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Des justes limites à l'action de l'État [microforme]

Le 2} juin 1919, s'ouvrait à Saint-Louis, Mo. la seirième convention annuelle de l’ Association catholique d'Éducation. Dès le premier jour de la réunion, fut lue une étude très importante et très opportune de son Éminence le Cardinal O’Connell sur «4« Les justes limites à l'Action de l'État ». La Ligue de Ralliement Français en Amérique crut de son devoir de présenter à son Éminence ses humbles et sincères compliments de ce superbe travail, et de lui demander en même lemps permission de le traduire et de le faire figurer dans la série de ses tracts. Voici la réponse que son Éminence daigna lu faire transmettre :

Archbishop’s House, Cranby Street, Boston, July 7th 1919.

The Secretary-General

Ligue de Ralliement Français en Amérique

Dear Sir,

His Eminence, Cardinal O’Connell, directs me to acknowledge receipt of your communication of recent date and te convey to you, and through you to the members of the League, his hearty thanks for the kind sentiments expressed therein anent the pape”. ‘The Reasonable Limits of State Activity”, which he wrote for the Catholic Educational Association.

His Eminence says that he is very glad to comply with the request of the Executive Committes that they be permitted to translate into French and put:ish the paper.

His Eminence sends you and the members of the League his most cordial best wishes.

Very sincerely yours.

R. J. HABERLIN, Secretary.

[TRADUCTION] Cher Monsieur,

Son Éminence le Cardinal O'Connell me prie d'accuser réception de votre lettre de ces jours derniers, et de vous offrir, ainsi qu’à tous les membres de la Ligue, ses chaleureux remerciements en relour des aimables choses que vous lui avez exprimées, concernant l'étude sur « Les justes Limites à l'Action de l'État », qu’elle a préparée pour l’Associalion catholique d'Éducation.

Son Éminence se déclare heureuse d'accorder la demande que lui a faite Votre Comité Exécutif de traduire en Front et de publier ce travail.

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Son Éminence vous envoie à vous et à tous les membres de la Ligue ses souhaits les meilleurs et les plus cordiai -.

A vous très sincèrement.

R. J. HABERLIN, Secrétaire.

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Les justes limites à l'action de l'État

L'histoire de l’humanité n’est d'un b ut à l’autre que le récit de l’âpre conflit entre ceux qui sont chargés de commander et ceux dont le devoir est d’obéir. Car deux forces puissantes se sont toujours agitées au sein de la société : — le désir de comme ‘’er et l’amour de la liberté: le premier se manifestant par ia tyrannie et l’usurpation, le second, toujours inquiet, versant dans le chaos et l’anarchie. En face de la tendance constante et universelle Au pouvoir souverain de l’État à élargir son domaine et à envahir les droits de ses sujets, se dresse une tendance tout aussi universelle, la tendance des peuples à défendre leurs libertés et à réprimer les empiètements de leurs oppresseurs. D'où la lutte séculaire entre la démocratie et le despotisme, entre les réclamations de la liberté individuelle et la suprématie de l’État.

Dans cette lutte, la mesure de la liberté humaine : toujours été déterminée par le degré d'importance attac!.. à l’existence humaine. Là où la religion était en honneur et prévalaient les lois divines, les droits de l’homme ont été respectés, et l’État est resté dans les limites de ses attributions.

‘La reconnaissance de Dieu a toujours constitué la plus sûre säuvegarde des libertés populaires. Car la religion proclame l’origine divine de l’homme et son immortelle destinée; elle met en relief les droïts sacrés et inaliénables que l’homme a reçus de son Créateur et qu’aucun État ne peut enfreindre sans injustice. Elle enseigne cette vérité fondamentale que tous les hommes sont égaux devant Dieu, que tous sont les enfants d’un Père commun, et sont donc, par conséquent, des frères. Cette doctrine est à la racine de la liberté civile et politique. Elle garantit au citoyen la plus entière mesure de légitime

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liberté; et lorsqu'elle entre comme facteur dans la vie de celui qui commande et de celui qui obéit, la tyrannie et l'anarchie n'ont plus leur raison d’être. Aussi longtemps qu'il y aura un Dieu des nations, aucun gouvernement ne pourra se dire absolu ou suprême. Aussi longtemps que l’homme sera spirituel dans sa nature et immortel dans sa destinée, il devra être autre chose qu’un jouet entre les mains de l’État.

