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dans les pays où les hommes vivent dans ja liberté, fiers de leurs institutions parce qu’elles leur procurent la liberté, soumis aux lois à cause de la sécurité qu’elles leur garantissent. (C'est parce qu'il comprenait parfaitement la valeur de ces forces dans la société que le grand homme d’État irlandais, Edmund Burke, déclarait que tout sare conseil publie devrait avoir à eœur de chercher, par une expérience avisée et rationnelle, le minimum de restrictions qu’il faut apporter à la jouissance de la liberté, pour que la communauté puisse subsister. Car la liberté, disait-il, est un bien qu’il faut agrandir, et non un mal qu'il faut diminuer.
Pour ces raisons, nous, c‘ioyens de ce pays, jaloux de son bien-être, et l'œil ouvert sur nos libertés, nous nous opposons à toute tendance absolutiste de la part de l’Étst. Néanmoins c’est vers l’absolutisme que nous marchons constamment, ici en Amérique. Chaque année s’enfle le volume de nos lois, à tel point qu’il en déborde: le caractère sacré des droits de l’homme est méconnu; :t l’État, conformément à la philosophie contemporaine, devient un objet de culte, la seule autorité suprême dans la société. C’est la reproduction du Czarisme russe et du prussianisme allemand; et nous résistons à cette forme d’autocratie, parce qu'elle est désastreuse dans ses conséquences et au'elle est en désharmonie avec l'esprit des traditions américaines.
Si l’État avait pour fin simplement de procurer au peuple la plus grande somme possible de richesses terrestres, ou de confort matériel, ou de plaisirs sensuels, peut-être verrions-nous dans un gouvernement absolu le moyen le plus efficace d'atteindre ce but. Mais, selon le plan divin, l'existence des gouvernements a pour objet de permettre à l’homme de développer, non pas seulement ses facultés physiques, mais aussi ses facultés intellectuelles et morales: et ceci nécessite chez l’État une tendance vers la décentralisation du pouvoir plutôt que vers sa centralisation. Si les s: ‘ets du pouvoir civil étaient enfants ou esclaves par nature, la doctrine de Hégel touchant l’absolutisme de
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l'État pourrait être défendue avec quelque apparence de raison et appliquée avec un certain degré de succès. Mais Dieu à créé libres les hommes pour qui les lois sont faites: et là où leur liberté est reconnue et leur initiative individuelle encouragée, là également les hommes se montrent plus respectueux des lois et de l’ordre social.
Il est bon de se rappeler que la tendance des gouvernements, même les mieux intentionnés, est d’empiéter sur les droits de l'individu. Ceci explique pourquoi la liberté est e prix d’une éternelle vigilance. L'histoire des autres nations montre clairement que le pouvoir arbitraire est apte à agir arbitrairement; qu’il broie sous son talon de fer les espoirs et les intérêts individuels; et qu’encore que son armature, pareille à un mécanisme, semble pour quelque temps, rendre uu maximum de force et d'efficacité, le résultat ‘inal est décadence et destruction. Voilà de solennelles mais salutaires réflexions. Ici, en Amérique, nous n’échapperons pas au châtiment qui a atteint d’autres nations, si, à leur exemple. nous sacrifions les choses qui nous sont les plus précieuses : la liberté, l'initiative privée, la religion; et si, par l'organisation et la centralisation à outrance, nous laissons l’État devenir un instrument de tyrannie entre les mains de nos législateurs. Le domaine qui nous est particulièrement cher est celui de l'éducation, et c’est justement en ce domaine que les forces les plus dangereuses sont à l’œuvre; car ce monopole entier de l’État sur l'éducation vers lequel nous tendons, deviendra, à moins d’une réaction vitale, une réalité, et fournira à l'État les moyens les plus énergiques de broyer les libertés populaires et de tyranniser ses sujets.
Qu'il y ait un mouvement marqué vers la centralisation entre les mains du pouvoir de tous les bureaux d'éducation du pays, cela est incontestable, Ces dernières années, ce mouvement s’est accentué constamment et de plus en plus élargi, de façon à embrasser des responsabilités qui, jusque là, étaient considérées comme relevant des parents ou du foyer. L’inspection médicale des écoles, l'examen physique et le traitement des enfants qui les fréquentent, la nourri-
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ture donnée aux élèves pauvres, les soins gratuits accordés aux élèves malades, et autres mesures semblables qui ont été ajoutées au programme d'éducation de l’État, sont autant de signes qui révèlent l'esprit d’un mécanisme centralisateur et contrôleur. Cet esprit se manifeste également dans un amas toujours plus considérable da lois dirigées vers une plus grande uniformité dans les programmes scolaires, et une organisation plus étroite de l’administration des écoles; dans l'approbation de fondations puissantes et anonymes, dans l’antipathie croissante à l’égard du système des écoles privées; dans les entraves apportées au libre fonctionnement des institutions d'éducation particulières. Sous tout cela, l’on peut découvrir le principe philosophique du révolutionnaire français, Danton, à savoir que l'enfant appartient à l’État avant d’appartenir à ses parents; et aussi cet autre princ:pe faux et antidémocratique, que l’État doit se charger seul de l'éducation du peuple. C’est une telle doctrine qui inspire le plan toujours caressé de l'établissement d’une université nationale; c’est elle qu’il faut voir à la base de la tentative toute récente faite en vue de soumettre tous les bureaux d'éducation du pays à un minisw-e de l’éducation, ayant son centre à Washington, et dont le titulaire ferait partie du cabinet du Président.
