‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 36 sur 70 · CHAPITRE YI. 9y · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI. 9y

ces deux axiomes n'est que trop dëinoiitré par les cruelles humiliations de la liberté^ partout où l'on a séparé sa cause de celle de Dieu; mais le premier n'est pas moins indispensable à soutenir et à proclamer. La religion ne doit rien, absolument rien à la démocratie ; elle doit beaucoup à la liberté. Sans doute il n'en faut pas trop, ni toujours, ni partout, ni sans motifs, ni sans préparation ; pas plus qu'il ne faut enseigner le grec ou l'algèbre à un enfant qui ne sait pas l'alphabet. Mais la refuser d'une façon systématique et permanente; s'enrégimentera la suite des passions et des terreurs même fondées qui la proscrivent aujourd'hui ; croire que l'on pourra définitivement sevrer de cette forte et substantielle nourriture les nations qui en ont une fois goûté , c'est à la fois une erreur capitale et une gi*ande bassesse. Et quand on le pourrait, encore ne le devrait-on pas, sous peine d'affaiblir et de discréditer la vérité.

Sans doute il ne faut jamais approuver ni permettre, si on peut l'empêcher, que l'esprit de désordre, la révolte contre toute autorité, l'orgueil et l'envie ligués contre le droit et l'histoire, viennent envahir le cœur des peuples et les institutions sociales, sous les dehors de la liberté, comme cela se pratique trop souvent. Voilà pourquoi, dans les temps de révolution, la liberté est plus exposée que jamais, et pourquoi ses plus dévoués amis sont condamnés à des sacrifices dont il n'est pas toujours facile de mesurer l'étendue ou la durée. Voilà pourquoi, pendant ces dernières

années, au milieu des périls et des agitations de la guerre, sous lé feu de l'ennemi^ dans Tincertitude de Fissue de ces luttes chaque jour renaissantes, nous tous, catholiques dévoués à la liberté^ nous avons , non pas désespéré d'elle , mais gémi de voir son nom profané par l'anarchie, et prêté notre énergique concours à la répression du- désordre. !Nous avons dû pencher de tout notre poids du côté de l'ordre et de l'autorité; car c'était le seul moyen de maintenir l'équilibre, de sauver la liberté, aujourd'hui engloutie dans le naufrage que lui préparaient les excès de la démocratie, et que nous avions tant de fois prévu et annoncé.

On nous accusait alors, nous, les amants sincères et passionnés de la liberté, de l'oublier, de l'immoler. On nous taxait d'infidélité, de désertion , de trahison, parce que nous marchions avec précaution sur le champ de bataille, en comprimant les ennemis irréconciliables du bien , en transigeant avec d'anciens adversaires à moitié ramenés vers le vrai, en sauvant le principe aux dépens de quelques applications hasardées. £t toutefois nous la servions alors; nous ne l'avons jamais mieux servie qu'en essayant de la préserver de 1 erreinte de ceux qui l'ont toujours compromise et souillée. Parmi ceux qui nous dénonçaient alors à l'indignation des âmes libérales, nous en connaissons plusieurs qui aujourd'hui en pleine paix et en toute sécurité, lorsque le danger est passé, lorsque la liberté n'inspire plus que des regrets et des espérances, s'approchent de sa statue, muettç

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