‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 98 sur 125 · CHAP. X. -L'EGLISE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

CHAP. X. -L'EGLISE CATHOLIQUE

contrainte matérielle dans l'ordre spirituel, elle retrouverait beaucoup de force, car, sans cesser d'être religieusement clle-m«''mc, elle rentrerait en harmonie sociale avec le temps présent et l'avenir.

Cette réforme polit i(iue du catholicisme s'accomplira-t-elle? Viondra-t-il un jour, à la tête de l'Église catholique, un ferme et puissant génie qui en reconnaisse et en proclame la légitimité comme la nécessite? Nul ne le sait. Dans cette Eglise, parmi ses fldèles et ses prêtres, de bons symptômes se manifestent ; des efforts sont tentés pour faire pénétrer et prévaloir, dans les rapports de la société religieuse et de la société civile, de l'Église et de l'État, une vraie et mutuelle liberté. Mais d'autres symptômes, d'autres actes révèlent en même temps, au sein du catholicisme, une obstination inintelligente dans de mauvaises routines d'idées et de langage, ce qui fait dire aux malveillants et aux indifférents : « Vous voyez bien, c'est incurable! » Ainsi la crainte des prétentions et des traditions absolutistes du catholicisme

se peq)étue; loin de se pacifier, la lutte entre l'État et l'Eglise se renouvelle; nous sommes près de rétrograder, au lieu d'avancer, dans les voies de la justice et de la liberté.

Dans cette crise incertaine, pendant que la société laïque et l'Eglise catholique, toutes deiLX méfiantes, s'observent et se tàtent , ne sachant pas bien si elles peuvent vivre en paix, qu'ont à faire tout gouvernement sensé, tout vrai et honnête libéral? Une seule chose qui leur est un intérêt comme un devoir impérieux ; ils doivent professer et pratiquer, pour les libertés diverses qui sont en présence, civiles et religieuses, un respect également profond, également ferme, les maintenir toutes ensemble, et travailler ainsi à dissiper, par l'autorité des faits, les inquiétudes et les hésitations mutuelles qui retardent leur coexistence pacifique.

Par malheur, c'est précisément en sens contraire qu'agissent les faits auxquels nous assistons aujourd'hui. Les apparence^i et les réalités se contredisent

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scandaleusement; on entend retentir des chants de triomphe en l'honneur de la liberté religieuse; il semble que son jour soit venu, qu'elle soit près d'être le fait universel comme le droit reconnu dans la société européenne; et c'est au moment d'une grave atteinte portée à la liberté religieuse d'une grande partie de l'Europe qu'éclate ce libéral transport!

Je viens de le dire, et les faits le disent bien plus haut que moi : la liberté religieuse ne consiste pas uniquement dans le droit personnel et isolé de chaque homme à professer sa foi ; la constitution intérieure de la société où les hommes s'unissent religieusement, c'est-à-dire de l'Eglise, son mode de gouvernement, les rapports de ses ministres avec ses fidèles, les règles et les traditions qui y président, font essentiellement partie de la liberté religieuse; et partout oii cette liberté est proclamée, elle n'est réelle et complète que lorsque l'Église et les Églises diverses en jouissent aussi bien que les individus.

Que dirait l'Église protestante de France si, mal-

grc ses institutions primitives, malgré son histoire, malgré la loi qui reconnaît ses synodes, on venait lui dire : « Vous n'aurez point de synodes, point d'autorité supérieure et indépendante pour régler vos affaires intérieures et générales ; chacune de vos Églises locales restera isolée, et décidera seule, comme il lui plaira, des questions qui intéressent le protestantisme tout entier? » Si on tenait aux protestants français ce langage, si on abolissait ainsi leurs institutions propres et traditionnelles, trouveraient-ils leur liberté religieuse complète? Croiraient-ils leurs droits religieux suffisamment exercés et garantis?

Si le parlement britannique, en laissant les catholiciues parfaitement libres de professer leur foi et de praticiuer leur culte dans l'intérieur des trois royaumes, leur interdisait absolument h tous, prêtres ou fidèles, toute relation avec la papauté, et détruisait ainsi pour eux le gouvernement de l'Kglise catholiciuc en brisant les liens qui en unissent partout le chef et les membres, la liberté religieuse existerait-

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elle en Angleterre? Les catholiques anglais se tiendraient-ils pour satisfaits par la jouissance de leur liberté religieuse individuelle quand la liberté générale de leur Église serait abolie?

Personne n'ignore qu indépendamment des dogmes religieux, deux faits essentiels caractérisent l'organisation et la situation de l'Église catholique; elle a un chef général et unique que reconnaissent tous les catholi({ues réunis ou dispersés dans les divers États du monde; ce chef est en même temps le prince spirituel du catholicisme tout entier et le prince temporel d'un petit Etat européen. Un ardent débat s'élève aujourd'hui à ce sujet : les uns prétendent que l'union de ces deux caractères n'est pas nécessaire à la papauté, et qu'elle peut conserver son pouvoir spirituel sans posséder aucune souveraineté temporelle ; les autres maintiennent la nécessité de la souveraineté temporelle pour le libre et sûr exercice du pouvoir spirituel. Je ne touche pas encore à ce débat; je n'examine pas ici le système de

gouvernement de l'Église catholique; c'est sa liberté et son droit à la liberté que je défends. Le double caractère de la papauté est un fait consacré par les siècles; ce fait s'est développé et maintenu à travers toutes les vicissitudes, toutes les luttes, tous les déchirements du christianisme ; il n'est pas toute la foi catholique, mais il est l'Eglise catholique elle-même. Et l'on croit pouvoir porter sur ce fait une main violente, l'altérer à son gré, le détruire même, sans porter atteinte à la liberté religieuse des catholiques! On veut dépouiller le chef spirituel de l'Église catholique d'un caractère et d'une situation qu'elle regarde, depuis des siècles, comme la garantie de son indépendance, et l'on prétend qu'on n'entrave pas, qu'on ne mutile pas le catholicisme ! Bien plus, on soutient que l'Église catholique n'a jamais été libre et qu'elle va l'être; VÉr/lise libre est le principe qu'on proclame au nom de l'État, au moment où l'État enlève à l'Église sa constitution et sa maison! Je ne crois pas, de la part d'unhommcsupérieur,

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