CHAP. X. -L'ÉGLISE CATHOLIQUE
monts auxquels nous assistons do nos jours auront cette vertu. Jamais peut-oiro IVxprrionco n'a parle plus haut ni plus clair.
C'est, un lieu commun historique, et ce lion commun est fondé, que depuis le xvi* siècle, le catholicisme a été en général hostile à la liberté. Ayant l'autorité pour principe fondamental et voyant ce principe attaqué avec violence, il a trop oublié et méconnu les droits du principe correspondant dans la nature et la destinée humaines, la liberté. Pondant plusieurs siècles, le pouvoir spirituel catholique avait souvent et eflicacement protégé, contre le despotisme temporel, les libertés sociales ; mais mis luimême en question et ne se confiant pas dans sa force propre, ce pouvoir s'est presque partout allié avec le pouvoir absolu politique et l'a soutenu pour s'y appuyer.
Là où cette alliance s'est accomplie, la liberté religieuse et la liberté politique en ont également souffert ; la conscience et la société ont vécu sous le joug.
Les hommes supportent beaucoup et longtemps; pas tout cependant ni toujours. Contre ce double joug, l'esprit de résistance et de liberté a fini par éclater. Selon que l'alliance entre les deux pouvoirs absolus a été plus ou moins entière et obstinée, la lutte a eu, chez les divers peuples chrétiens, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en France, en Italie, des apparences et des vicissitudes très-diverses ; mais partout en définitive elle a abouti au même résultat ; un peu plus tôt ou un peu plus tard, avec plus ou moins de fracas et de ruines, il est partout arrivé que l'union contractée entre le pouvoir temporel absolu et le pouvoir spirituel catholique,
pour imposer leur joug commun, leur a été fatale 5. l'un et à l'autre ; s'ils y ont puisé d'abord quelque force, ils s'en sont bientôt trouvés, l'un et l'autre, décriés et affaiblis. Partout cette union et son but ont été condamnés par l'expérience ; partout il est devenu évident que, sinon la rupture de tout lien entre l'État et l'Église, du moins la séparation de leurs
68 CIIAP. X.— L'ÉGLISE CATHOLIQUE
domaines et leur liberté mutuelle sont les conditions de leur sûreté comme de leur dignité et de leur repos.
L'Europe chrétienne en est là aujourd'hui.
C'est un grand pas vers un meilleur avenir, pour l'Église comme pour l'État, pour la religion comme pour la liberté. Mais nous chancelons encore dans cette voie ; pour nous raffermir et avancer vers le but, il faut veiller avec soin Ji ne pas retomber dans l'ancienne ornière ; il faut que la mauvaise alliance des deux pouvoirs ne recommence pas, que la liberté civile soit fermement défendue contre les empiétements du pouvoir religieux, et la liberté religieuse contre les empiétements du pouvoir civil ; il faut que l'Église soit intacte et libre dans son domaine comme l'État dans le sien.
Je me représente quelquefois ce qui arriverait si, un jour, le pouvoir suprême de l'Église catholique, la papauté, acceptait pleinement, hautement, le principe de la liberté religieuse. Non pas le principe de l'indifférence de l'esprit, mais celui de l'incompé-
tencc et de T illégitimité absolue de la force en matière de foi. Ce principe ne touche à aucune des bases essentielles du catholicisme, ni à Tunité, ni à rinfaillibihtc spirituelle de l'Église et de son chef, ni à aucun dogme proprement religieux. Il consiste uniquement à reconnaître la séparation de la vie civile et de la vie religieuse, Tautorité de l'esprit seul sur l'esprit, et le droit de la conscience humaine à n'être pas gouvernée, dans ses rapports avec Dieu, par des décrets et des châtiments humains. Personne ne saurait mesurer d'avance l'effet que produirait, dans le monde civilisé, la franche et ferme introduction de ce principe dans l'Eglise catholique. Par sa forte organisation, par l'éclat deson culte, par plusieurs de ses institutions et de ses maximes, cette Église répond à de puissants instincts de la nature humaine : si elle renonçait sérieusement, sans réserve ni subtihté théologique, à toute alliance avec le pouvoir temporel absolu, à toute hostihté contre la liberté civile, h tout appel à la