CHAPITRE V
Outre la guerre directe et déclarée au surnaturel, un autre mal attaque, au cœur même, la religion chrétienne.
Le paganisme, tous les paganisme^, cosmologiques ou mythologiques, mystiques ou poétiques, ont ce caractère essentiel et commun que c'est Thonmie lui-même qui y devient ou y fait Dieu. On y rencontre bien Tidée vague d'un Dieu prinoitif et suprême, caché bien loin au fond de TuniveETs; mais le Dieu ou les dieux qui sont vraioient l'objet
de la religion, qui vivent en rapport avec rhomme, le Dieu ou les dieux qu'on adore et qu'on prie, ceux-là ne sont que des personnifications de Thomme ou de la nature, les héros-humains, ou les grandes facultés et passions humaines, ou les forces actives de l'univers élevés à la condition divine et aux honneurs du culte religieux. Dans toutes ces religions, le Dieu ou les dieux réels et vivants, qui président aux destinées de Thomme et du monde, sont d'origine naturelle et de création humaine. C'est au contraire le caractère propre et fondamental du christianisme, dans son berceau biblique et dans toute son histoire, que Dieu n'y provient en aucune façon de l'homme ni de la nature. Le Dieu des Hébreux et des chrétiens n'est point la personnification des forces de la nature, ni des facultés humaines, ni des héros du genre humain ; il a créé le genre humain et la nature ; il leur préexiste et en demeure essentiellement distinct et indépendant. 11 est le Dieu primitif, unique, éternel, qui subsiste
par lui-même, et il est en même temps le Dieu actif, toujours et partout présent, qui maintient et gouverne tout ce qu'il a créé, et à qui seul s'adressent la foi et le culte de ses créatures. C'est vraiment Dieu.
Si c'était ici la place, je pourrais montrer tout ce que contient ce caractère propre et fondamental de la religion biblique et chrétienne ; comme le disent les monuments de cette religion, et comme le croient ses fidèles, c'est Dieu lui-même qui s'y révèle, qui parle et agit, crée et gouverne le monde. Mais je ne veux, en ce moment, que mettre en face l'un de l'autre les deux principes, les deux Dieux, si je puis me permettre ce langage, en qui se résume la double histoire religieuse de Thumanité : d'un côté est ridolàtrie, de l'autre le christianisme.
Voici maintenant où nous en sommes et où le vent du siècle nous pousse. On ne tente pas de nous ramener à telle ou telb de ces formes de l'idolâtrie qui ont érigé en Dieu les héros du genre humain, ou les grandes facultés de l'homme, ou les forces
de la nature ; mais on veut que nous délaissions lu Dieu de la Bible et de l'Évangile, le Dieu primitif, indépendant, personnel , distinct et créateur de l'homme et du monde; et on nous demande- d'accepter pour toute religion un Dieu abstrait, qui est aussi une idole d'invention humaine, car il n'est autre que l'homme et le monde confondus et érigés en Dieu par une science qui se croit profonde et qui voudrait bien ne pas être impie. A la place du christianisme, de son histoire et de ses dogmes, ces grandes solutions de notre destinée et ces sublimes espérances de notre nature, on nous propose le panthéisme, le scepticisme et les embarras de l'érudition.