‹ Des JésuitesChapitre 21 sur 56 · I) MA · texte numérisé non relu

I) MA

journées, mais par la nature différente de leurs opéH rations (4).

Les besoins de Tâme ne sont pas les mêmes chez tous les chréliens : ils varient ayec leur nature, aved leur éducation morale et littéraire , avec leurs habi^ tudes religieuses, avec leur destinée. Au plus grandi nombre la première semaine sufiSra; d'autres y join^ dront la seconde, quelques-uns la troisième et lal quatrième (2). I

La considération sur la fin de Thomme créé pou^ rendre gloire à son créateur, pour tendre en tout et continuellement à Dieu, base de conduite que toute philosophie chrétienne avoue, est aussi le principe ou le fondement ( prindfdum sive fundamentum) de tous les exercices. C'est là que l'homme contemple les hauteurs auxquelles il doit tendre, la nécessité de tout faire concourir au service de Dieu et au salut de son âme. La santé et les maladies, les richesses et la paovreté, les hotineurs et le mépris, une vie longue ou courte, ne doivent être, aux yeux de la raison et de la foi, l'objet de nos vœux ou de nos répugnances, qu'autant que ces moyens nous rapprochent de notre fin, obligation première, universelle, ou nous en éloignent (3).

Suivent les méthodes ûeT examen particulier et de texamen général. La première préludant à la lutte contre les obstacles, enseigne la manière de com^

(1) Ihid,, p. 390, Annotatio quarla; JHrectorium, c. 17, n. U d. 4; c. 39, n. 7, p. 471.

(2) Exercitia spir, Annot, décima octava^ décima nona, vigs" sima, t. 2, p. 392, 393; Direct., c. 9, p. 442, c. 18, n. 4, p. 433.

(3) Exerc. ipir,f p. 393; Direct,, c. 12, p. 447.

tattre^ corps a corps et tour à tour, les passions qui MUS dominent. La seconde donne des règles pour la liiscussioa générale des fautes, des avis sur la confession qui devra la suivre, et sur la communion, liage d'une alliance nouvelle avec Dieu (1). On verra plus tard pourquoi je ne parle pas encore te vingt premières remarques ou annotations qui ouvrent le livre des Exercice». Elles leur servent, il est ïïai, comme d'introduction : mais la plupart regardent moins celui qui les fait que celui qui les donne et les dirige (3).

La première semaine n'est pas encore commencée. Blecomprendy d'un côté Tétudedes obstacles qui ont détourné Tbonime de sa fin, c'est à dire la méditation dasfaux pas et des chutes, des illusions et des égarements; et de Taiitre, la contemplation des éternels ibiffles, terme de toute voie qui nous éloigne de Dieu. I^ règles de la pénitence la terminent^règles tout à ila fois rigoureuses et tempérées par la prudence (3).

^^remer exercice^ fondé sur «ne expérience étrangère à celui qui le fait, montre l'énormité des transgressions de la loi divine^ premièrement, dans la g^anàft défection des esprits rebelles, déchus de leur giojrepour une seule faute; secondement, dans la désobéissance d'Adam transmettant à sa postérité tout entière la tache et le poids de son ana thème; troisiè- ^ment, dans la peine de tant d'âmes malheureuses

(1) Exere. spir., p. 394, 395, 396 ; Direcl.y c. 13, p. 448.

1^ Voyez le $• arlfcle de ce chapitre.

\- Aidiliones ad exercilia^ addU, décima. Voyez mon cha- ^^Hiinlé Description des peHtes flcelles^ et la note jastffl- ^llve qui raccompagne.

plongées dans les châtiments éternels, quelquefo après un premier crime, et souvent moins coupable que celui qui médite leur infortune (i). De la consi dération de ces fautes étrangères aux fautes person nelles, le passage est facile. C'est le thème du secom exercice employé à l'examen des péchés propres et ai leur grièveté (2). Le troisième et le quatrième sont li répétition des deux premiers. Le cinquième, condui sant le coupable aux portes de Tenfer qu'il s*avoue i lui-même avoir tant de fois mérité^ lui en fait mesurei les profondeurs (3).

