ET LA LIBERTE RELIGIEUSE
à Louis XIV ou au parlement de Charles IL Aujourd'hui, partout où la liberté religieuse est admise, la paix religieuse est possible. Libres dans leurs croyances diverses, les chrétiçns peuvent et doivent, en les gardant, prendre soin aussi des intérêts communs de l'Église chrétienne; dès qu'ils ne se persécutent et ne s'oppriment plus les uns les autres, ils peuvent et doivent se respecter et se soutenir mutuellement. Je sais, et je le reconnais à regret, que la liberté religieuse, cette conquête, ce trésor de la civilisation moderne, n'y a' pas été introduite et fondée par les croyants chrétiens. Non qu'elle soit contraire, je ne dis pas seulement aux principes, mais aux traditions du christianisme; elle a eu de tout temps, dans l'Église chrétienne, des confesseurs et des défenseurs: au IV* siècle, de glorieux évêques catholiques, saint Hilaire de Poitiers et saint Martin de Tours, s'élevaient contre les persécutions religieuses ; au xvi* siècle, Guillaume de Nassau, feracîVwrne, ce fondateur de la Hollande protestante, soutenait, contre la plu-
part de ses amis, la tolérance pour toutes les communions chrétiennes. A toutes les époques on voit apparaître, dans l'histoire du christianisme, quelqu'une de ces grandes âmes solitaires et éparses qui comprennent et réclament les droits de la conscience et de la dignité humaine. Mais il est vrai que ce n'est point par sa propre vertu et son propre effort que l'Église chrétienne est arrivée à la liberté ; c'est l'esprit humain qui, en s'élevant et s' affranchissant, a affranchi la conscience humaine ; c'est la société laïque qui, en cherchant pour elle-même la justice et la liberté, lésa données, je devrais dire imposées à la société religieuse. J'ajoute que, dans l'état actuel des esprits et des mœurs,' la société laïque et les pouvoirs qui la régissent sont seuls capables de protéger et de maintenir, au profit de tous, la liberté religieuse. Si, en présence des controverses et des passions religieuses, cette liberté, la plus sainte de toutes, était placée sous la main et laissée à la discrétion des pouvoirs religieux eux-mêmes, elle serait partout, je le crains.