CHAPITRE X
Observations Anales.
Sait-on de qui Ton se rapproche le plus^ par ces invectives et ces récriminations contre le régime parlementaire ? Du socialisme^ ni plus ni moins. J'entends le socialisme théorique et littéraire. Ce socialisme, en efTet, se montre au premier rang parmi les ennemis des institutions représentatives. Il est ingrat, car ces institutions lui ont fourni les moyens de se produire au grand jour. Il est vrai que le grand jour, venu peut-être un peu plus vite qu'il ne l'aurait voulu, ne lui a guère été favorable. Il est encore vrai qu'en plein moyen âge, les ancêtres du socialisme, ceux qu'il a découverts et dont il se targue, les Albigeois, les Vaudois, les wicléfites, et toutes les autres sectes de ce genre, avaient su également se faire jour; car il n'y a pas d'institutions humaines qui puissent étouffer radicalement et à toujours les insurrections de l'orgueil et de la cupidité.
Quoi qu'il en soit, les écrivains socialistes usent de ce qu'on leur laisse de liberté pour immoler sans façon le gouvernement représentatif. Cela se
t^S DES IlfTé&M'Â GA'fËbLIQUES.
conçoit: chaque fois que le socialisme a voulu aborder la tribu ne^ et cela dans les circonstances les plus favorables, il a été battu, battu à plates coutures, battu par M. Tliiers, par M. Berryer, par M. Buffet, par M. Mortimer-Ternaux. On se rappelle les succès de fou rire obtenus par M. Louis Blanc et M. Pierre Leroux, et les quatre séances de nuit demandées par M. Considérant pour l'exposition de sa théorie.
Beaucoup de socialistes en ont conclu, non sans quelque raison, que le régime de la discussion leur était itnoin§ favoràblls cJUë le régime de la force. Les titis ëësônt résignés siléhbieusetnent et sans peine; les âtitréâ applaudissent ptibliqdemetlt et tous les jotirs à la ruine de ce qu'ils appellent la petite liberté, en attendant la grande que l'avenir nous ré^ serve. Je coniiài^ tel département, dti le joilrnal de là préfecture, notoirement fondé et rédigé par des fouriéristès, ne laisse guère passer de jour sans âttaquèt les anciens partis, dont aucun n'a voulu éfcôuler les oracles harrhoniens ; sans signaler les imrtïènses avantages qu'offre le régime actuel sur le régime déchu, pour la cause du progrès huma-nitcdre. Le réceht écrit de M. Proudhon détnontre que le socialisme ne tient nullement à la libre dlscnssioti, et qu'il compte bien plus volontiers stir un gouvernement qui ne discute pas, que sur un gouvernement qui discute. Il s'efforce de prouver que le 2 décembre n'est qu'une étape du socialisme. Il calomnie, à Coup sût*, les actes et les dispositions du chef de l'État ; mais , de ses calomnies comme de ses arguments, il ressort, avec
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k dernière évidence^ c^ue le deâpoilstne lui parait beaucoup plus favorable^ eomme moyeii^ que la liberté, et beaucoup plus propre à accélérer le iriooiphe de son Utopie. En eflbt^ chacun saii qu'en dehors des paradoxes de Tîtlventeur de Fan-archiej l'omnipotence de l'État a toujours été le rêve favori j l'idéal du tocialisrnë.' Cette omni<potence peut àeule lui fournir les moyens de réa^ liser ses plans, le jour où il spra maître de l'Étal, ce qui est, depuis 1789, lé rêve du premier ambitieux venu. Pour rendre obligatoire le travail j l'assistance, l'éducation, sous prétexte dé les organiser, il lui faut nécessairement la éoncentratiôtl absolue du pouvoir, c'est-à-dire le despotisme, à la seule condition d'avoir lé despote pour lui , ce qui n'est pas absolument en dehors des éventualités de l'avenir.
Comme le socialisme détesté, ^àr-dessus tblll, la tradition et la liberté, il doit détester et il déteste, en effets les garatities politiques : car toUtë garantie représente une tradition ou Uiie liberté.
Mais le catholicistne, qui ne vit que par la tradition et par la liberté, ti'est pas, grâce au ciel, condamné à partager ces craintes et ces répugnances.
Quant à mol , je pousserai la confiance jusqu'à
avouer que je ne désespéré pas encore de l'avenir
du système parlementaire ou représentatif. J'aî,
pour garant de sa vitalité, là fureur qu'il inspire
à ses ennemis. On ne médit pas autant des morts;
on lié les redoute pas isurtoUt. Aujourd'hui , que
l8o DES mTÉRJÊTS CATHOLIQUES.
voyons-nous ? Tous les acteurs et tous les apologistes du r^ime proscrit se taisent, et cependant, chaque matin , on lance contre lui les foudres de l'invective ou du sarcasme. J'en conclus que ses jours ne sont pas encore comptés. Il sera plus ou moins contenu, réprimé, corrigé, châtié pour son plus grand bien; mais il renaîtra, parce que, dans une société réduite en poussière comme la nôtre, il est la seule Forme possible des gouvernements modérés et raisonnables, lesquels sont les seuls gouvernements durables. Ainsi donc, nos docteurs et nos prophètes en seront peut-être pour leur peine; il pourra renaître et leur survivre:
Midta renascentur quœjam cecidere, cadentque Quœ nunc sunt in honore.
Ceci n'est nullement une menace contre le régime que la France a accepté il y a neuf mois. Je suis loin de prétendre que la constitution actuelle de la France ne puisse pas se prêter à un gouvernement tempéré, c'est-à-dire au régime parlementaire tel que je l'entends. Cette constitution a l'avantage d'être très-élastique , très-facile à améliorer : tout dépend de l'esprit dans lequel elle sera appliquée ou modifiée. Les assemblées sont là : leur composition, leurs attributions, peuvent varier d'un pôle de la boussole politique à l'autre. La chambre des communes d'Angleterre a eu des commencements bien plus modestes et des allures bien plus humbles encore que notre corps législatif. Je sais bien que, s'il faut eu juger par les apparences, rien n'indique, dans les dispo-