L'homme a reconnu, déploré» expié ses égarements i il peut donc, au sortir du tribunal de la pénitence « commencer innocent une vie nouvelle. La prehiière semaine Ta remis dans la voie du ciel, lui a donné des leçons pour l'avenir, des armeS pour vaincre ses passions, de l'énergie pour surmonter les obstacles. Il n'a qu'à tendre de nouveau à cette fin unique, in-i dispensable, qu'il avait oubliée. Qu'il se retire s'il ne désire rien de plus ; pour lui les Exercices sont achevés (4).

La seconde semaine est destinée à ceux qui veulent se fortifier dans le bien, non seulement réparer le passé, mais encore assurer l'avenir. Elle ouvre à l'intelligence et au cœur un rrouvel ordre d'opérations. La matière des considérations change. A l'étude des voies succède l'étude du chef qu'il faut suivre dans le chemin des préceptes, ou dans le sentier plus étroit

(1) Exerc, spirii,, primum eœercilium, p. 396.

(4) Anolatio décima oclava, p. 392; Direct,, c. 17, c. 18, n. 4*

des conseils évangéliques. S. Jean a dit du Verbe incarné qu'i/ illumine tout homme venant dans ce monde; et Jésus-Christ a dit lui-même : Je suis la voie, la vérité et la vie (1). Cet idéal du chrétien sera contemplé dans les trois dernières semaines.

Dans la seconde, Tincarnation de Dieu fait homme, sa naissance, sa présentation au temple, sa fuite en j^yple, ses humbles travaux et son obéissance à Nazareth, en un mot tous les mystères de sa vie cachée forment une première classe d'exercices terminés par la méditation des deux étendards^ préambule de Télection (2); et là commence une troisième carrière que tous ne sont pas appelés à parcourir (3).

On peut donc encore finir ici les Exercices, L'inteliigence a reçu de nouvelles lumières; la volonté s'est fortifiée au contact des privations et des sacrifices du Dieu venu pour nous illuminer, fait chair pour nous apprendre le cas que nous devons faire des illusions et des jouissances dans la voie du ciel: c'en est assez pour apprécier le monde où Ton va rentrer.

Les travaux apostoliques de Jésus-Christ depuis ses adieux à sa mère, jusqu'à sa mort, terme de sa mission iaborjeuse, fournissent uno matière abondante

(1) Joan., c. 1, V. 9, c. 14, v. 6.

(2) Exerc, spirit. secunda hehdomada^ p. 401-4055 417, 418. Direct.^ c. 11, n. 2.

(5) Exerc. spirit. Annot* décima octava et seq.; Direct.^ c. 25, {i Qualei esse debeant , qui ad eleclionem admiUuntur, ï> U est digne de remarque que le directeur des exercices, loin de pousser â les conlinuer, ne doit permeUre d'avancer qu'à ceux qui d'eux-mêmes en manifestent un grand désir. Oslendant fervorem^ ac desiderium progrediendi ullerius. Pirect., c. 18, n. 4.

et variée aux exercices de Télection et de là troisième semaine(l). La quatrième est occupée par la contemplation des mystères joyeux qui accompagnèrent et suivirent sa résurrection jusqu'à son ascension. (2). Une contemplation sur l'amour de Dieu pour les hommes, résumé sublime des bienfaits de la création, de la rédemption et des œuvres âe la Providence, récapitule et clôt les Exercices (i).

Une dernière remarque est indispensable pour faire comprendre la logique et la sagesse de leur marche. Elle portera sur quelques journées dont j'ai différé l'interprétation pour donner plus de clarté à mon analyse.

