CHAPITRE X. igt
peuple, quand ses représentants se pavanaient , dans leur attirail de souverains et de législateurs, au profit de la licence démocraliqqe. J'ai quelque droit de retenir mon adhésion à son enlhousiasme subit pour le pouvoir absolu. Prêt à tout, comme disait M. de Maistre^^f sûr de rien, assez indifférent aux questions de forme, moins indiffèrent aux questions de personnes, je me résigne a tout gouvernement où l'âme et l'honneur seront saufs. Sinon, non. Je n'aime pas le joug ; je ne suis pas assez révolutionnaire pour cela. Il n'y a que le« révolutionnaires pour supporter amoureusement le joug, après avoir brisé le frein. Je ne me sens pas d'humeur à conspirer avec la force et avec la fortune,à baiser le niveau qui m'écrase. Je n'ai point de goût pour ces unités artiBcielles qui absorbent tout et étouffent tout. Mon idéal n'est point dans l'avenir que M. de Tocqueville entrevoit pour les peuples démocratiques, transformés en a troupeau d'animaux timides et indusjtrieux, dont le gou« vemement est le berger '. » Je ne crois pas au progrès humanitaire, à la raison universelle, à l'infaillibilité des peuples, à tous ces grands mots par lesquels on nous a éblouis, amoindris, réduits à Y abjecte égalité de la démocratie '^^ à ces vastes aplatissements de l'univers sous la passion ou la panique du moment. Je crois au droit et à la
> Démocratie en j^ntérique, t. IV» p. 355. On ne saurait assez relire et méditer les deux derniers volumes de cette admirable prophétie, à laquelle il conviendrait de rendre son véritable titre: De ta Démocraiie en France et en Europe,
* M. FoBCAOB, Revue des Deux Mondes, iSdg»
valeur de riiomme, de Thomme indépendant, de riionnéte homme. Je suis pour le système où cet honnête homq^e peut être compté, et se compter pour quelque chose; où il peut, à ses risques et périls, tenir tête au mensonge et au mal, au pouvoir comme aux factions ; où tous ne sont point condamnés, pour arriver, pour briller, pour étre^ à toujours courtiser le pouvoir ou l'émeute ; à toujoura se courber devant quelqu'un, devant un homme ou une foule ; à passer sans cesse du club à l'antichambre.
Telle est ma foi politique, et,
Hors qiruD commandement du pape exprès ne vienne »
j*y compte persévérer. J'avoue même que je ne vois aucun profit ni aucun honneur, pour les catholiques, à en nourrir une autre.
Il est lemps de terminer. Je le ferai en signalant un point où je me rencontrerai certainement avec mes adversaires. Au milieu des luttes qui remplissent notre histoire contemporaine, l'Église seule a vaincu, et tout annonce que seule elle vaincra dans l'avenir. Elle ne dédaigne personne, elle n'est ingrate envers personne; mais elle n'a besoin de personne , et tout le monde a besoin d'elle. Aucun pouvoir ne s'établira, aucun ne durera sans invoquer son concours. A travers les puériles et dangereuses extravagances de 1848, ce grand fait a surgi, commeau lendemain des événements de iSSi .
Travaillons tous, dans la mesure de notre faiblesse, à la maintenir dans cetle dignité, dans cette indépendance souveraine. INous entrons dans