CHAPITRE IX. l
pulations salutaires et nécessaires partout où les vieilles constitutions traditionnelles ont été déracinées par Tabsolutisme. Et cela se conçoit. Tant que la constitution prussienne a été debout et respectée, on a ménagé rÉglise, on Ta presque courtisée; on a laissé toute liberté à son action. Aujourd'hui que la constitution est, à ce qu'il paraît, virtuellement abrogée, et que le gouvernement parlementaire esta peu près annulé, que se passe-t-il à l'égard de l'Église? Le voici : on revient aux anciens errements de la bureaucratie prussienne ; on ressuscite la loi indigne qui pri«vait de la qualité de citoyen ceux qui iraient étudier la théologie à Rome'; on s'alarme du suc* c.ès des jésuites dans leurs missions; on leur refuse le droit de s'établir en Prusse; et, pour que la plainte même cesse d'être importune, on persécute la presse catholique, on saisit les écrits des apologistes de l'Église, on expulse du territoire, comme des délinquants, les écrivains qui se vouent à la défense de la liberté religieuse ^. En un mot, tout semble annoncer un retour, que nous aimons encore à croire éphémère et partiel , au système de Frédéric-Guillaume III.
Ce monarque était aussi ennemi du régime parlementaire que peuvent l'être nos journalistes religieux; cela ne l'a pas empêché de pousser son aversion pour la liberté des consciences
X Voir le décret ministériel du 1.6 juillet i85a. > (Test le sort qu'a eu M. Uermaon MuUer, rédacteur en chef de la FolkshaUe de Cologne.
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catholiques jusqu'à l'incarcération des archevé^ ques de Cologne et de Posen. Le régime représentatif avait affranchi rÉgli$e en Prusse ; le ré^ gime monarchique pur y condamnait à l'exil ou à la prison des évéques fidèles à leur devoir. Le système parlementaire est aussi innocent de ces excès qu'il l'a été de ceux de l'empereur Joseph IL Et cependant c'est au parlementaire seul qu'en veulent les sentinelles vigilantes de notre presse religieuse. De 1780 à 1790, Joseph il n'avait point d'assemblées pour le gêner, pour l'étourdir, pour l'amoindi^r aux yeux de ses peuples : aussi sut-il user de son autorité absolue pour supprimer deux mille monastères, chasser vingt mille reli"^ gieux, créer et régenter les séminaires à sa fantaisie, soumettre les mandements épiscopaux à la censure, les bulles pontificales à Vexequatury frapper les biens ecclésiastiques d'impôts non autorisés par l'Église, fixer le nombre des cierges à allumer dans les différents offices, tout réglementer, tout confondre, tout opprimer avec la violence d'un conquérant et la minutie chicanière d'un sacristain. Qu'on veuille bien me citer un gouvernement représentatif qui ait approché de ce modèle impérial.
En Bavière, qui est*ce qui a opéré, de 1800 à j8io, toute une révolution venue d'en haut, dans ce pays naguère le boulevard et le foyer de l'esprit catholique eu Allemagne? Qui a introduit , en i8o3, l'indigne /?/ace/? Qui a supprimé et spolié tous les monastères, sans une seule exception? Qui a altéré l'esprit exclusivement catholique des
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universités en les peuplant de protestants ou de rationalistes? Qui a foulé aux pieds les mœurs, les croyances, les pieuses traditions du peuple le plus fidèle et le plus fervent? Qui a infligé au peuple et au clergé du Tyrol les quatre années de persécution qui ont aniené et justifié l'héroïque insurrection de 1809? Qui? Était-ce un gouver-* nement représentatif? Non : c'était un roi absolu, du reste très-doux et très-bon, guidé par son ministre Montgelas, et sans l'ombre d'une con8ti<« tution ou d'un parlement quelconque. Et, depuis, qui, dans ce même pays, a sacrifié à une misérable danseuse des ministres intègres et distingués, des professeurs éloquents et orthodoxes? Est-ce une majorité parlementaire? Non« C'est un roi, et un roi qui avait bâti des églises magnifiques, qui avait toujours donné à la religion des preuves d'affection et de respect. Et aujourd'hui, toujours dans ce même pays, qui attribue la principale influence à des notabilités protestantes du caractère le plus équivoque? Le roi, le roi seul, en l'absence des chambres, et sans qu'elles y soient pour rien. Car, nous sommes contraints de l'avouer, il y a encore des chambres eu Bavière; il y a une constitution qui garantit la liberté de la presse et de la tribune, qui permet aux catholiques bavarois de se plain^» dre hautement de leurs griefs, et à nous de les connaître.