Tout le système des Exercices est basé sur la fin de l'homme, puisqu'elle est le fondement universel de nos obligations et de nos relations avec Dieu, foyer de toute lumière^ centre unique auquel toute volonié doit tendre. La seconde semaine ouvrant un ordre d'idées nouvelles, bien que liées aux pr^mières^ réclamait un principe nouveau. Il se trouve dans la Contemplation du règne de Jésus-Christ ( Contemplatio regni Jesu Ghristi ). Dieu n'y est plus considéré aux cieux, dans la majesté immuable et silencieuse de son domaine souverain sur toute créature, maïs dans

les travaux de la royauté acquise par sa croix. Il ne commande plus de le suivre ; il invite au combat contre les passions, par la promesse d'une récompense proportionnée à la générosité des sacrifices (4).

(1) Eœerc. spiviU, tertia hebdomada, p. 410-413, 418'4â2«

(2) Q^aria hebdomada^ 413, 414, 422-424.

(4} P. 401. Remarquez que cette méditation ne porte pas le

Dans la Toie des préceptes, la même obligation pèse sur tous : dans celle des conseils, on peut sans défection saiyre le chef à des distances inégales. La première considération fondamentale sur la fin de Thomme arait montré que dans le choix des moyens pour y tendre, il fallait avoir égard non à leur douceur, I mis à leur efficacité. La seconde, élevant l'âme d'un ' degré, enseigne, par l'exemple et les promesses de feus-Christ, une indifi*érence plus grande encore. C'est une invitation aux sacrifices non plus rigoureusement exigés, mais volontaires (1).

Uae troisième introduction, la méditation des deux ^^anky prépare une troisième classe d'exercices; 6'Ie se trouve aux limites de la seconde semaine et de luroisième. Quelques traits de ressemblance avec le ^è^ du Christ pourraient tromper un œil inattentif. C'est un nouveau principe et non pas une répéiiiion variée du second. L'un ouvre la voie des conseils évangéliques; l'autre la carrière de l'apostolat. Il met cû présence Jésus-Christ et Lucifer se disputant l'em- P«ft du monde, déployant chacun leur étendard, appelaniles hommes à eux, donnant, chacun de leur côté, des conseils et des ordres aux ministres de leur zèle pour le^salut et la perte des mortels (2),

My adans ce vaste tableau des camps du ciel et de ^'enfer une conception énergique, et de grands traits ' W Dante n'aurait pas désavoués. Mais le chrétien y reconnaît autre chose que de la poésie. Là se trou-

^^ ^Exercices comme les suivantes. Sa place elle-même Mqoe on principe pont la seconde semaine^ paisqu'elle se ttOQTe A rentrée. Direct, e« 19, p. 453.

lil£««rc.^ril.,p.406«

vent de frappantes leçons sur les illusions de Tesprit au milieu des promesses et des séductions du monde. C'est ce qui fait de cette méditation le préambule de l'élection qui la suit.

On se tromperait si on cherchait dans la division des Exercices par semaines, leur^partiiion réelle et intrinsèque. Ce sont les trois principes indiqués qui forment les limites des difficultés à franchir, qui ouvrent deux fois une nouvelle carrière, et partagent ainsi le plan de S. Ignace en trois grandes parties. Les semaines indiquent les repos accordés à la fatigue. Mais les introductions sont là comme des barrières où s'arrêtent ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas aller plus loin.

. Nous verrons dans le cinquième article, la prudence du directeur chargé de réprimer les élans d'une ferveur indiscrète. C'est là aussi qu'en interprétant les Annotations, les Additions et \e& Règles qui accompagnent les exercices de chaque semaine, je montrerai comment elles entrent dans le plan général.

QUATRIÈME ABTICLE. — M^.TIIODE DES EXERGICBS.

