CHAPITRE X» I^Q
la dernière ëvidence, que le despotisme lui parait beaucoup plus favorable , comme moyen^ que la libertë, et beaucoup plus propre à accélérer le triomphe de son utopie. En efTet, chacun sait qu'en dehors des paradoxes de Finventeur de fan-archie^ Tomnipolence deTÉtata toujours été le rêve favori, Tidéal du socialisme. Cette omni-* potence peut seule lui fournir les moyens de réaliser ses plans, le jour où il sera maître de TÉtat, ce qui est, depuis 1789, le rêve du premier ambitieux venu. Pour rendre obligatoire le travail, l'assistance, Féducation, sous prétexte de les organiserai lui faut nécessairement la concentration absolue du pouvoir, c'est-à-dire le despotisme, à la seule condition d'avoir le despote pour lui , ce qui n'est pas absolument en dehors des éventualités de l'avenir.
Comme le socialisme déteste, par-dessus tout, la tradition et la liberté, il doit détester et il déteste, en effet, les garanties politiques : car toute garantie représente une tradition ou une liberté.
Mais le catholicisme, qui ne vit que par la tradition et par la liberté , n'est pas, grâce au ciel , condamné à partager ces craintes et ces répugnances.
Quant à moi , je pousserai la confiance jusqu'à
avouer que je ne désespère pas encore de l'avenir
du système parlementaire ou représentatif. J'ai,
pour garant de sa vitalité, la fureur qu'il inspire
à ses ennemis. On ne médit pas autant des morts;
on ne les redoute pas surtout. Aujourd'hui , que
l8o DES INTIÊR^S CATHOLIQUES.
voyous-DOus ? Tous les acteurs et tous les apologistes du régime proscrit se taisent, et cependant, chaque matin , on lance contre lui les foudres de l'invective ou du sarcasme. J'en conclus que ses jours ne sont pas encore comptés. 11 sera plus ou moins contenu, réprimé, corrigé, chàlié pour son plus grand bien; mais il renaîtra, parce que, dans une société réduite en poussière comme la nôtre, il est la seule forme possible des gouvernements modérés et raisonnables, lesquels sont les seuls gouvernements durables. Ainsi donc, nos docteurs et nos prophètes en seront peut-être pour leur peine; il pourra renaître et leur survivre:
Malta renascentttr quœjam cecidere, cadentque Quœ nitnc suni in honore.
Ceci n'est nullement une menace contre le régime que la France a accepté il y a neuf mois. Je suis loin de prétendre que la constitution actuelle de la France ne puisse pas se prêter à un gouvernement tempéré, c'est-à-dire au régime parlementaire tel que je l'entends. Cette constitution a l'avantage d'être très-élastique , très-facile à améliorer : tout dépend de l'esprit dans lequel elle sera appliquée ou modifiée. I>es assemblées sont là : leur composition, leurs attributions, peuvent varier d'un pôle de la boussole politique à l'autre. I^ chambre des communes d'Angleterre a eu des commencements bien plus modestes et des allures bien plus humbles encore que notre corps législatif. Je sais bien que, s'il faut en juger par les apparences, rien n'indique, dans les dispo-
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sitioDs présentes du souverain de la France, une marche conforme à l'idée que je défends. Mais, sans juger la nécessité ou la popularité de la ten« dance qui domine aujourd'hui , on peut certes, sans crime, envisager l'avenir sous un autre point de vue.
Deux fois déjà , depuis un siècle , la France éperdue, humiliée, épouvantée, a vu se réaliser laprédiction d'Isaïe : Irruet populus ^ vir advirum^ et unusquisque ad proximwn suum : tumultuabitur puer contra senem, et ignobilis contra nobilem. Ap^ prehendet virfratrem suum domesticum patris soi, {et dicet) : PamcEPs esto woster : ruina autem