‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 45 sur 70 · CHAPITRE VU. laS · texte numérisé non relu

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mais craignez qu'il ne le redemande trop promptement. Malheur aux gouvernements qui permettent aux peuples de s'ennuyer! ils le sentent si bien, que trop souvent il leur faut se précipiter dans la guerre pour désennuyer leurs sujets. On n'a pas assez calculé combien cette guerre de tribune, de partis, de portefeuilles, souvent fatigante et périlleuse, pouvait, dans l'esprit et l'imagination d'une nation aussi vive et aussi mobile que la nôtre, tenir lieu de la vraie guerre, dont les fatigues, les frais, les dangers sont bien autres. Puissions-nous ne pas en faire l'expérience à nos dépens, comme l'ont faite nos pères !

Mais, quand on pousse l'aveuglement jusqu'à prétendre que les peuples sont faits pour le repos y et que le mouvement perpétuel ne leur va pas, on avance une opinion que toute l'histoire dément, et qui tendrait à nous ramener à l'état de l'Egypte et de THindostan. Les peuples chrétiens n'ont jamais voulu de ce sort ; Dieu ne les a pas coudamnés au régime des momies. Oui, les nations ont, comme les individus, leurs accès de fatigue et d'atonie; mais elles s'en relèvent avec une mystérieuse rapidité. Vous m'en direz des nouvelles, quand la France aura goûté dix ou vingt années de repos et de silence !

On dit qu'avant les inventions constitution^ nettes j les gouvernements ne manquaient pas de gloire j ni les peuples de sécurité. Je réponds qu'ils en manquaient essentiellement depuis la substitution de la monarchie absolue aux instilû-

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tions anciennes, témoin la France sous Louis XV et l'Espagne sous Godoy, comparées à l'Angleterre sous les deux Pitt. J'ajoute que les peuples modernes ne se résigneraient pas longtemps à ce genre de comparaison.

On dit que l'Angleterre résiste au gouvernement parlementaire, parce que c'est une aristocratie, et les États-Unis, parce que c'est une fédération. Il est vrai que l'Angleterre est ou a été une aristocratie; mais on oublie que cette aristocratie, toujours ouverte à tous les genres de supériorité, tend chaque jour à se rapprocher davantage de l'état social du continent, et que plus cette tendance s'est manifestée, plus le système parlementaire s'y est fortifié aux dépens de la prérogative royale. Il est vrai que les États-Unis sont une fédération; mais cette fédération se compose d'Etats souverains, dont plusieurs sont aussi grands que des royaumes européens, et dont chacun est gouverné par des assemblées. Si l'État de New- York, avec ses trois millions d'habitants, peut résister au système représentatif, pourquoi la Bel-* gique , qui en a quatre , ne résisterait-elle pas également ?

Sans doute il faut, pour bien gérer le gouvernement parlementaire, de la sagesse, du bon sens, de la modération , et trop souvent en France les parlementaires en ont manqué. C'est paixe que les Anglais en ont montré beaucoup en 1688 et depuis lors, qu'ils ont su faire durer et prospérer ce système chez eux, iJx est la vraie raison de

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leurs succès^ bien plus encore que dans leur esprit aristocratique. Mais ou voudra bien ad-^ mettre aussi que ces vertus sont nécessaires par-« tout y et au moins autant aux monarchies absolues qu'aux gouvernements représentatifs. Cest pour en avoir manqué que les monarchies se sont si souvent écroulées. Le seul gouverne"* ment directement institué par Dieu^ le gouvernement de l'Église elle-même, a le plus grand be«* soin de sagesse et de modération, et c'est parce que Dieu , fidèle à ses promesses , en a départi une plus grande dose aux chefs de l'Église qu'à toute autre race de souverains, qu'elle est restée debout, qu'elle a survécu à tous ses rivaux et en^ terré tous ses ennemis. Rien ne garantit qu^in homme , maître de tout faire , aura plus de sagesse qu'une collection d'hommes, même médiocres, placés à côté de lui pour le contenir* Rien ne le garantit : mais quand même cela serait certain, rien ne le fera croire longtemps aux hommes de notre siècle; et^ sans cette croyance, l'édifice croule par sa base.

En outre, on dénonce comme un danger social les triomphes de téloquence, comme si vraiment l'éloquence avait été une denrée si commune; on donne comme une découverte cet axiome, que r éloquence ri est pas toujours de la sagesse, et on invoque l'histoire de tous les orateurs depuis Dé«« mosthène. Je ne savais pas, pour ma part, que le régime parlementaire fût coupable de trop à'é^ loquence : j'eusse été tenté de lui reprocher la quan^

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tilé de ses discours, plutôt que la qualité; et j'estime qu'il est fort glorieux pour lui de n'être réprouvé qu'au même titre que Démosthène!

Mais où en sommes«nous déjà tombés, pour que de si puérils sophismes puissent s'étaler sans contradiction dans les organes les plus répandus! Certes il conviendrait de les passer sous le silence du dédain, s'il ne s'était pas trouvé des plumes catholiques pour les transcrire. Heureusement le genre humain , et en particidier l'esprit français, en appellera toujours de ces jugements dictés par l'ignorance ou l'envie. Que les orateurs, s'il en reste, se consolent : on en a dit bien d'autres des poètes et de la poésie , depuis Platon. Et cependant toutes les fois qu'on verra couler le cours limpide et pur de la vraie poésie, on s'y abreuvera avec passion. Toutes les fois que jaillira du cœur d'un honnête homme ce torrent de pensées et de paroles qu'on nomme l'éloquence, il jaillira eu même temps du cœur de sa nation un cri d'admiration et de sympathie. Jusqu'à présent il n'est rien que les hommes éclairés aient salué avec plus d'enthousiasme que la véritable éloquence; et, après les rares génies qiie la religion seule a inspirés et absorbés, la renommée ne place personne, dans l'ordre intellectuel, au-dessus de Démosthène et de Cicéron , de Burke et de Mirabeau , malgré leurs faiblesses. Nous tombons dans la banalité; triste apanage de ceux qui se dévouent à la tâche d'arrêter le paradoxe au passage. Hier il fallait défendre la notion même de la propriété; aujourd'hui c'est la parole humaine qui est sur

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