‹ Des JésuitesChapitre 19 sur 56 · SECOND ARTICLE. — BUT DES EXERCICES · texte numérisé non relu

SECOND ARTICLE. — BUT DES EXERCICES

Quel est dpnc le but des Exercices de S. Ignace? Il est double, son second titre l'indique. Ils dirigent l'homme premièrement dans les combats qu'il se livre à lui-même pour triompher de ses passions; secondement dans le choix qu'il doit faire d'un état, ou d'un simple règlement de vie, en fermant son cœuç à toute affection désordonnée, pour n'écouter que la voix de la raison et de la foi (1).

(1) « Exercitia quaedam spiritualfa, per quœ homo dîrigitur at yincere seipsam possU, et vils suas raUoDera, determinatione a noxiis afTeclibus libéra, instituere. » ibid,^ p. 595.

Tout ckréU^ peut donc y chercher des exercices

de vertu; car qui n'a pas à combattre quelque affection vicieuse? Mais ils sont faits avant tout pour ceux qui Teulent» ou triompher des passions qui les enchaî- Qent) ou méditer sur les avantages et \e$ obstaclea des différentes carrières que le monde ouvre à leurs yeux, ou tendre à une perfection plus grande dtna Télat de vie qu'ils ont déjà embrassé.

Les exercice pour VÊlection se distinguent donc de tous les autres par leur caractère comme par la place qu1l$ pccupen^ ; et dans tout l'ensemble de la iQéihode, 09 reconnaît facilement deux familles de méditations et de règles d'une nature bien différente. Les unes 9 communes à tous les chrétiens» regardent les préceptes 4e l'Évangile 1 1^ autres ont rapport à ses conseils.

Les exercices que donne la Compagnie de Jésus sont donc applicables à tous ceux qui veulent left ^^ire. Mais comment soumettre aux mêmes leçons ^i d'tiomi^es dpnt les besoins spirituels sont si différeots? comment les admettre tous à parcourir la lûème carrière , cçs quatre longues semaines^ ceis iieti\ft jours de splltude et de réflexion que la méthode exige?

Cette difficulté nous amène au plan des "^xerdces. Toutefois, ayapt d'étudier leur marche, j'espère pouvoir faire brièvement comprendre \sm variété , ta liberté qu'ils laissent \ tous ceux qui les font» et les liiits différents qu'ils atteignent, pourvu qu'on me P6fiQet,t[:e une comparaison.

I^es habitants d*uue y allée sombre et humide avaient ■levant eux une montagne fertile > ^a\s escarpéte; à Nne y pouvait-on faire un pas sans gravir.

Lé plus grand nombre disait : Cette vallée nous suffit, nous y marchons à Taise; la terre s*y cultive sans effort.

Quelques-uns au contraire se dirent : Gagnons ces hauteurs dont on rapporte tant de merveilles. Nous y trouverons de riantes collines. Nous distribuerons nos demeures dans des vallons plus salubres.

Arrivés au premier plateau , plusieurs s*y reposèrent, trouvèrent que le sol y rapportait assez pour eux, et ne voulurent pas monter davantage.

Les autres dirent : Le sommet voisin nous paiera de nçs peines. Ils le gravirent et y trouvèrent une plus grande abondance, des sources plus pures, un site plus joyeux.

Us gagnaient donc à monter : mais des rochers escarpés les effrayèrent.

Ils consultèrent leurs besoins et leurs forces; et le plus petit nombre se résolut à tenter une ascension nouvelle.

Il y eut des défections à chaque obstacle. Car chacun demeurait libre de s'arrêter où bon lui semblait. Cependant Tair devenait de plus en plus pur, la fertilité plus grande, le spectacle plus imposant, et les difficultés diminuaient.

Aussi, le troisième sommet atteint, tous ceux qui avaient eu le courage de le gravir montèrent-ils joyeux et sans effort au dernier.

De là, contemplant les demeures de leurs compagnons échelonnés sur les flancs de la montagne, depuis la cime où ils se reposaient dans l'abondance, jusqu'à la base stérile et fangeuse, ils plaignaient leur défaut de courage^ et se disaient entre eux : ils

nous auraient suivis, s'ils avaient su comme il fait bon là où nous sommes.

L'article suivant ne sera que l'application de cette figure. Cependant toute comparaison a ses limites. Ce serait abuser de la mienne que d'y voir le sommet de la perfection. La vie de l'homme ne suffit pas pour l'atteindre. S. Ignace enseigne le chemin qui y conduit, mais n'a pas eu la folie de prétendre y mener en trente jours.

Page 1