CHAPITRE IX
rency^ chrétien aussi loyal que son maître , dans une dépêche officielle au sujet du conclave de 1823 : « Les cardinaux français doivent être ence voyés , sans parole de qui que ce soit, sans re- « commandation , on ose dire sans conscience, \
(c en prenant ce mot dans le sens qui exprime a une vanité occupée de sa propre chose plus que « de celle du Roi... Chacun d'eux , pénétré des « sentiments de fidélité dus au Roi, consentirait à <c se tromper avec lui , s'il se trompait... ils trace vailleraient à l'œuvre désirée par le Roi , et re- « commandée à leur véritable conscience de préce lats placés là par le Roi, et qui n'y seraient pas « entrés sans le Roi '. »
J'attendrai qu'on me cite de M. Brofferio, ou de tout autre radical parlementaire , un acte plus éloigné de la véritable intelligence des droits de l'Église, que cette naïve déclaration d'un excellent catholique, ambassadeur d'un roi très-chrétien.
Je prie instamment mes lecteurs de ne pas me prendre pour un ennemi de la royauté et des races royales, parce que je réponds aux détracteurs de la monarchie constitutionnelle en racontant les erreurs des rois à une génération oublieuse; parce que je signale les écueils dont ils n'ont pas toujours su se préserver.
Mais je conclus, de tout ce qui précède, que le gouvernement représentatif n'a pas fait et ne fera
X Artaud, Histoire de Léon XII , 1. 1, p. i45, 146. L'auteur, premier secrétaire d'ambassade du loyal et chevaleresque duc de Laval , cite cette dépêche sans critique ni surprise. Cela lui parait tout simple.
jamais autant de mal à l'Eglise que lui en a fait^ souvent sans le vouloir, le pouvoir absolu ; que, par conséquent, les catholiques n'ont aucun droit ni aucun intérêt à s'associer aux diatribes des flatteurs de la force contre ce genre de gouvernement. J'en conclus aussi que, presque toujours, les pouvoirs qui ont prétendu protéger l'Église en associant sa cause à celle de la monarchie absolue, ont fini par la compromettre ou l'asservir. Sauf dans les grandes explosions révolutionnaires, où l'Église subit le sort de la société tout entière, l'expérience prouve que partout où elle a eu à souffrir, dans les temps modernes comme au moyen âge, c'a été l'œuvre des volontés absolues de quelque prince aveuglé.
Croire que l'on pourra, dans l'état actuel de nos mœurs et de nos lois, conserver la liberté del'Église en dehors d'une liberté générale sagement contenue et réglée, c'est une déplorable illusion. Une fois réduite à l'état de privilégiée, elle retombe tôt ou tard à l'état de cliente, de protégée, avec toutes les entraves et toutes les humiliations d'une telle condition.
Vous voulez, dirai-je aux imprudents apologistes de Fancien régime, vous voulez ressusciter le passé pour le clergé. Mais n'avez-vous donc jamais réfléchi que ce passé serait également ressuscité contre lui? N'avez-vous pas calculé qu'il aurait plus à y perdre qu'à y gagner?
Vous gémissez sur les luttes auxquelles le ré* gifloa de la liberté a condamné l'Église dans quelques pays; vous semblez craindre par-dessus
Q0APSTM IX, S'jS
tout qu'elles ne recommencent chez nous. Pauvres âmes 8aD9 foi^ pauvres cœurs sans courage! Où avez-vous vu que F^liae dût cesser d'être mili* taute ici-bas? Mais la vie entière est une lutte : la vie domestique^ la vie privée la plus obscure, qu'est* elle autre chose? MUiiia est vita hominis super Uirram* Et vous auriez la prétention de l'éviter dans la vie publique, dans la vie de l'Église surtout ! Il n'y a qu'un moyen efficace d'éviter la lutte, c'est de supprimer la \ie. C'est à quoi l'on était parvenu, à peu de chose près, dans ces royaumes où le despotisme régnait, et creusait en silence l'abîme où la révolution devait tout ensevelir.
Loin de moi d'ailleurs la pensée que les catho* liques aient à se poser en chevaliers errants du r^ime parlementaire ou représentatif! Je ne leur demande pour lui qu'une équitable comparaison aveo les régimes qui l'ont précédé et qui pour* raient le remplacer, et, à défaut de toute autre justice, je demande au moins l'impassibilité et la dignité du silence.
Je suis loin d'être moi-même l'admirateur sans réserve de ce régime. Je conçois fort bien qu'il n'inspire plus ni la même confiance ni la même estime qu'il y a trente ans. Je nerveux pas plus être rangé parmi ses panégyristes que parmi ses insulteurs posthumés.
Je me borne à croire que, dans un temps comme le nôtre, dans une société pulvérisée par l'esprit démocratique, ce régime si décrié est le seul abri contre le despotisme, et qu'il lui est préférable. 11 laisse plus de place au talent, au caractère, à