‹ Des intérêts catholiques au xixe siècle (volume 4)Chapitre 51 sur 70 · CHAPITRE Vni. l4l · texte numérisé non relu

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« les gens iï Église que par les séculiers, pour en « user en tout temps comme de sageséconomes '. » Franchement , est-ce que la révolution a d'au*très doctrines ou d'autres pratiques? Qu'on cherche des excuses ou des explications dans Tes-» prit du xvii' siècle ; je le veux bien , et je m'en ferai très- volontiers l'écho contre les apologistes de la révolution. Mais qui oserait rêver le retour d'un pareil esprit dans le temps où nous sommes, et cela dans l'intérêt de la religion ? On parle toujours du lustre incomparable que donnèrent à la religion Bossuet et Fénelon pendant un demisiècle; mais pense-t-on au siècle de décadence, d'ignominie, de servitude, qui a suivi de si près, et que préparait à l'Église un pareil régime ^ ? Et encore n'oublions jamais que ce despotisme reconnaissait au moins nominalement la suprématie de l'Eglise, de la religion ; que, tout en détruisant pierre par pierre l'édiGce de son autorité et de sa liberté, de temps à autre il s'inclinait devant elle. Mais aujourd'hui, quand il n'y a guère de commis en Europe qui ne se révolte contre l'idée d'une suprématie ou d'une intervention spirituelle; aujourd'hui désirer, réclamer, obtenir le rétablissement de l'absolutisme, et de l'absolu-

> Mémoires et instruciions de Louis XIF pour le Dauphin, t. Il, p. g3 et lai, édit. de 1806.

> A qui veut bien connaiti^ la servitude où languissait l'Église de France, sous la pression de la magistrature et de Tadministratien, pendant le règne de Louis XIV et de Louis XV, je recommande Texcellente Étude sur la vie et les œuvres de d'Agnesseau, par M, Algar Grîveau y dans Y UmWrsité catholique de 1849 à i85a.

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tisme laïque, sans traditions, sans croyance, sans frein, ce serait pour tout chrétien une ignominie sans exemple, sans excuse et sans consolation.

Disons encore, pour être juste, que sous cette monarchie qui semblait ne reculer devant aucun abus d'autorité, qui, par exemple, interdisait de bâtir dans Paris ou à dix lieues à la ronde, et cela sous peine des galères, afin que le roi pût avoir à meilleur compte les matériaux nécessaires à Fachèvement du Louvre '; disons que même alors, et en l'absence de toute garantie générale, de toute institution solide et respectée, il y avait cependant pour quelques-uns des moyens d'échapper au joug ou d'en alléger le poids. Certaines traditions, certains usages invétérés, la distance, la difficulté des communications, l'inexactitude des corres^ pondances, l'esprit de corps, Topiniàtre vitalité du privilège, offraient certains éléments de résistance. Le roi , dans toute sa majesté, était queU quefois arrêté par une charte du xii^ siècle, ou par la persévérante inertie d'une confrérie *. Mais,

> Le texte de cet ordi'e du roi, du 3i octobre 1660, est ioaéré dans le Bulletin archéologique du comité historique des arts et mo* numents, t. II, p. 719.

> J'en veux citer un curieux exemple, que j'emprunte à l'une des dernières livraisons dix Recueil de la Société de sphragistique : Louis XIV rend en décembre 167a un édit par lequel il donne, à Tordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, radmînistration et les revenus de Tancienne confrérie de Saint 'Jacquês de i'Hâpiiai, à Paris, fondée en i3i5. Les confrères réclament, et, après vingt ans de contestations et de plaidoiries, ils en font tant, qve, le 9 avril 1693, ils obtiennent un nouvel édit pour rendre Saint«Jaoques à aes premiers administrateurs. Trente ans se passent , et un troisième édit de x^aa le réuuit une deuxième fois à l'ordre du Mont-Car-

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encore une fois, aujourd'hui, avec la bureaucl'atie, la gendarmerie, la centralisation , les chemins de fer, le télégraphe électrique, avec la pulvérisation générale de la société, où, quand, comment imaginer une ombre même de résistance légale ii l'autorité illimitée du pouvoir, du moment qu'elle est dégagée du contrôle de^ assemblées et de la discussion publique? Le remède ne pourrait naître que de Texcès du mal, et en nous replongeant dans Fabtme des révolutions.

Aussi les moins insensés des adversaires du régime parlementaire cbercbent un refuge, contre les redoutables et inévitables éventualités du pouvoir absolu, dans la résurrection de ce qu'ils appellent \eî^ libertés provinciales. Ils nous assurent gravement que les institutions provinciales sont le conti*e-poids naturel du pouvoir politique, que le moyen d'occuper les esprits est ainsi trouvé , et que les libertés provinciales offriront un aliment suffisant aux ambitions locales. Il ne manque à celte belle recette que deux choses : des provinces , et des libertés.

Des provinces d'abord! Où sont-elles? Dans le tombeau, et pour toujours. On peut le regretter, et personne ne le regrette plus amèrement que moi; mais il faut être Irois fois aveugle pour le nier. Il y a encore des provinces en Autriche, et elles peuvent y subsister avec force et honneur , pourvu qu'on ne fasse pas là, comme ici, la folie d'effacer

mel; la confrérie tient bon, et radmînistration est rétablie une deuxième fois, par arrêt du conseil, en i734<

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toutes les distinctions et de renverser toutes les barrièresi afin de rendre plus commode le gouvernement par la bureaucratie. Mais, en France, il n'y en a plus. C'a été un crime de détruire les provinces en 1789, et une faute de ne les avoir pas rétablies en 1800 ou en i8i4; mais même alors ce n'eût plus été qu'un hommage rendu à l'histoire nationale et au bon sens, qui voudra toujours qu'un homme né à Besançon ou à Auch soit plus naturellement désigné par son nom de Comtois ou de Gascon, que par les eaux du Doubs ou du Gers, comme les poissons de ces rivières. Mais comme institution politique, comme force sociale, les provinces de France étaient mortes dès avant 1789; et qui les avait tuées ? La monarchie, et la monarchie absolue que vous prônez. Qui a supprimé les états du Rouergue en 1609, ceux du Dauphiné en 1628, ceux de Quercy en 16^3, ceux de Provence en 1689? Qu'étaient devenus, au xviu^ siècle, les états qu'on avait daigné conserver en Bretagne, en Bourgogne, en Languedoc? Quelle résistance sérieuse et durable surent-ils jamais opposer, je ne dis pas seulement aux volontés formelles du monarque, mais aux exactions de ses ministres, aux abus de tout l'ancien régime? Il faut lire, dans la Correspondance administratiifesous le règne de Ijouis XIV % ce que pensaient de l'indépendance et de l'autorité de ces corps, des témoins dignes de foi, des évéques, des magistrats,

X Publiée par M. Depping, dans la Collectian des Documents inédits sur l'histoire de France ^ i85o et i85i.

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