À ce point de vue chrétien des relations de l’homme avec le pouvoir séculier, s'oppose l’idée laïque et socialiste. La vie, selon cette dernière philosophie, se borne à l'existence terrestre. La mort marque la fin de tr'it : l’origine, le bonheur, la destinée de l’homme sont pu.ement matériels. De cette conception erronée de la nature humaine, sont nées toutes les faussetés concernant le mariage, les .devoirs des parents; et c’est d’elle également que procèdent les théories mensongères en matière d'éducation, et tant de systèmes bâtards que l’on présente, de nos jours, comme principes directeurs de la conduite humaine. Et chacune de ces doctrines pernicieuses, jaillies d’une philosophie matérielisée de la vie, contribue, de façon notable, à asseoir la Souveraineté de l’État ou reflète sa tendance toujours croissante à élargir la sphère de son action; car ceux qui veulent dépouiller l’homme de sa dignité ont aussi pour cbjet de lui enlever sa liberté.

Dans les grandes nations de l'antiquité, les hommes étaient des esclaves, ou tout au plus des rouages dans la gigantesque machine de l'État, parce que l’on ignorait le sens sacré et le prix de la vie. Et si le monde moderne a assisté à la destruction de vénérables dynasties et aristocraties, c’est que l’athéisme et l'infidélité avaient revêtu ces dynasties d’une omnipotence qui broya sous son talon les privilèges de chacun de leurs sujets, jusqu'à ce que ceux-ci, conscients de leur force, se fussent levés puur revendiquer la liberté qui leur appartenait à titre d'êtres humains, laquelle liberté, venant de Dieu, est inviolable. Partout où la société ne veut pas reconnaître ses devoirs envers Dieu, elle se montre irrespectueuse des droits des hommes. Elle ne commence par renier le surnaturel que

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pour finir par rejeter ce qui est naturel. Celui qui contesterait cet avancé aurait lu en vain l'histoire de l’humanité.

Même ici, en Amérique, malheureusement, nous ne sommes pas à l'abri de ces influences qui, en Europe, ont

sacrifié l'individu à l’État. Les tendances centralisatrices, caractéristiques des empires et des souverainetés despotiques, ont constamment affaibli les traditions particulières à notre forme de gouvernement. Les modes et les mœurs du vieux monde, entre autres l'irréligion, ont graduellement pris racine ici; et c’est à cela qu’il faut rattacher l'origine et la croissance des éléments de tyrannie dans nos corps législatifs : de telle sorte que. dans notre propré histoire, nous voyons se confirmer cette vérité que la liberté et la dignité humaines s'élèvent ou s’abîment ensemble,

Les nobles patriotes, qui ont tracé notre constitution et si fermement posé les fondements de notre République, avaient reconnu la haute dignité de l’homme, et les droits personnels d’un chacun leur avaient paru comme un privilège glorieux qui devait être étendu et protégé. C'étaient des hommes à esprit religieux et craignant Dieu, dont la vision ne se bornait pas aux choses de la terre: aussi, en rédigeant des lois pour le pays, ils pourvurent leurs concitoyens de la plus grande liberté possible dans l'exercice des actes ayant pour fin la préparation de leur éternelle destinée. Rejetant l'absolutisme des Bourbons, des Hohenzollerns et des Guelfes, ils établirent dans le Nouveau Monde une démocrätie, un gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple:en termes immortels, ils déclarèrent que tous les hommes avaient été créés égaux; qu'ils avaient reçu de leur Créateur certains droits inaliénables; que parmi ces droits, il y a la vie, la liberté, et la recherche du bonheur. Comme principes fondamentaux du programme législatif national, ces Pères de notre pays posèrent : que l'État existe pour l'individu: que le gouvernement est le serviteur du peuple, son mandataire, et responsable au peuple de sa conduite; que l'autorité du pouvoir sur l'individu ne se mesure que par les nécessités du’ bien public, laissant à chacun la plus large

