‹ Des JésuitesChapitre 18 sur 56 · SDR LES EXERCICES SPIRITUELS · texte numérisé non relu

SDR LES EXERCICES SPIRITUELS

m imm lemAet.

RappelezWousIa signification bénigne du mot mensonge, au seizième siècle. II n'était pas comme aujourd'hui synonyme d'im|>osture, mais de fausseté sans malice. Ménage le fait dériver de mentis samnium^ sommeil de Tesprit. J'accepte ce sens avec Montaigne. Ne soyez donc pas choqué de m'entendre répéter après lui : « Si comme la vérité le mensonge n'avait qu'un visage, nous serions en meilleurs termes; car nous prendrions pour certain l'opposé de ce que dirait te menteur. Hais le revers de la vérité a cent mille figures et un champ indéfini... Mille routes dévoyent do blanc, une y va (1). »

Sortons donc des mille voies ténébreuses que nous ont ouvertes MM. Michelet et Quinet, dans le songe

(1) «c Je sçay bien, dit Montaignei que les grammairieiis foui différence entre dire mensonge et mentir ; et disent que dire mensonge c'est dire chose fausse, mais qu'on a pris pQur ^faye ; et que la définition do mot de mentir en ] tio, d*où noire françois est party, porte autant comme aller contre sa cooscieçcç. ]» {Emi^ dfi^o\A%l%^|^i 1. i, fl. tH.)

de leur imagination , dans les défaillances de leur mémoire, dans les rôves de leur intelligence; allons dfoit au but, du noir au blanc. Je n'invite pourtant pas à me suivre sans se munir du flambeau de la foi; car pourrais-je promettre à la raison seule la complète intelligence d*un livre dont chaque page suppose et reflète les sublimes enseignements de l'Evangile?

Quel est donc ce livre célèbre et blasphémé, des Exercices spirituels^ écrit par un saint; loué, approuvé par Paul III ; qui, mis en pratique depuis trois siècles, lança S. François Xavier dans les Indes; arracha S. François de Borgia aux illusions de la grandeur; nourrit dans S. Louis de Gonzague mort à vingt-trois ans, dans S. Stanislas Kostka mort à dix-huit, les vertus héroïques de Tâge mûr; enflamma du zèle des apôtres S. François Régis et S. François deHiéronimo; ennoblit les humbles et silencieux travaux du bienheureux Alphonse Rodriguez, simple coadjuteur temporel de la Compagnie de Jésus; donna su Japon trois saints martyrs dont Rome a proclamé rhéroîsme ; couvrit le Nouveau Monde d'ouvriers évangéliques que n'arrêtèrent ni les tempêtes, ni les monts, ni les forêts impénétrables, ni la faim, ni les terreurs du trépas; ouvrit en Europe tant d'asiles au repentir et à l'indigence, tant d'écoles à la science, aux belles-lettres et aux arts, comme à la vertu? Mais ce n'est pas sa puissance qu'on accuse; c'est la dangereuse exubérance de ses forces. Aussi m'étendrai-je peu sur le bien qu'il peut faire. J'aime mieux m'occuper du mal que certains esprits ont redouté de son action.

Je ne dirai pas, c'est une méthode d'oraison, un manuel de retraites, un recueil de méditations,

comme il en a existé tant d'autres avant et apr^s son apparition dans le monde. Je mentirais à la vérité, à Pblstoire, qui nous montre la congrégation du Monl- Cassin en 1664, et celle des Bénédictins de Portugal en i665 proclamant, dans deux chapitres généraux, la propriété et l'invention de ce chef-d'œuvre outrageusement contestées au fondateur de la Compagnie de Jésus (i). Son nom même, son double but, sa marche, sa méthode, sa direction, sont autant de caractères distinctifs qui en font une œuvre à part, et mé« lîtent une étude spéciale.

PREHIER ARTICLE, — TITRE BBS EXERCICES.

Le titre d'Exercices spirituels n'at pas été légèrement adopté : l'auteur nous prévient lui-même du sens de cette expression métaphorique. « De même, dit-il, que marcher, se mettre en voyage et courir, sont des exercices corporels, de même on appelle exercices spirituels la préparation et la disposition de l'âme lattant contre toutes les affections désordonnées, et les efforts qu'elle fait après les avoir écartées, pour chercher et trouver la volonté de Dieu par rapport au règlement de sa vie et à son salut éternel (2). »

La mémoire a ses exercices qui \\ perfectionnent; la logique exerce et redresse la raison ; l'éloquence, la poésie elle-même, malgré toute sa spontanéité native, se fortifient, s'élecirisent et jaillissent dans les luttes de l'école; la volonté ardente, capricieuse

(I) P. BoQhoars, Vie de S* Ignace, 1. i, pUtn et ordre deg exercices.

(â) iQStlt. S» J. t. 2, p. 390, Eœercilia spirilualia S. P, igna^ ta Loyolœ, annoMio prima.

commé les passions qui la meuvent, se dompte sous la main paternelle qui la forme. Pourquoi l'âme du ebrétien n aurait-elle pas son éducation, ses luttes^ ses exercices comme celle de l'homme, du littérateur et du philosophe ? La sainteté n'est pas infuse; elle a le mérite et l'éclat de la victoire. Se sanctifier, c*est lutter contre les passions mauvaises : ce n'est pas ou* vrir son cœur aux voluptés du ravissement et de Tex* tase, joies réservées au triomphe.

S'il est au pouvoir de Dieu de faire luire ici-bas quelques rayons des splendeurs célestes, il n'est pas au pouvoir de l'homme d'habituer ses regards à leur contemplation , de s'élever par degrés sur l'échelle mystérieuse, infinie, qui va de nos régions ténébreuses au soleil de l'éternité. Exerçons-nous à ses premiers échelons, luttons à sa base contre les obs* tacles. Pour atteindre ses hauteurs» la mort dév^op-' pera nos ailes.

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