L'ePicacilé des Exercices, le génie original et puissant de leur inventeur, se trouvent dans la méthode qui les applique en détail aussi bien que dans l'économie de leur ensemble. Je serais même tenté d'y voir une science plus profonde du cœur humain. La forme des méditations de S. Ignace n*est pas neuve aujourd'hui. Les traités ascétiques composés depuis trois siècles lui ont emprunté, bien des nuances, ont habitué l'esprit à ses idées. En se communiquant^ ses

InéChodes ont donc perdu quelque chose de leur singularité primitive. Mais Toeil exercé du critique, an milieu des copies, reconnaît leur type dans une galerie d'idées comme dans une galerie de peintures.

On se rappelle que les méditations de S. Ignace sortt des exercices. Dans ce nom se trouve le secret de leur forme et de leur puissance. Il n'est pas donné à la considération sur la fin de Thomme, simple spéculation faite pour captiver l'esprit, mais non pas pour exercer l'âme. L'intelligence tend d'elle-même à la vérité, et se repose dans sa contemplation sans malaise. La pratique et les répugnances sont réservées à la .volonté qui lutte avec elle-même, douteuse entre la lumière que la raison lui verse, et les fantômes repoussants que lui présentent l'imagination et le cortège des passions dont elle est mère et maîtresse.

Ce n'est donc pas assez d'éclairer l'entendement, bien que ce soit la première chose à faire. Il faut aussi captiver la faculté turbulente des images, et ramener à de meilleures habitudes l'arbitre de nos actions li' breset méritoires. L'exercice de l'âme consiste principalement dans ces deux dernières opérations, parce* que là se trouve la réforme la plus pénible, et généralement la plus nécessaire. La méthode des exercices ag/ssant à la fois sur toutes les puissances de l'homme, commence invariablement par la plus noble; elle n'applique l'imagination et ne travaille la volonté, qu'après avoir éclairé, convaincu l'intelligence. L'en* seignement précède toujours la pratique.

Entre les méditations philosophiques et les méditations religieuses la différence est grande. Les premières, n'étant que spéculatives, s'arrêtent à la connaissance des devoirs, n'exercent que là mémoire et

Tentendement. Les secondes, joignant la pratique aux spéculations, tendent surtout à l'action, apprennent ce qu'il faut faire et portent à l'exécuter.

Distinguons donc dans la physiologie intellectuelle et morale d'Ignace quatre ordres d'opérations différentes ; la considéi^tion, exercice de la mémoire qui fournit la matière et de l'intelligence qui la pénètre; la méditation, qui à Texercice de la mémoire et de rintelligence joint celui de la volonté qu'elles entraînent; l'oraison, exercice pur de la volonté soumise, lorsqu'en présence du sacrifice elle offre au Ciel son holocauste et lui demande, prosternée, le courage d'immoler ses répugnances; enfin la contemplation, le plus complet et le plus naturel des exercices, puisque imageant les mystères accomplis sous une forme sensible, revêtant les esprits euxmêmes de cette enveloppe que notre imagination leur prête pour le$ saisir, elle applique toutes les puissances de l'homme à la fois.

Quand l'âme agit, il est impossible que quelqu'une de ses quatre facultés demeure longtemps oisive. Les abstractions la violentent. Aussi esi-il rare qu'il y ait considération, oraison et méditation pures (i). Ge n'est donc pas de l'exclusion de quelqu'une des puissances de l'âmq, mais de leur prépondérance que S. Ignace a tiré le nom et le caractère de ses différenis exercices. Sa plume n'a même pas été constante dans le «choix et dans la précision des titres; elle a plus d'une fois confondu les mots contemplation et méditation.

J'observe aussi qu'il applique plus souvent l'âme à l'intuition 4^ mystères sensibles qu'à l'étude des vé-

(1) jHrect,, c. 20, n^^ 8, p^ 454.

rites abstraites. Ses trois dernières semaines sont presque entièrement occupées par des contemplations proprement dites. C'est que le jeu simultané de toutes les facultés de notre âme est plus facile et plus spontané que les abstractions intellectuelles ou imaginalivesqui les divisent. Au reste la nature et les nuances des exercices sont nécessairement modifiées par les habitudes de chaque penseur (1).

