‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 31 sur 70 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

1949 et 19ft]9. — ConiriMSte et «nalofte,

On nous donne^ en quelques courtes années, deux spectacles bien divers, mais également tristes.

En 1848, au lendemain de la révolution de février, on vit un gt:and nombre de catholiques, prêtres et laïques, saluer de leurs sympathies et de leurs applaudissements ce qu'ils appelaient une ère nouvelle. Les uns, à l'âme haute, pure, désintéressée, cédaient à l'entraînement du jour, et peut-être à l'instinct de leur nature; ils se sont depuis éclairés, sans se démentir. Les autres, tristes adeptes du culte de la victoire, de la force et de la fortune, ont déjà rallumé leurs encensoirs pour de nouvelles idoles.

En ce temps-là, on disait, on écrivait, on prêchait même que le christianisme n'étaitautre chose que la démocratie, comme on avait déjà dit, écrit et prêché, sous la restauration , que le christianisme était la monarchie. On adulait le présent aux dépens du passé. On encourageait les orgueilleuses folies des novateurs. On rêvait la séparation absolue de l'Église et de l'État, l'organisation de la charité par l'État, mille autres chimères. On affirmait que la résolution de 1848 était tavéne^

ment de la pensée chrétienne dans la gouvernement de la société; op osait dire qu^ la république datait du Calvaire , et que J^ liberté, l'égalité et la fratero Dite étaient trois rayons partie du cœur de Jésus crucifié.

Cette fausse monnaie de TÉvaugile fut bientôt hors de cours : les adhésious serviles et les illu-» sîons généreuses reçurent également un prom{^ et sanglant démenti.

Nous assistons aujourd'hui à la contre-'épreuve de cette infirmité morale , à un mouvement d'opinion qui n'est autre chose qu'une évolution de la même disposition :

Endem mutata resurge.

C'est le même esprit^ alors même que les hommes ne sont pas les mêmes ; ce sont toujours les pontifes de la force, les chantres du supoès, qui , en se pliant aux événements du jour, prétendent aussi plier le passé et l'avenir au^ caprices de leur inconstance.

Le gouvernement moaardiique était à peine tombé en 1848, et déjà l'on voyait des écrivains se hâter d'en conclure que la royauté ne revient^ drait pas; que c'était une forme usée du dçvelop-» pement humanitaire; que les catholiques de-* vaient en faire leur deuil, et se hâter de saluer les nouvelles destinées du monde.

Aujourd'hui des âmes de la même trempe, des esprits de la même portée se livrent aux ménpes ébats sur la tombe provisoire de la liberté. Parce que l'excès de la discussion a abouti à la sup-

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pression de toute discussion ; parce que le gouvernement représentatif, atteint par le revers du coup qui ne devait abattre que le socialisme, s'est éclipsé; parce qu'ika trébuché dans un piège que de sots amis et d'habiles adversaires creusaient à la fois devant lui, on bat des mains à sa chute, on le déclare à jamais enterré. Pourquoi faut-il que des écrivains catholiques se fassent les échos de ces épigrammes sans péril, et les tenants de ces insulteurs posthumes?

J'ai combattu les illusions et les faiblesses de ceux qui flattaient le succès en 1848. S'il n'était fastidieux de se citer soi-même, je pourrais répéter aujourd'hui, en n'y changeant que l'adresse, les protestations qui parurent alors nécessaires contre les courtisans de la victoire ^

Aujourd'hui la nécessité de semblables réserves semble bien plus grande encore, car le péril est plus grand, et surtout sera plus durable.

Des hommes qui ont invoqué toute leur vie la liberté; qui ont conquis la confiance et la juste admiration des catholiques, en leur montrant comment la liberté pouvait servir au bien et au vrai; ces mêmes hommes en sont venus aujourd'hui jusqu'à la déclarer inutile et dangereuse. Les constitutions , les discussions , les parlements, le contrôle des législatures, des assemblées, n'excitent plus chez eux que la risée ou le dédain, ils ne veulent plus servir, dans Tordre politique, que le pouvoir, ils ont trouvé un maître qui

' Voir à ïjéppeiuiice n* II.

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