‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 12 sur 70 · CHAPITRE 1. ag · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1. ag

de la France^ de leur dévouement aux prérogatives du saint-sîége. Je n'ignore pas que ces conquêtes de la liberté catholique ne sont plus, ou ne sont pas encore, placées sous la sanction des lois; que les articles organiques, si indignement accolés au texte sacré du concordat, ne sont pas abrogés; que plus d'une arme redoutable sommeille dans l'arsenal de la législation; mais dans un pays où le droit écrit est condamné à subir des variations si promptes et si fréquentes, il est permis de regarder les faits qu'on vient de rappeler comme pourvus d'une autorité sérieuse et incontestable.

11 y a d'ailleurs des faits qui sont des actes, destinés à signaler toute une époque et à prendre rang parmi les plus précieux souvenirs et les plus irrécusables engagements d'une grande nation. Telles sont les éloquentes protestations de dévouement à l'Église que le chef actuel de l'État a si souvent renouvelées depuis sa première candidature à la dignité suprême ; tels sont les témoignages de respect et de sympathie prodigués, dans toutes les occasions, par l'immense majorité de l'assemblée constituante et de l'assemblée législative, à la religion catholique; telle est l'expédition de Rome, décrétée par nos votes, accomplie par nos armes; telle est surtout cette Hn sublime de l'archevêque de Paris, marquée au coin d'une si héroïque simplicité, qui a jeté au milieu de nos discordes civiles un reflet des âges héroïques de l'Église. C'est pour la plus grande gloire du catholicisme et de la France que s'est répandue dans tout l'univers, jusque dans les sierras de

3o DES JNTSRilTS CA.ÏHOLIQUES.

l'Amérique espagnole et les iles ëparses de la Polynésie, comme la plus touchante et la plus vélidique des légendes , Fhistoire de cet évéque, mort pour F amour de Dieu et des Français ' .

Cependant 9 passons le détroit , et contemplons avec respect et reconnaissance Fun des plus étonnants spectacles que Dieu ait donnés au monde. L'Angleterre, cette nation souveraine, héritière et rivale de l'ancienne Rome, par l'étendue de sa puissance, la durable majesté de ses institutions, l'énergie de sa politique, la persévérance de ses desseins; l'Angleterre, si longtemps chère et fidèle à l'Église, puis révoltée contre sa mère, et au sein de son apostasie comblée de toutes les prospérités humaines; l'Angleterre, à qui rien ne résiste, et qui brave avec imprudence et impunité les périls auxquels tous les autres Étals ont succombé; cette fière et toutepuissante Angleterre se sent envahie, bravée et vaincue par l'invincible faiblesse de cette Église qu'elle a tant de fois cru anéantir. Elle porte attaché à son flanc, avec le témoignage toujours vivant de sa faute capitale, l'instrument de sa punition, qui peut devenir, quand elle le voudra, celui de la miséricorde divine envers elle. L'Irlande, si longtemps oubliée par toute l'Europe, même catholique, n'a jamais oublié sa foi. Elle a vécu d'un long supplice, martyre de son amour indomptable pour l'Église romaine. Trois siècles de

* Exergue de la médaille qui fut frappée pour le jour de ses obsèques.

GHAI'ITIIE I.

confiscations^ de persécutions, de famine, de dégradation, ont passé sur sa tête, sans Tintimider et sans la faire ployer. Elle a fini par enfanter un vengeur, mais un vengeur à la façon du Christ, qui nous sauve en nous punissant. Un homme s'est rencontréqui, sans avoir jamais exercéaucune fonction officielle, sans avoir jamais demandé ni reçu une faveur, un titre, une décoration, a régné pendant trente ans sur son pays, régné sur les cœurs, sur les bras, sur la bourse même de cinq millions d'hommes. Il a régné, sans avoir jamais fait verser une goutte de sang, sans avoir même engagé une seule lutte violente ou illégale, mais par la seule force de la parole, de cette parole à la fois libre et contenue, que les merveilleuses institutions de TAngleterre garantissent même aux adversaires de sa domination. Il a régné, et son règne a profité plus que celui d'aucun roi moderne à la cause catholique. 11 a reçu de ses concitoyens le nom de libérateur^ et la postélîté le lui conservera, non pas pour avoir délivré sa patrie, ce que d'autres ont pu faire ailleurs, mais pour avoir délivré l'Église de Dieu dans le plus puissant empire du monde, ce qui n'avait encore été donné à personne. C'est lui qui, avec l'Irlande derrière lui, vient frapper au nom de son peuple à la porte du parlement anglais. £lle s'ouvre, et les catholiques des trois royaumes y entrent avec lui, et pour toujours. Le vainqueur de Napoléon rend les armes au chef moral d'un peuple désarmé, mais devenu invincible par la force du droit, et préludant à la défaite de ses