Chez la plupart des hommes, l'imagination, avec iioe invincible rapidité, voile de ses formes matérielles les perceptions les plus pures. Chez quelques-uns au cootraire, l'intelligence tend à dissoudre toute enveloppe sensible. Les premiers imageront à leur aise ; aux seconds, l'idée simple n'est nulle part interdite. Les exercices commencent même presque tous par le raisonnement. Ils le prolongeront donc à leur gré; car c'est une maxime d'Ignace que là où l'âme se repose avec profit, elle doit demeurer sans s'embarrasser des opérations ultérieures que la méthode propose (2)«

II est un cinquième exercice nommé application des *fl»(applicatio sensuum), titre métaphorique sur la portée duquel il serait ridicule de se méprendre. Il ne ^'^^ûpas, comme on le pense bien, de l'application <)es organes matériels, mais de l'emploi des facultés spîn'taelles qui leur correspondent. Car l'âme aussi ^^K écoute, goûte et odore à sa manière ; et le lan- Pge usuel n'est ici que l'expression de la nature.

Cette application des sens n'est qu'une forme tout ^la fois plus complète et plus aisée de la contemplation qu'elle suit presque toujours , afin de la dévelopr

(1) Ex, spiriL, 4 hehd,, notandum ieriio, p. 414.

(2) Ex, spirit,, 1 hebd., oddilto 4, p. 400. « Gonqutescere de- ^0 sine transcarrendi anxietate, donec mthi satisfecero. »

per et d'en fortifier rimpression. Elle mêle davantage le spectateur à la scène du mystère qu'il contemple. 11 ne se contente plus de voir et d'entendre, il est présent, il louche les personnages et les lieux ; il partage, il goûte leurs sentiments de plaisir et de peine ; il respire- le parfum de leurs vertus ou Todeur repoussante de leurs vices* Cet exercice plus facile, parcequ'il est moins abstrait et plus méthodique, est regardé comme le repos de la journée. Ordinairement il la termine, à partir de la seconde semaine (1).

Les colloques et les préludes sont encore des actes mystérieux pour qui ouvre le livre des Exercices comme un répertoire de formules occultes Comment renoncer à voir des secrets et des prodiges dans le grand arcane de la Compagnie de Jésus? C'est l'alchimie des consciences ; et voilà deux creusets nouveaux où elles bouillent et se subliment dix fois par jour, au commencement e^ à la fin de chacun des cinq exercices. .

Parlons raison. Le colloque (colloquium) n'est autre chos^e que l'oraison qui termine chaque méditation. Elle se fait ordinairement par forme d'entretien avec le Ciel. On lui offre ses résolutions pratiques; on lui communique ses besoins et ses répugnances. L'étymolofrie du mot pouvait seule expliquer le sens de celte opération de la volonté qui se répand en invocations et en prières, pénétrée qu'elle est de ses obligations et de sa faiblesse (2).

Les préludes (praeludia) ont aussi, dans le langage de S. Ignace, le sens qu'ils' ont dans tout lexique. Us

(1) Ex* spiriU, p. 404. Direct,^ c. 20, p. 454.

(2) iHrect., c. i5, n* 5-7, p. 450.

forment l'entrée en matière, et sont au nombre de deux ou de trois suivant la nature des exercices. Le premier est une représentation rapide de Thisioire ou da mystère que Ton va étudier. C'est un simple coup d'oeil sur ies personnages. Le second, appelé compo* Kth tody est de môme une vue rapide non plus des personnes, mais de la scène. L'un est desliné à rappeler la matière de la contemplation, ut sciatur mate' riadequâ tune cogitandum est; l'autre à fixer dans les limites du mystère, l'imagination toujours portée aux divagations.

