CHAPITRE X
fidèle à l'alliée qu'elle invoquait naguère, et qui lui a rendu de si bous services?
Il va sans dire que je n'ai ni la mission ni la ridicule prétention de donner des conseils à l'Église. Mais puisqu'elle n'interdit point à ses enfants respectueux et dociles de parler en public de ses intérêts, de ses dangers, de ses droits; puisque chaque jour des écrivains justement estimés usent de cette permission, dans un sens qui me parait dangereux et imprudent , je crois pouvoir la prendre à mon tour. Je n'exprime que des vœux dictés par une tendre et filiale sollicitude ; et je les rétracte d'avance , pour peu qu'ils paraissent blâmables ou téméraires à la seule autorité infaillible.
Mais, dans cette liberté que l'Église nous laisse, chacun demeure mattre de son honneur. J'ai senti la nécessité de mettre le mien à couvert. Je l'ai déjà dit: je suis un vieux soldat de la cause catholique. On pourra certes en trouver de plus habiles et de plus heureux ; on n'en trouvera pas de plus fidèles. Mais je n'ai jamais séparé cette cause de celle de la liberté. J^ devise de ma vie a été celle de ce vieux Polonais de la confédération de Bar : Toi aimé la liberté plus que tout au monde, et la religion catholique plus que la liberté même.
Rangé sous les enseignes de cette liberté quand elle semblait la souveraine incontestée de l'opinion et de l'avenir, je ne la déserterai pas aujourd'hui qu'elle est reniée par la plupart de ses créatures, et que le flot populaire est allé rejoindre son courant naturel vers le pouvoir absolu. Je ne veux pas
igb DES im^RÂTS iJATkbLIQUES.
fourbir iiti prétexte à ce reproche d'hypdfcri^îe dcfril on est si volontiers prodigue énvefs fabtis. Je né VeUi pas qu'on dièe de mes amis et de ni i,(}ue tibuâ n'avons défendu et obtenu la liberté c{Ue pouf en trafiquer, ou là sacrifier à là première occasion. )'ai besoiti de lé dire : à tiiés yeux du inoinSy là liberté que nous avons réclatnée pendant vingt ans n'a pdifit été un piégé tendu à nos ebhemi§y mais un acte de bonne foi et de bon courage; point une tactique, mais tin principe. La défaite et la éohfusiôn de nos anéiens adversaires ne mfe fera pas perdre la tête, ne me fèia pas jeter l'at-mequi bous a loyalement et utilenàent servi, et que tous au premier jour nous Serons si heureux de retrouver.
Quand même je resterais seul , seiil témoiii de notre siticérité et de notre constance, seul de tous ceux qui ont combattu avec moi et après moi sous lés plis de ce glorieux drapeaii> je lui demeurerai fidèle, et j'aurai la conscience de rendre ainsi un dernier service à la dignité et à l'indépendance des catholiques.
Je me défîe d'ailleurs , par les raisons que j'ai dites, de tous ces entraînements, de toutes ces ihféodations a d'éphérhères victoires, de ces confiances aveugles en d'aveugtes grandeurs.
J'ai prédit que le triomphe de la démocratie en 1848 ne mènerait pas loin, et que ce torrent dévastateur irait bientôt s'engloutir dans les eaux stagnantes du despotisme. Je ne veux pas plus partager la honte de sa défaite que celle de sa victoire. J'ai bravé ce qu'on appelait autrefois le
|)ëaplë; qUatid sëi tépréséfUatiÏÉ ië pavanaient , daris lélir {itlif-ail de soutefaîiis et de législateurs, ail prcrfll de la licence démdfcraiicjue. J'ai quelque droit de retenir mon adhésion à son ênthousiasltië sUbit pour le pbiiVdir àbsdlù. Prêt â tbut, cdrtirflè disait M. de Maistre,fe? sût* de rien, asfeei îndifTérëiit aux quéstiorl§ dé forme, liidinâ indifférent au* îJUéstions'de personnes, je lîle résighe à tbul gdiitfernehaent dti l'âme et l'honneur seront âaUfSé Sinon, nbn. Jfe n'aime pas le joug ; je ne sulè pas assez révolutionnaire pour cela. Il ri'jr a ijué lèfe révolutionnaires pour supporter aaiouf*eùsëndent le joug, après avoir brisé le frein. Je ne me sens pas d'humeur à conspirer avec la force et avec la fortune,à baiser le niveau qui m'écrase. Je n'ai point de goût pour ces unités artificielles qui absorbent tout et étouffent tout. Mon idéal n'est point dans l'avenir que M. de Tocqueville entrevoit pour les peuples démocratiques^ transformés eti « troupesiti d'animaux timides et industrieux^ dont le gouvernement est le berger *. » Je ne crois pas au progrès humanitaire, à la raison universelle, à l'infaillibilité des peuples, à tous ces grands mots par lesquels on nous a éblouis, amoindris, réduits à V abjecte égalité de la démocraties^ à ces vastes applatissements de l'univers sous la passion ou là pahiqûe du moment. Je crois au droit et à la
' Déthocratie en jlmérique^ t. IV, p. 355. On ne saurait assei relire et méditer les deux derniers volumes de cette admirable prophétie , à laquelle il conviendrait de rendre son véritable titre : De la Démocratie en France et en Europe,
> M. FoBGADBy Revue des Deux Mondes, iSig.
iga DES INTliRÉTS CATHOLIQUES.
valeur de rhomme, de rhomme indépendant, de riionnéte homme. Je suis pour le système où cet honnête homme peut être compte, et se compter pour quelque chose; où il peut, à ses risques et périls, tenir tête au mensonge et au mal, au pouvoir comme aux factions ; où tous ne sont point condamnés, pour arriver, pour briller, pour être, à toujours courtiser le pouvoir ou l'émeute ; à toujours se courber devant quelqu'un, devant un homme ou une foule ; à passer sans cesse du club à l'antichambre.
Telle est ma foi politique, et,
Hors qu*an commaDdement du pape exprès ne vienne,
j'y compte persévérer. J'avoue même que je ne vois aucun profit ni aucun honneur, pour les catholiques, à en nourrir une autre.
Il est temps de terminer. Je le ferai en signa* lant un point où je me rencontrerai certainement avec mes adversaires. Au milieu des luttes qui remplissent noire histoire contemporaine, l'Église seule a vaincu, et tout annonce que seule elle vaincra dans l'avenir. Elle ne dédaigne personne, elle n'est ingrate envers personne ; mais elle n'a besoin de personne, et tout le monde a besoin d'elle. Aucun pouvoir ne s'établira, aucun ne durera sans invoquer son concours. A travers les puériles et dangereuses extravagances de 1848^ ce grand fait a surgi, commeau lendemain des événementsdef85f.
Travaillons tous, dans la mesure de notre faiblesse, à la maintenir dans cette dignité, dans cette indépendance souveraine, ^ous entrons daus