‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 5 sur 70 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

sans gloire, spectatrice silencieuse de l'attentat inouï commis par GhaHes III contre la compagnie de Jésus, languissait sous la domination d'un garde du corps, amant de la reine et favori du roi.

Le Portugal, où Pombal avait renouvelé contre les jésuites les cruautés des empereurs romains contre les premiers martyrs, ne tenait plus que par un fil à l'Église romaine. Il faut lire l'inappréciable récit du cardinal Pacca, alors nonce auprès de Sa Majesté Très-Fidèle, pour juger à quel degré étaient tombées l'antique gloire, l'antique liberté et l'antique foi du royaume fondé par Alphonse de Bourgogne, à la suite d'une victoire et d'une vision miraculeuse, avec le libre consentement de ses barons et de son peuple, et la sanction du saint-siége sollicitée par saint Bernard '.

En résumé, nulle part le moindre signe de salut ou d'espérance. La religion, partout oubliée ou anéantie, semblait exilée de la terre. Le catholicisme devait paraître aux sages du monde un cadavre qu'il ne restait plus qu'à enterrer.

eu ces termes à Philippe V, le 3 novembre 1700 : « Nous dirons à y. M. que le successeur du roi mort peut venir sans délai prendre possession de cette monarchie, et en disposer comme de ses pro^ pHétés particulières, » C'est à cela qu'en était réduite l'Espagne du Cid et d'Isabelle la Catholique.

I Notizie sul Poitugtdio con una brève relazione délia nunziatura di Lisbona, dalV anno \'jq^^ fino alV anno i8oa, dal cardinale Bar- T01.0MXB0 Pacca, etc.; Velletri^ i835.

]P DES INTÉÇÊfS CATHOLIQUES.

Un demi-sjècles'écQu]^, et touj e§t tran^fori^é. Partout la religion a repris sa p|ace , au premier rang; partput TÉglise est reconnue coinme uqe puissance du premier ordre. Invoquée par les uns avec la confiance d'un amour toujours fidèle ; par les autres, avec )a passiop d'une conversion récente; par quelques-uns peut-être à regret et à contrecœur; si ell^ est encore attaquée par quelques aveugles , nul du moins ne méconnaît sa force , sa vie, sa fécqnde immortalité. En parcourant le sol de l'Europe, labouré par la révolution et la guerre, on la voit partout refleurir, grandir, relever sa tête rajeunie, et planer sur les destinées du rponde. Comme les hautes cimes après le déluge, ^ mesure que les eaux s'abaissent, on voit reparaître les vérités qu'elle prêche depuis dixhuit siècles, et les institutions qu'elle a élevées sur l'immobile fondement de la promesse divine.

Recommençons la revue que nous venons de passer, et saisissons à la hâte les traits les plus saillants du nouveau tableau.

Sans doute , l'infortunée Pologne n'a point recouvré cette indépendance que le pape Clément XIII recommandait en termes si touchants et si impératifs aux rois dégénérés de l'Occident. Victime du plus douloureux abandon , elle ne voit point encore luire Taube de la réparation qui lui sera due lorsqu'elle aura pu abjurer toute solidarité avec l'esprit révolutionnaire. Mais pour qui sait à quel point le malheur améliore les races qui ne désespèrent pas d'elles-mêmes; pour qui connaît

CaABITBB I. Il

laa tféâoHt de courage et dâ résignation qui vivant au fond de qes cœurs navrés ; ponr qui a pu mesurer le retour énergique à la pratique de la religion f l'incontestable amélioration des mqpurs, l'inébranlable fidélité à |a Vraie foi qi^e révèle cfaa* que soupir et chaque angoisse de cette nation inextinguible; pour qui croit (enfin à la miséricorde et à la justice y il est impossible de renoncer à l'espoir d'un avenir meilleur^ et de croire la Polc^e morte à jamais , daps un siècle qui a vu renaître la Grèce et l'Irlande.

La Suisse est, après la Pologne, le pays on le regard du catholique aperçoit le plus de sujets de désolation. Ce que le despotisme schismatique a accompli sur les rivés du Dnieper et de la Yistule, la révolution athée est en train de l'imiter au pied du Saint-Gothard et du Grand Saint- , Bernard. Le sacrilège y règne en maître; les mor Bastèresy dont les premiers habitants ayaient civilisé l'antique Helvétie, disparaissent un à un ; une tyrannie brutale y est exercée, au nom de la liberté, sur des populations désarmées, sur un clergé auquel on i)e peut reprocher que ^a trop grande résignation. Mais la vieille et rpb.uste race de ces paysans, quoique écra3é^ par Ip nombre, résiste opi? iiiâtrément au joug de 1^ démagogie; il pèse sur leurs personnes, sur leurs biens, mais non sur l.eurs €j^urs indomptés^ ipe sang du martyr I^eu , de ce paysan de Lucef ne assassiné par le radicalisme qu'il avait loyalement vaincu dans l'arène de la légalité \ la efiptivité et l'exjl de l'évéque de Fribourg^ gages

Il DES lUfTÉniTS CATHOLIQUES.

sacrés de cet amour de Dieu qui est seul fort comme la mort, ne demeureront pas une semence stérile. Et d'ailleurs, si Lucerne et les cantons primilifs sont devenus pour un temps la proie de l'esprit du mal , en revanche la mé* tropole du calvinisme, Genève , a vu en frémissant le catholicisme reparaître dans ses murs. Les sages de cette orgueilleuse cité avaient cru faire merveille en obtenant du congrès de Vienne que des populations catholiques, enlevées à la maison de Savoie , fussent livrées au canton de Genève; ils ne calculaient pas que, gçâce au principe de liberté religieuse inventé par leurs pères et retourné contre eux, ils introduisaient ainsi l'ennemi dans la place. Saint François de Sales n'eût pas été moins étonné que Théodore de Bèze, si on leur avait annoncé que, deux siècles après eux, il y aurait dans la ville de Calvin une presse catholique, qu'on y verrait deux églises catholiques , et qu'elles seraient trop petites pour contenir la foule des fidèles.

Sans doute encore, les deux péninsules du midi de l'Europe, l'Italie et l'Espagne, n'ont point encore parcouru tout le cercle de l'erreur, n'ont point encore complètement traversé Texpiation de l'abaissement. Longtemps en dehors ou en arrière des grands mouvements européens, dominées par des influences exotiques et factices, jetées hors de leur sphère normale par des causes qu'il faudra examiner ailleurs, elles en sont où nous en étions, et trébuchent contre les pierres d'achop-

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