Mais c'est en Italie qu'on nous appelle pour nous confondre, pour nous réduire au silence^
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pour nous montrer le régime parlementaire dans toute son horreur. Passons-y donc à la suite de ses dénonciateurs; mais ayons soin de constater que nous sommes bien loin de dire ou de croire que ce régime convienne aux peuples d'Italie, soit dans le présent, soit dans l'avenir. Nous ne prétendons pas posséder une recette universelle, à l'usage de tous les pays et de tous les peuples de l'univers. Nous ne défendons le gouvernement représentatif, nous ne le désirons, nous ne le regrettons que là où il a réussi, où il a duré, où il a vécu avec suite et honneur.
C'est assez dire que nous ne l'estimons guère en Italie, où l'expérience a toujours tourné contre lui. Mais l'examen de ses fautes et de ses chutes ne sera peut-être pas sans intérêt.
On voudra bien sans doute ne pas nous objecter ce qui s'est passé à Rome, et nous condamner à redire ce qui a été dit à la tribune sur l'impossibilité absolue d'un gouvernement représentatif à Rome. Le Moniteur du 20 octobre 1849 ^^^'^ pour ceux que cela peut intéresser. — Mais à Naples? Je ne sache pas que les tristes libéraux qui, en 1848, ont inauguré une nouvelle contrefaçon des idées françaises dans la capitale des Deux-Siciles, aient usé de leur éphémère autorité pour infliger à l'Église d'autre injure que l'expulsion des jésuites; en quoi ils avaient pour modèle le roi Ferdinand IV de Naples, qui, à l'instar de tous les souverains de sa maison, se montra l'un des plus ardents promoteurs de leur perse-
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cution et de leur suppression par Clément XIY. Ils n'ont pas eu le temps de faire plus de mal ; je le veux bien ^ et je m'en félicite. Mais aussi je n^ai pas entendu dire que le roi actuel , malgré sa généreuse piété, malgré les preuves si filiales de dévouement qu'il a données au pontife exilé, malgré le temps dont il a pu disposer, et la liberté complète de son action, ait encore songé à faire droit aux nombreuses et anciennes doléances de l'Église sur le relâchement de la discipline et la gène des relations du clergé avec le saint-siége. Ce n'est donc pas le régime parlementaire que nous rendrons responsable de ce qui peut manquer au bien de la religion dans les Deux-Siciles.
En Toscane, il y avait encore au commencement de cette année deux édifices debout, mais chancelants : le Statut constitutionnel et les fameuses lois léopoldines qui, au milieu de beaucoup de réformes excellentes et nécessaires, avaient consacré la servitude de l'Église d'une façon digne du frère de Joseph II, Pierre-Léopold, auteur de ces lois. On demandait le renversement de l'un et de l'autre. Nos nouveaux prôneurs d'absolutisme confondaient, dans leurs attaques, la constitution parlementaire avec les lois anticléricales. Peu s'en fallait qu'on ne rendit le statut de 1849 responsable des lois de 1780. Une fois le gouvernement représentatif par terre , disait-on, rien ne devait s'opposer à l'émancipation de l'Église. Qu'est-il arrivé ? Le statut a été abrogé,
et les lois léopoldines ont été soigneusement con-
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servées. Toutes les entraves mises à Tindépendance et à la vie de TÉglise sont maintenues, avec cette seule différence que désormais aucun Toscan catholique n'aurait le droit ou le moyen de s'en plaindre publiquement, si Tinclination ou Tintelligence lui en venait. Tel est le genre de triomphe que vaut aux institutions catholiques la ruine des institutions parlementaires. On vante beaucoup les excellents changements introduits par le grand-duc dans l'instruction publique : il a soumis tous les établissements d'éducation à l'épiscopat. Mais si les évéques demeurent en tout soumis au gouvernement, où est la garantie de la liberté du bien et de sa durée?
Mais le Piémont ! voilà où Ton nous attend.
Le Piémont, où régnent sans partage les institutions représentatives, n'est-ce pas là un argument souverain, un spectacle propre à ouvrir les yeux des plus obstinés fidèles du régime constitutionnel ?
Je n^ai point attendu la défaite du système repi^ésentatif en Europe pour signaler le danger, la criminelle folie du système suivi par les hommes politiques qui représentent la majorité du parlement piémontais ^ On ne saurait trouver d'expressions trop fortes pour blâmer ces prétendus hommes d'État, ces romanciers, ces économistes qui cherchent à se venger, sur le pape et les évéques, des afTixmts que leur outrecuidance a valus sur le champ de bataille au
^ Lettre au ConsHtèiiionnei, du 17 juin t85o.