‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 4 sur 70 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

sur ses plages; mais rien n'annonçait encore un changement prochain dans la législation barbare qui avait servi à extirper le catholicisme de la Grande-Bretagne, et à l'écraser en Irlande. Le bienfait de ses glorieuses et solides institutions était assuré à tous, excepté aux papistes indigènes. Son code était encore déshonoré par des pénalités sauvages contre l'exercice public du culte d'Alfred et de saint Edouard. Ses juges déclaraient, du haut de leur tribunal, que la loi ne reconnaissait à aucun catholique une existence légale. Les plus illustres races de son aristocratie étaient encore exclues de leurs sièges héréditaires à la chambre des pairs. Le plus courageux de ses soldats ne pouvait dépasser le grade de colonel, s'il était catholique. Aucun mérite, aucun talent, aucun service, si éclatant qu'il fût, n'eût sufQ pour ouvrir les portes de la chambre des communes à celui qui aurait refusé de jurer que la transsubstantiation était une idolâtrie, et la messe un sacrilège. Le roi Georges III aimait mieux priver son gouvernement du concours de Pitt , que de consentir à changer un iota à ces criminelles folies. Tous ceux qui parcouraient, il y a vingt ans, ce pays prodigieux, ont pu voir encore les impasses sordides, les hangai*s, les écuries où se glissaient les rares fidèles de Londres, pour assister aux saints mystères; et ces messes dites en plein air, où les Irlandais affamés, en haillons, se groupaient autour de leurs prêtres , en vue des cathédrales désertes et profanées qu'Elisabeth et Cromwell leur avaient volées.

6 DES lUfTÉtLÈtê eiffiOLIQUES.

£n Allemagne, l'Église s'enfonçait de plus en plus dans cet abaissement, où elle semblait graduellement disparaître , depuis la fin de la guerre de Trente ans. Autrefois maîtresse de la moitié de cet empire que ses moines avaient défriché et que ses évêques avaient conquis sur la barbarie, elle allait perdre irrévocablement tout ce qui lui restait de son patrimoine. Une moitié en était déjà réunie à la France, et l'autre allait être dé* pecée et jetée en pâture à tous ces princes, à tous ces seigneurs, catholiques et protestants, qui, à LunévilleeyàRatisbonne, mendièrent, des mains de la révolution victorieuse, une part dans la dépouille de l'Église. Elle s'affaissait sans résistance, elle succombait sans honneur. Depuis longtemps les catholiques, prêtres et laïques, n'opposaient plus qu'une inerte torpeur aux mépris du protestantisme et aux envahissements de la philosophie. Le catholicisme ne comptait pour rien , absolument rien, dans la politique ni dans la littérature de cette nation, qui se prosternait devant le grand Frédéric, et que le paganisme de Goethe faisait tressaillir d'aise et d'admiration. La théologie ne donnait quelques signes de vie que pour lutter contre Rome, sous l'inspiration de Fébronius et de ses émules. Le dernier acte historique des trois électeurs ecclésiastiques de Mayence, de Cologne et de Trêves, avait été de se réunir avec Farchevêque de Saltzbourg, primat de Germanie, pour dresser dans les Ponctuations (fEms * le

' En 1786.

code de 1^ révolle pt de Tjngratitpde contre le saipt-si^ge. Ih étai^pt pccupés à l'appliqviery quand 1^5 armées républic2|jnes vinrent les 4étrôqpr et leur in^iger le châtiment qu'ils avaient d'avance justifié. Pa§ une voix d ailleurs ne s'éjeva^it ppi^r défendre la vérité cbrétienne, ni les drpits de la pap^utéy ni même ces souverainetés ecclésiasti* ques, pu régnait (:]epuis qnUe an^ un bonheur pfpyprbiaP. Rien n'annonçait, mèrpe de trèsloin^ W\) ^tpjberg, un Schjpgel, un fSprres. Dans ce vaste naufrage, l'œil pouvait errer sur toute l'Allemagne catholique, sans y découvrir un écrivaip , un docteur, un évéque digpe de cç nom.

En Italie, mémç désolatjpp et même humiliation : des lois rendues contre l'Eglise par la njonarchie absolue a Kaples, ^ farme, à Turin, k Florence, maintenues et exécutées par les démagogues : des armées étrangères et d'épbéipèries républiqp^s; des temples prqfapés, des couvepts supprimés, des pepples consterpés; pas un martyr, ni même up soldat.

£n Autriche, )^Ë.g{ise formait sur le lit de ProçMste, quelqi avait drpssé Jpseph U. SqrJesruineif des deux mille pi0p3$(^ères confisqués par Ci^tte majesté apostolique, deux ans avant que l'assemblée constituante n'eût applique les mêmes théories aux mêmes victimes, la bureaucratie impé^

* Unter dem Kmmrns(ab ist es gut wohnen : à II fait bon vivre sous la crosse; » dicton jadis populaire en Allemagne, et que rien i^'^t ven|i démeiitjr.

8 DES HfTÉRÂTS CATHOLIQUES.

riale foi^eaît à son aise les chaînes doublées de velours dont elle a su enlacer jusqu'à ce jour tous les membres de sa captive. Joseph II avait écrit : a foi fait de la philosophie la législatrice de mon em- «pire...» Et son successeur, Léopoldll, fidèle de tout point à ses leçons, dénonçait, devant les états de la Basse-Autriche, comme la source du mal le pouvoir nobiliaire et le monachisme. La Belgique, cette fille chérie et fidèle de la catholique maison de Habsbourg, lui était arrachée pour toujours. Broyée sous le double eflbrt de la révolution monarchique de Joseph 11, et de la conquête révolutionnaire des terroristes, elle avait succombé, mais non sans avoir préludé, par un généreux eflbrt en faveur de la religion et de la liberté, à la régénération catholique et nationale dont nous avons eu la consolation d'être les témoins.

La Pologne, ce royaume ort/iodoxey boulevard si longtemps invincible de l'Europe et de l'Église contre l'islamisme et contre le schisme grec, condamnée par Voltaire avant d'être immolée par Catherine, se débattait, déchirée, sanglante, sous la serre des potentats qui avaient consommé, pour la première fois depuis l'ère de la rédemption, le meurtre d'une nation chrétienne.

L'Espagne, dépouillée de toutes ses anciennes libertés, transformée par le plus étrange oubli de son immortel passé en domaine privé de ses rois *, énervée par deux siècles de despotisme

■ Le GODdeil de régence, après la mort de Charles II, écrivait

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