‹ Des journaux chez les RomainsChapitre 4 sur 109 · OBIGINE ET COMPOSITION DES ANNALES DES PONTIPES · texte numérisé non relu

OBIGINE ET COMPOSITION DES ANNALES DES PONTIPES

Voici, dans l’ordre chronologique, les textes véritablement dignes d’attention qui se rapportent à l’histoire des grandes Annales.

Après les deux plus anciens fragments qui en fassent mention, que les divers critiques n’ont point cités jusqu’ici, et qui entreront bientôt dans cette discussion, l’un de Caton le Censeur, où il dit qu’il ne veut point s’en tenir à une telle manière de raconter les faits; l’autre de Sempronius Asellio, qui oppose de même à la brièveté peu instructive des Annales une nouvelle méthode historique; après deux témoignages plus incertains de Polybe, qne j’oserai aussi, le premier, compter au nombre des preuves, il ne se trouve point de texte de quelque importance sur les Annales des pontifes avant le célèbre passage du second dialogue de l’Orateur, qui est le document principal, et, comme on dit, le lieu classique sur l’origine et le but de cette institution : « Ne mé»

prisez pas nos compatriotes, dit l’orateur Antoine à Catulus; les historiens grecs ont commencé eux-mêmes par ressembler à notre Caton , à Fabius Pictor, à Pison. Écrire l'histoire, ce n’était d’abord que faire des Annales. C’est pour cet objet, c’est pour conserver les souvenirs publics que, dès les premiers temps de Rome jusqu’au grand pontife P. Mucius 1 , le grand pontife recueillait tous les événements de chaque année, et les écrivait sur une table blanchie qu’il exposait dans sa maison , afin que le peuple put la consulter. Voilà ce qu’on nomme encore aujourd’hui les grandes Annales 3 . »

C’est peut-être , au moins en partie , pour

1 L’an de Rome 6a3. Yoy. H. Dodwell, Append. ad prœlect. Camden., p. 656. D’autres, comme Orelli, Onomast. Tallinn., Zurich, i838, p. 4o5, placent le grand pontificat de P. Mucius vers l’an 63 1 .

1 Atqui, ne nostros contemnas , inquit Antonius , Grœr.i quoque sic initio scriptitarunt , ut nos ter Cato , ut Pictor, ut Piso. Erat enim historia nihil aliud, nisi annalium confectio : cujus rei , mcmoriœque publicæ relinendee causa, ab initio rentra romanarum usque ad P. Mucium pontificern maximum , res omnes singulorum annorttm mandabat litteris pontifex maximus , e/fercbatque in album , et proponebat tabularn domi, potestas ut esset populo cognoscendi; hique etia/n nunc Annales maximi nominantur. Çie., de Oratore, II, i a.

mieux remplir cette fonction sacrée, que dans les premiers temps le grand pontife, d’après un usage passé en loi , n’osait s’écarter trop loin de Rome. Nous le savions déjà par Tite-Live 1 et par Plutarque *. Le même fait se retrouve aujourd’hui dans un texte nouveau de Diodore, sur un grand pontife « obligé à ne point trop s’éloigner de Rome, à cause du soin des choses saintes 3 . »

Des critiques, qui ont eu raison de ne pas prendre à la rigueur les mots de Cicéron , ab initia rerurn romanarum 4 , font commencer la rédaction des Annales au temps de Numa, quel que puisse être ce Numa ; et ils s’appuient d’une autorité assez douteuse, ou du moihs inutile, celle de Vopiscus 5 . Il n’est point probable, en effet, qu’on ait voulu faire supposer qu’il y eût un grand pontife avant celui qui passe pour avoir institué cette charge et l’avoir d’abord rem*

1 XXVIII, 38,44; L1X, Epitom.

1 Fabius , c. a5.

3 Collect. in -4° de monsignor Mai , Itome, 1817 , t. II, p. 61 : yàp (MyiSTO; Up£Ù;(le fragment n’a point conservé le nom

du pontife), ■Jjvay^âÇeTO pd) uoixpiv t9j<; 'Pcopur,; dnroTJCÏaOxt Sii t})vtûSv Upôiv IntpiXetav.

4 De Orat., II, 1 2 .

* Post excessum Romuli. Vopisc., Tacit., c. r.

plie lui-même, comme firent plus tard les empereurs romains *. Encore moins Vossius devaitil a , d’après les citations que le faux Aurélius Victor 1 * 3 prétend extraire des Annales, en faire remonter l’usage jusqu’aux temps qui ont précédé Borne f exagération qui a porté l’esprit contradicteur de Jac. Gronovius à un autre excès, lorsque, dans la préface de sa dissertation de Origine Runudi 4 , il croit pouvoir soutenir que les Annales des pontifes ne sont qu’une fiction, et, à l’entendre, un masque sans cervelle, rneram sine cerebro larvcim. L’expression de Cicéron , ab initio, comme ce qu’il dit ailleurs des plus anciennes pratiques religieuses et civiles, a primo Urbis ortu 5 , n’indiquant pas une date certaine, un auteur habile aussi à s’emparer des moindres prétextes de paradoxes 6 , sans aller pourtant jusqu’à nier à son tour l’existence des Annales, a profité de cette incertitude pour ne les faire com-

1 Tite Live, I, ao ; Plutarque, Numa, c. 9; Servius, ad Æn., III , 80.

1 De Histor. lat., I, 1.

5 O ri go gcnlis rom., pass.

4 Leyde,i684.

5 Tuscu/an.,l\, 1.

® Niebuhr, Hist. rom., trad.fr., 1. 1 , p. 352 .

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