‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 44 sur 70 · CHAPITRE VII. lai · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. lai

la presse , point d'assemblées même consultatives, point dechangeinentsde ministère, pointd'orateurs brouillons, point de chefs de parti, pas la plus petite élection libre, point de discussion quelconque, excepté sur les théâtres et les chemins de fer; enfin pas Fombre de tous ces fléaux dont on nous a délivrés. Rien ne venait gêner l'initiative gouvernementale. Pendant trente -neuf années consécutives, ce noble pays avait été gouverné par le même chef, par le prince de Metternicb, c'est-à-dire par un homme que Ton s'accorde à mettre au premier rang des hommes d'État du continent. La censure était rigide; la police universellement obéîe et redoutée; l'administration très-régulière et très-fidèle. Bien plus, et icijesollicitesurtout l'attention de mes lecteurs catholiques, il n'y avait rien , absolument rien de ce que l'on pouvait reprocher au gouvernement de juillet sous le rapport religieux. Le ministre dirigeant ne cachait pas ses convictions religieuses; et deux fois, sous son administration , le saint -siège avait été sauvé de la révolution par les armes autrichiennes. La sollicitude pour les intérêts religieux était poussée si loin, que l'empereur François avait imaginé de placer un ecclésiastique dans toutes les administrations, dans toutes les chancelleries, et jusque dans son conseil d'État. En un mot, c'était l'idéal du système qu'on nous vante, excepté quant au maintien de la législation de Joseph II sur l'Église ; mais on se convaincra bientôt que d'aspirer à la fois à la liberté pour l'Église et à la servitude pour tout ce qui

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n'est pas elle, c'est, au temps où nous sommes, entreprendre rimpos^ïble. Dans tous les cas, on conviendra que rieq ne ressemblait moins au réigime contemporain en France, Et cependant ce grand gouvernement, où Tautorité était tout et la liberté rien, cet illustre et antique édifice est tombé en un clin d'œil, sous l'effort de quelques juifs et de quelques étudiants; tout ce système politique, que ni la presse ni la tribune n'avaient miné, s'est écroulé comme un cbàteau de cartes, et sans l'héroïque épée du prince de Windisch*graôtz et du maréchal Radetzky, qui sait si TAu-^ triche compterait encore aujourd'hui au rang des nations ?

On insiste, et on affirme que le système cons» tilutionnel ne dure pas et ne produit rien. Ré* ponse : il a duré en France trois fois plus longtemps que la monarchie absolue, fondée par le plus grand génie des temps modernes. 11 a régné en France de i8i4 à 1848; et ces trente-quatre années, il ne faut pas se lasser de le répéter en présence des injures et des mensonges qu'on en-» tasse chaque jour, ces trente-quatre années ont été, tout bien compensé, sinon les plus éclatantes, du moins les plus libres, les plus heureuses, les plus tranquilles de son histoire.

Je me fais un devoir de proclamer que la révolution de juillet en a troublé le cours : si forte qu'ait été la provocation, si pures qu'aient été les intentions de ceux qui en profitèrent, nul ne doit le méconnaître aujourd'hui, elle a porté atteinte

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au principe d'autoritë, et par conséquent à la vraie liberté ; elle a lâché les rênes à cet esprit de révolte qui a abouti à la réaction actuelle contre la liberté. Mais elle n'avait point changé les condi* tions ni les habitudes du gouvernement créé par l'auguste auteur de la charte.

Pendant ce tiers de siècle, le gouvernement re-^ présentatif a porté victorieusement les armes fran-» çaisés en Espagne, affranchi la Grèce, sauvé la BeU gique, conquis l'Algérie. Il a produit des orateurs et des hommes d'État du premier mérite. 11 a donné une vie féconde et glorieuse à toutes les branches de l'intelligence nationale; il a ouvert un libre cours à toutes les forces, à toutes les industries, à toutes les doctrines, à toutes les idées, à toutes les études. Il a fait prévaloir partout le sentiment du droit et de la modération dans Texer* cice du droit. Enfin, ce qui doit être placé en première ligne par ceux à qui je m'adresse , il a imprimé à la foi catholique, a la réaction religieuse un mouvement tel que le monde n'en avait point vu depuis deux siècles. Quand le régime qu'on veut lui substituer aura duré trente-cinq ans, alors, mais alors seulement, on pourra dresser son bilan, et comparer ses pertes et ses profits à ceux du l'égime que l'on insulte.

Il faudra, en outre, voir comment se comportera la nation sous le régime qui pourra remplacer le système actuel; car, on l'a souvent remarqué, pour bien juger l'influence d'un gouvernement sur une société, il faut pouvoir apprécier la conduite de cette société après que ce gouvernement

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a disparu. De 1789 à 1795, au sortir du régime énervant de l'ancienne monarchie, la France s'est livrée à des attentats sans exemple dans l'histoire. En 1848, au sortir de trente ans de luttes parlementaires , et quoique plongée à l'improviste dans l'anarchie, elle a su se préserver de ces crimes qui déshonorent un peuple. Le sentiment de la justice et de la liberté ne s'est point éclipsé. Le soleil s était couché : mais on a continué à vivre et à combattre dans le crépuscule.

On dit encore que la France est restée indifférente à la chute de toutes ses assemblées, et on en conclut qu'elle n'a jamais été associée de cœur aux destinées du régime parlementaire. Pauvre argument en vérité. Oui! la France a applaudi au 18 brumaire et au ^ décembre. Mais, hélas! elle a fait plus qu'applaudir à la chute de la royauté en 179a et en i83o : elle y a travaillé. En 1792, en 18149 en i83o, en 1848, quatre royautés sont tombées , et la France a laissé faire! Êtes-vous disposé à en conclure que la monarchie répugne à son génie et qu'elle refuse de lui confier ses destinées ?

On dit qu'// occupait agréablement quelques personnes j et que ce n'est pas la peine d'entretenir un système politique pour si peu. On a bien raison. Mais on oublie qu'il occupait en outre le pays, et le pays tout entier, tout ce qu'il renferme d'actif, d'instruit et d'intelligent. Il a pu s'impatienter contre son amusement, comme vous dites;

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