3a D£S INTÉRÊTS CATHOLIQUES.

oppresseurs par la victoire qu'il remporte sur sa propre Intempérance '. Le grand et glorieux acte de V émancipation catholique, après cinquante ans de débats, est consommé.

La race irlandaise , aussi féconde que fidèle ^ en se précipitant de toutes parts dans les manufactureSy dans les ateliers de travaux publics, dans les colonies surtout, y porte avec elle la vraie foi désormais affranchie; et cet immense empire britannique, répandu dans les cinq parties du monde, et sur lequel on peut dire avec vérité que le soleil ne se couche jamais, devient, comme naguère l'empire romain , une vaste pépinière de sièges épiscopaux et de missions catholiques ^.

I L*ivrognerie a été le vice populaire et séculaire de rirlande, et pour ainsi dire, la seule consolation de ce peuple dans sa misère, 0*Connell avait commencé, lors de son élection à Clare, en iSag, par obtenir de ses électeurs qu'ils renonceraient à toute boisson fermentée pendant la durée de rélection; et ce succès fut la plus forte preuve de sa toute-puissance. Mais depuis lui a surgi un autre Irlandais, un moine franciscain , le P. Mathew, qui a entrepris de faire pi^endre à ses compatriotes, au nom de la religion, l'engagement définitif de s'abstenir totalement de liqueurs spiritueuses. Les résultats qu'il a obtenus rappellent les plus beaux temps de la ferveur religieuse. De i838 à 1842^ cinq millions d'Irlandais , tant en Amérique qu'en Irlande , avaient fait entre ses mains le vœu de tempérance, et le produit de l'impèt sur les boissons en Irlande avait diminué d'un tiers. — Une révolution analogue a été opérée en Allemagne, dans la Silésie, par un capucin polonais, le P. Brzozowski. Il a commencé à introduire les sociétés de tempérance en 1844» et pc<i après les rapports officiels constataient que, sur les 900,000 âmes qui peuplent le gouvernement d'Oppeln, 5oo,ooo avaient fait le vœu de tempérance.

* Il y a aujourd'hui, dans les pays soumis à la couronne d'Angleterre, QUATRB-viNGT-iTKUF évéchés OU vicariats apostoliques. Pbtri , Cerarchia délia S, Chiesa in tutto l'orùe; Roma. i85r.

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£t pour que l'Angleterre ne soit pas humiliée par cette victoire d'une race étrangère et conquise. Dieu permet qu'il se développe au sein même du clergé anglican un mouvement imprévu et prodigieux vers la tradition, vers l'autorité, vers l'unité romaine. La foi du grand Alfred, de saint Anselme et de saint Thomas de Cantorbéry reprend ses droits dans l'âme de ses fils repentants. Après une longue et vaine lutte^ inspirée par l'espoir insensé de trouver un moyen terme entre la vérité et l'erreur, entre l'unité et la division, l'élite du clergé anglican se détache, et sacrifiant bénéfices, richesses, amitiés, famille, vient recruter la milice légitime du sanctuaire ou édifier le monde par l'humble ferveur de ses vertus laïques. Nous n'avons jamais partagé les rêves dangereux de ceux qui ont prédit avec une assurance risible la conversion totale et immédiate de l'Angleterre; nous partageons encore moins les fureurs de ceux qui voudraient réchauffer des antipathies surannées contre une nation si essentielle à la destinée du catholicisme dans le monde entier. Mais nous saluons avec bonheur les conquêtes graduelles de la vérité sur ce sol dont elle avait été si longtemps bannie ; ces églises, ces couvents, ces écoles surtout, qui, à l'ombre de la liberté d'enseignement la plus complète, surgissent chaque jour à côté des vieilles cathédrales et des vieilles universités fondées par le catholicisme, et dont le catholicisme est exclus; ces douze évêchés qui subviennent à peine aux besoins spirituels d'un royaume où , il y a cent

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