domine pas dans l'ordre politique, et je pense que cette domination n'est ni dans ses vœux ni dans son intérêt; mais elle a ce qui vaut mille fois mieux que le pouvoir, elle a des droits. Sous le pouvoir absolu I elle n'a rien, hormis ce qui lui est concédé par le bon plaisir du moment. Elle n'a pour appui que le bras séculier, qui le plus souvent se retire au moment où elle y compte le plus, ou ne se lève que pour la frapper. Toute l'histoire moderne est là pour le démontrer. Sous le régime parlementaire, il est vrai, les catholiques ne sont pas les maîtres: ils sont obligés de compter avec beaucoup de monde; mais, en revanche, on compte avec eux; et, ce qui vaut mille fois mieux, ils apprennent à compter un peu sur euxmêmes. A la longue, comme ce qu'ils réclament est à la fois légitime et sensé, ils finissent par avoir le dessus. Mais il faut savoir discuter, raisonner, combattre, attendre, user a la fois de courage et de patience, tenir tête à de redoutables adversaires : je conviens qu'il est plus commode et plus court de baisser la tête devant un maître, en implorant son appui; de ne parler que pour louer, avec l'espoir de parler un jour tout seul. Le tout est de savoir par où cela finit. Respice Jinem.

Ce qui est incontestable, c'est que jamais, en France, le clergé n'a occupé une plus belle position qu'en 1848, précisément au sortir de ces dixhuit années de régime parlementaire qui sont aujourd'hui l'ol^yet des invectives de certains

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écrivains religieux. Comme nous l'avons déjà dit, il n'y a qu'à se reporter à i83o pour comprendre la difîérence de force et de crédit qui eiiste entre un clergé protégé, même par les princes les plus catholiques, et un clergé qui se protège lui-même par le droit et la force des institutions représentatives. Ce régime de lutte et d'indépendance le fortifiait sans le compromettre. Je n'examine pas l'intention des hommes et des partis : je constate le résultat des faits.

Même pendant les jours les plusdifficilesdu règne de Louis-Philippe, quand le gouvernement cédait aux tendances voltairiennes des classes lettrées et des majorités politiques, quels n'ont pas été les succès de la cause catholique? Les journaux religieux n'ont-ils pas joui d'une liberté immense? Les procès intentés à MM. Veuiliot, Combalot et Souchet n'ont-ils pas fait à leur cause beaucoup plus de bien que de malPLesévêques n'ontils pas fait entendre le langage le plus énergique et leplusefficace, sans rencontrer d'autre obstacleque d'impuissants appels comme d'abus? Les religieux n'ont-ils pas reparu dans les chaires de la capitale, soiis leur habit et sous leur nom prohibé? Nos associations de pi^té et de charité n'ont-elles pas toutes, ou presque toutes , commencé à fleurir dans ce temps? Et tout cela malgré l'indifférence ou l'hostilité de la foule, malgré les répugnances des pouvoirs publics, du corps électoral, du pays presque entier! et tout cela, grâce uniquement à la discussion et à la liberté!

C'est alors, ne l'oublions jamais, qu'on a gagné

i5a DES intkr£ts catholiques.

tout le terrain dont on jouit aujourd'hui. Mais combien ne voit-on pas de gens parmi nous qui se figurent que la saison des récoltes mérite seule d'être estimée, et qui ne tiennent aucun compte des temps qui ont permis les labours et les semailles? Plaisants cultivateurs que ceux qui, dans leur enthousiasme pour l'automne, iraient jusqu'à calomnier l'hiver et à supprimer le printemps!

A qui faut-il rappeler que c'est à ce régime parlementaire, et uniquement à lui, que nous devons la liberté de l'enseignement ? Où a-t-elle été con«> quise, si ce n'est à la tribune, et même au milieu de cette agitation des couloirset des bureaux, qui D*a pas toujours été stérile pour le bien? Si elle n'avait pas été votée il y a deux ans, l'obtiendrions-nous maintenant? On sait bien que non. La conserverons-nous même? Cela est plus que douteux. On a annoncé l'intention de nous ofTrir, en échange de cette précieuse et féconde liberté, je ne sais quel privilège, comme celui dont jouissait l'Eglise en Piémont avant le système actuel , et qui n'a ni empêché le mal, ni produit un bien durable.

Si quelqu'un a le droit de se plaindre des excès du régime parlementaire, tels que nous les avons mainte fois déplorés et dénoncés, ce n'est certes pas le Saint-Siège. Quels corps, quels pouvoirs ont jamais témoigné plus de respect au chef de l'Église, que ces deux assemblées, dont l'une semblait vouloir se précipiter tout entière devant Pie IX, lorsqu'elle le croyait au moment d'aborder sur la plage française; dont l'autre a su

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