Le Directoire ou commentaire des Exereicet, que je ne fais ici 'que traduire, explique le premier prélude par la comparaison suivante : « Lorsque nous jetons les yeux sur une vaste composition de peinture, un simple et premier coup d'oeil en saisit confusément l'ensemble et nous fait connaître le sujet du tableau. Ensuite nos regards s'attachant en particulier à chacun des objets qu'il renferme, nous les apprécions en particulier avec plus de soin et de succès. » L'étude et l'examen sont dans la méditation ; le simple aperçu 68tdans les deux premiers préludes qui ne doivent durer qu'un instant.

Le troisième prélude est nommé petltio gratiœ, c'est une invocation à Dieu, dont on réclame la grâce et les

lumières (1).

J'oubliais Varaiton préparatoire (oratiopraeparatoria), oblation spontanée de l'âme à Dieu. Elle lui consacre toutes ses facultés, et le prie d'en bénir l'usage. C'est le premier acte de tout exercice. Il se fait debout, à quelque distance de l'oratoire où l'on va méditer et

(i) JHrect., c. 14, n» 4-7 ; c. 19, no 4, p. 449 et 454.

prier. La lutte du cœur avec ses passions n*est pas encore engagée (1).

Ici je me sens arrêté par une objection. Pourquoi ces partitions matérielles dans Texercice de la pensée? Pourquoi ce soin minutieux de tout régler, de tout prescrire ? N'est-ce pas enchaîner Time à une routine puérile ? Ignace n'a donc rien laissé à la spontanéité de ses mouvements. 11 la fait passer à la longue par la filière de ses propres idées; il la force à suivre son inspiration, et non pas celle de Dieq.

Je suis loin de rejeter ou d'affaiblir une observation qui m'explique le second caractère d'une méthode équilibrée avec un art infini. Le balancier a, ditesyouSy penché ver$ la terre ; hé bien, relevons-le vers le çieK

€ Il est souverainement dangereux, dit quelque part S. Ignace, de vouloir pousser tout le monde à la perfection par une voie unique; qui le tente, ne sait pas combien variés» combien nombreux sont les dons de l'Esprit saint (2). » C'est de cette liberté laissée à la voix du Ciel, aux impressions de l'esprit dominateur, qu'il faut partir pour achever de comprendre sa méthode et initier aux secrets de sa direction.

La tyrannie des consciences, l'esclavage de fa pensée, n'est pas dans le conseil que Ton donne, dans la réflexion que l'on suggère en l'abandonnant à un examen libre. Un ami peut éclairer ma décision sans la faire ; un maître peut proposer ses thèmes à ma pensée sans gêner mon élan. Or, jamais conseils ne fu-

(1) Ex. spiriU^ 1 A«5d., 1 exercit, p. 396.

(2) EpUlolœ S. Ignalll Loyol»; Liber Sententiarum, sent. 159 (Bononi®, 1804), p. 577.

rentplus modérés, jamais thèmes ne furent plus concis et plus souples que ceux de S. Ignace.

Quant à ses prescriptions , ses formules et ses règles, il faut en distinguer de deux sortes : les unes regardent les préceptes de l'Évangile; elles sont obligatoires. Ce n'est pas Ignace, c'est Dieu qui les a faites. Les autres sont de purs conseils. La sagesse les propose, libre à chacun de les modifier suivant ses besoins, sa générosité, ses habitudes morales et intellectuelles. Cette méthode a moins formulé la sainteté et l'extase qu'une poétique ne formule le génie et le sublime. Mais elle a en quelque sorte, je Pavoue, formulé la sanctification de l'homme. Ses lois étaient déjà tracées dans l'Évangile.

Je viens d'émettre plusieurs assertions. On en trouvera les preuves dans ma cinquième élude des Exer^ dces.Ty montrerai successivement la direction imprîtnée à rintelligence et à la volonté. Là surtout se verront et le mobile secret de tout le système, et Tappréciation de ses avantages et de ses dangers.

Puissé-je être aussi assuré de convaincre qu'il est vrai que je vais parler avec franchise. Du reste si je ittens au livre que j'interprète, le texte est entre les ^ains de mes adversaires pour m'accuser à leur tour.

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