CHAPITRE JK
Bayard et les preux de son temps se désespèrent à la vue des progrès de rarlilierie et des ^urquthusades. Ils croyaient que la guerre loyale, chevaleresque, généreuse, n'allait plus élre possible, et que les lâches seraient désormais sur le même pied que les grands cœurs; et cependant rhonneur, le courage, toutes les vertus militaires ont retrouvé leur valeur et leur emploi dans les armées modernes. Il en sera de même des vertus et des talents politiques: tôt ou tard, ils retrouveront leur valeur. Seulement il faudra aux liommes d'État de l'avenir des vertus nouvelles, comme il a fallu au]L fils des preux encore plus de sang-froid et de coup d'œil que de bouillant cou* rage, pour remplacer Crécy et Azincourt par Denain et Fontenoy.
On a pu, grâce à la vapeur, bouleverser toutes les habitudes et toutes les conditions de la société extérieure , supprimer les distances , abaisser les montagnes, transformer le commerce, ouvrir à l'industrie d'interminables perspectives, fournir un thème inépuisable aux déclamateurs de tout ordre, sur le progrès indéfini, la fédération des États, la paix universelle, et autres utopies; maison n'a ni supprimé une passion , ni diminué un ennui, ni discipliné une cupidité, ni consolé une tristesse, de plus qu'avant cette fameuse découverte. L'orgueil, l'envie, la douleur, toutes les infirmités de l'homme sont restées debout , comme aussi les lois éternelles de la justice divine, et même les lois inférieures, mais respectables, de la sagesse humaine. Pas plus que la vapeur, le suffrage uni-
j88 des intjSr^s catholiques.
versel ne changera les conditions fondamentales de la nature humaine. Seulement il rendra la liberté plus difficile, et par conséquent les luttes plus pénibles, les sacrifices plus méritoires, le dévouement plus généreux et plus complet. Cest un sort que tout homme de cœur, que tout chrétien surtout peut encore accepter et bénir.
Peut-on espérer que, parmi les hommes dont l'intelligence n'a pas été complètement égarée par le démon de la révolution, ceux qui se regardent comme les champions attitrés de la liberté, éclairés par ses dangers, ses mécomptes, ses humiliations, se décideront enfin à chercher la force et la vie là où la vie et la force peuvent seules trouver la sanction de la durée et du respect ? Us ont longtemps traité la religion en ennemie ou en étrangère. Le temps est venu de reconnaître en elle l'unique et indéfectible alliée. Elle est née pour être la consolatrice de tous les vaincus, le refuge de toutes les victimes, l'asile des cœui*s blessés et découragés , la lumière des esprits dévoyés. II appartient à ses enfants de revendiquer encore aujourd'hui pour elle cette gloire maternelle. Si la liberté doit être bannie du monde pour un temps, qu'on puisse au moins la retrouver un jour abritée sous Taile de l'Église , enchâssée dans le cœur des catholiques! C'est une illusion peutêtre; mais, à coup sur, il n'en est point de plus généreuse et de plus innocente. Au milieu des misères de notre société si vacillante ^ si mobile, si discréditée à ses propres yeux, est-il pour l'Eglise un rôle plus digne et plus sûr que de rester