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sphère où exercer son initiative personnelle. Aussi, chaque citoyen américain reçoit-il, comme un héritage sacré, la liberté civile, politique et religieuse sauvegardée par la constitution américaine, assurant à chaque homme «le droit sur ses enfants et sur sa maison: le droit d’aller et de venir; le droit de servir Dieu conformément aux dictées de sa conscience; le droit de ne voir personne s’immiscer dans la jouissance de ces droits; le droit d’être exempt de la tyrannie d'un seul ou de plusieurs; le droit de vivre de telle sorte qu'aucun homme ou aucun groupe d'hommes ne viennent lui imposer leur volonté contrairement à son consentement ».

Tel est l'esprit qui a donné naissance à la grande démocratie américaine : esprit qui honore l'humanité, qui favorise la liberté et repousse le despotisme; et tout autre esprit que celui-là n’est pas l'esprit qui a inspiré les traditions et les lois de ce pays. L'on ne saurait mettre ce point trop en relief, car nos institutions démocratiques courent un danger, du fait de la tendance actuelle de l’État à accroître son pouvoir et à absorber l'individu dans une législation d’allure paternelle. Les forces qui ont produit le césarisme et le despotisme en d’autres pays ont fait leur apparition parmi nous; et chaque année, nous sommes témoins de tentatives, dor* quelques-unes sont fructueuses, pour exalter indûment l’État au détriment de l'individu. Partout règne une propension à l’uniformité et à la central sation, laquelle mène à la création de bureaux et de commissions, dont chacun signifie une restriction apportée à la libre activité individuelle.

Comme si le pouvoir civil était un droit personnel et non une fonction officielle, l’État cherche à exagérer son importance; et, dans ses mesures législatives, il manifeste une arrogance qui n’est pas en harmonie avec l'esprit de la constitution américaine. Dans le domaine de l’industrie, il énerve les ressorts de l’administration et de la gérance personnelles par des règlements gouvernementaux excessifs. Il prend graduellement le contrôle des œuvres de charité et de réforme ou les arrache à l'initiative privée;

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avec ses lois indiscrètes et corruptrices sur le divorce, il envahit le sanctuaire du foyer, abolissant la vie de famille, et laissant la licence des mœurs, le désaccord domestique, un état social affaibli, comme preuves palpables de son usurpation d'autorité. La Religion que les fondateurs de notre nation avaient jugée si essentielle à la sécurité et à la prospérité du pays, l’État légifère à son sujet pour ce qui regarde les écoles publiques: et, par-dessus les écoles, publiques et privées, le pouvoir de l’État se développe de plus en plus chaque jour en monopole.

Un regard jeté sur les cinquante dernières années de notre existence nationale, confirmera cette assertiou que, cédant au désir de tout centraliser, nous nous éloignons du gouvernement démocratique, et que, foulant aux pieds les droits et les libertés des citoyens, nous nous attribuons un rôle qui n’a jamais été envisagé ni voulu, au moment où la constitution a été élaborée.

Sous cette tendance si peu américaine du gouvernement à élargir le rayon de son action, aux dépens de la liberté commune, se cache un grave danger politique et social. Même au sein d’une démocratie, la vieille idée païenne que l'État est Dieu et que c’est pour lui que l'individu existe, n’est jamais bien loin. Et de nos jours, chez nous, il y a, parmi les dirigeants de la pensée publique, beaucoup d'hommes qui enseignent que l'État est omnipotent, qu'il est au-dessus de toute loi, que sa souveraineté n’a pas de limites, Sur les lèvres de ces docteurs, une telle philosophie politique est parfaitement naturelle et logique. Ne reconnaissant pas de Dieu dans le ciel, leurs instincts religieux, qu'ils sont incapables d’étouffer, les portent à déifier l’État sur la terre. Pour eux, l’homme est simplement un être de chair et de sang, dont toute l’ambition est de se donner des satisfactions sensibles et sociales; et l’État leur apparaît sous les traits d’un agent paternel, comme une sorte de Providence terrestre, dirigeant toutes les phases de l’activité humaine, et tout ainsi que l’État prussien de fraîche date, imposant à chacun tout ce qu'il & jugé indispensable à son bien-être.

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