CHAPITRE IX. l6l
cuUon et de leur suppression par Clément XIV. Ils n'ont pas eu le temps de faire plus de mal ; je le veux bien, et je m'en félicite. Mais aussi je n^ai pas. entendu dire que le roi actuel , malgré sa généreuse piété, malgré les preuves si filiales de dévouement qu'il a données au pontife exilé, malgré le temps dont il a pu disposer, et la liberté complète de son action, ait encore songé à faire droit aux nombreuses et anciennes doléances de rÉglise sur le relâchement de la discipline et la gène des relations du clergé avec le saint-siége. Ce n'est donc pas le régime parlementaire que nous rendrons responsable de ce qui peut manquer au bien de la religion dans les Deux-Siciles.
En Toscane, il y avait encore au commencement de cette année deux édifices debout, mais chancelants : le Statut constitutionnel et les fameuses lois léopoldines qui, au milieu de beaucoup de réformes excellentes et nécessaires, avaient consacré la servitude de l'Église d'une façon digne du frère de Joseph 11, Pierre-I^opold, auteur de ces lois. On demandait le renversement de Fun et de l'autre. Nos nouveaux prôneurs d'absolutisme confondaient, dans leurs attaques, la constitution parlementaire avec les lois anticléricales. Peu s'en fallait qu'on ne rendit le statut de 1849 responsable des lois de 1780. Une fois le gouvernement représentatif par terre , disait-on, rien ne devait s'opposer à l'émancipation de Fj^lîse. Qu'est-il arrivé ? Le statut a été abrogé, et les lois léopoldines ont été soigneusement con-
servëes. toutes les entraves mises à tindépéndance et à la vie de FÉglise sont lùaintenues, avec cette seule différence que désormais aucuù Toscan catholique n'aurait le droit ou le moyen de s'en plaindre publiquement, si l'inclination ou Tintelligence lui en venait. Tel est le genre de triomphe que vaut aux institutions catholiques la ruine des institutions parlementaires. On vante beaucoup les excellents changements introduits par le grand-duc dans Tinstruction publique : il a soumis tous les établissements d'éducation à répiscopat. Mais si les évéques demeurent en tout soumis au gouvernement, où est la garantie de la liberté du bien et de sa durée?
Mais le Piémont ! voilà où l'on nous attend. Le Piémont, où régnent sans partage les institutions représentatives, n'est-ce pas là un allument souverain, un spectacle propre à ouvrir les yeux des plus obstinés fidèles du régime constitutionnel ?
Je n'ai point attendu la défaite du système représentatif en Europe pour signaler le danger, la criminelle folie du système suivi par les hommes politiques qui représentent la majorité du parlement piémontais '. On ne saurait trouver d'expressions trop fortes pour blâmer ces prétendus hommes d'État, ces romanciers, ces économistes qui cherchent à se venger, sur le pape et les évéques, des affronts que leur outrecuidance a valus sur le champ de bataille au
> Lettre au ConsUtuiionnel, du 17 juin i85o.