BJEC SUB MANU TUA
On sait quelle fut l'issue fatale de la première expérience, malgré l'éblouissante splendeur du début. Il est permis d'espérer et même de croire que recueil signalé par tous les compagnons du grand naufragé sera évité dans l'avenir. L'histoire n'aura point à enregistrer un second exemple de l'infatuation du succès, de l'aveuglement qu'inspire une élévation trop subite. Espérons au contraire qu'elle pourra décerner au maître de la France un éloge aussi rare que digne d'envie, et qu'elle le félicitera un jour d'avoir su résister aux sophismes et aux adulations des théoriciens de l'absolutisme.
Je me plais donc à ne pas regarder comme éternel un système dont la durée indéfinie me semble contraire aux intérêts et peut-être même aux intentions du prince qui nous gouverne. 11 ne pourra pas se dispenser d'un retour à des allures plus libé-
raies, quand même il voudrait le contraire; et je ne pense pas qu'il le veuille. Je le dis, non par précaution oratoire (je n'ai guère l'habitude d'en user), mais par conviction. Il serait infidèle à la prudence dont il a donné tant de preuves, s'il ne savait à temps se dégager du système où on essaye de l'enserrer, et de la responsabilité dont on voudrait l'accabler.
Aussi voudra-t-on bien remarquer qu'il n'est question, dans tout ceci, que d'une théorie rétrospective ou prospectwBj de celle qui réprouve la liberté dans le passé ou dans l'avenir. Je crois que, pour les catholiques , cette théorie est, dans le passé, le comble de l'ingratitude, et, dans l'avenir, le comble de la folie. J'ajoute que, quant au présent, il suffisait de se taire, et de rester paisible spectateur de la marche des événements. A l'heure qu'il est, la France a peut-être encore plus de liberté qu'elle n'en veut; elle irait jusqu'à supporter l'oppression. Cette oppression n'existe pas et ne saurait exister, car on n'opprime que ce qui vit. Â l'heure qu'il est, rien n'est gêné, car rien ne se meut; rien n'est comprimé, car rien ne résiste. Tout dort, tout se repose, tout se renouvelle peut-être. Mais quand l'heure du réveil sonnera, quand cette France aura goûté dix, vingt années de repos, de calme, de prospérité^ de sécurité complète; quand elle sera tentée de se dire qu'elle s'ennuie; quand éclatera le besoin de respirer, de voir, de parler, de juger, de critiquer, qui n'a jamais pu être extirpé de ce pays, pas plus sous l'ancien régime que sous ItapoléoQ ; c'est