Nous touchons là peut-être à l'influence la plus considérable et la plus pernicieuse que les pays d'Europe aient exercée sur notre système d'éducation. En Allemagne spécialement, durant les trente dernières années, il y & eu un monopole de l’État sar l'éducation, depuis l’école primaire jusqu’à l’Université. Rien n’était toléré, en fait de système, de Programme ou d’idéal d'éducation, que ce qui avait été créé par le Tout-Puissant Etat allemand; et aucun professeur, aucune institution ne pouvait se permettre d'enseigner sans une autorisation émanée du bureau gouvernemental d'éducation. Ce système permit à l’État d'acquérir un contrôle et une autorité absolus sur les diverses formes d'activité de la nation; c’est ce système qui a produit l’uniformité de pensée et de dessein dans
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la nation, mais au détriment de la liberté du peuple et de l'initiative privée, Ce système, l'Amérique est en train de se l’approprier de plus en plus, du fait que les éducateurs américains, formés d'après les méthodes aïlemandes dans les universités allemandes, ont manqué de la : spicacité voulue pour deviner, derrière les bienfaits apparents du contrôle centralisateur et de l’uniformité, les forces nocives qui travaillaient sans relâche à la destruction finale de l’Allemagne.
A la lumière des récents événements, le movopole de l'État eu matière d'éducation est chose condamnée. Vraiment, ce privilège accordé aux parents, dans l'éducation de leurs enfants, est le corollaire de la liberté religieuse garantie au peuple américain par la constitüition américaine. E; comme aucun État ni aucun gouvernement n’a le droit de restreindre ia liberté de l'individu dans la pratique de sa religion, ainsi aucun État ne peut, en justice, intervenir dans le droit concédé à chacun à l'égard de l'éducation de ses enfants, pourvu que |’ éducation s'accorde avec les justes réclamations de l'État. Quelques mots éclaireront ceci, D'après nos lois, tout homme est libre d’embrasser et de pratiquer la religion de son choix, et, par conséquent il est libre d'adopter tout moyen légitime de se protéger, ainsi que sa famille, dans la jouissance de ce droit constitutionnel, en faisant Conner à ses enfants une éducation en harmonie avec sa foi. Car, avec le présent système d'écoles publiques, l'instruction et la formation religieuses ne figurent pas au programme d’études; et, au jugement de ces citoyens américains qui regardent l'éducation et la religion comme inséparables, un tel système ne peut leur être d'aucun secours dans l'exercice de leur liberté religieuse. Et en cela, leur jugement est sage et motivé. La fin essentielle de l'éducation est de procurer à l'enfant non pas le succès temporel seulement, mais surtout le salut éternel; et ainsi, dans la formation et le développement de la jeunesse, c’est la religion qui prime tout par son importance. Or, étant donné que le fait que le professeur accepte ou rejette le prineir
l'existence de Dieu affecte singulièrement la croyance reli gieuse; étant donné, en outre, que, en tant qu'il s’agit de la formation morale de l'enfant, il y a toute la différence du monde entre le fait que l’école garde au premier plan les vérités religieuses ou qu’elle les passe sous silence, ou les traite avec indifférence, la liberté de l'éducation, ‘Ce notre présent système, doit être partie intégrante de :a liberté des cultes. Toute tentative pour fou!:r aux pieds l’une foule aux p'-ds l’autre.
Ce droit des p. ents est un droit naturel qui a sa source dans le fait de la na: ,sance, et il renferme le droit du père à nourrir, vêtir, élever ses enfants physiquement, intellectuellement et moralement. A ces droits correspondent des devoirs, que les parents ne peuvent ignorer, auxquels ils ne peuvent se soustraire. Tout empiètement de l’État sur cés droits ou toute ingérence gouvernementale à l'égard de ces devoirs, constitue une violation des libertés qui viennent de Dieu et que nous avons héritées de ceux qui ont donné à l’Amérique son indépendance nationale. Ceci ne signifie pas cependant que l’État n’a aucune compétence comme éducateur et qu’il n’a pas de fonctions légitimes à remplir dans le domaine de l’éducation. La fin pour las uelle il existe, savoir : la protection des droits privés et la promotion de la paix et dr bonheur dans la société, comporte pour lui le droit et I devoir de s’intéresser activement, selon des limites bien définies, à la formation de ses citc /ens. S'il faut toujours s'attendre à ce qu'i encourage et facilite l’œuvre des bureaux privés d'éducation, et à ce qu'il parachève les efforts accomplis en ce sens par les citoyens, il y a des occasions où l’État doit agir, pour que ses sujets soient de dignes citcyens et votent en connaissance de cause. L'État a done le droit de bâtir des écoles; il peut rendre l'éducation obligatoire, et prendre tous les autres moyens légitimes de se protéger contre l’ignorence et tout ce qui s'ensuit. C'est-à-dire que son action dans l’ordre de l'éducation se justifie dans la mesure où elle est nécessaire pour promouvoir le bien commun ou pour sauvegarder ses propres intérêts vitaux,
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lesquels courent un risque seulement lorsque l'enfant, de par la négligence de ses parents, ne reçoit pas l'éducation à laquelle il a droit et qui lui est nécessaire.
Mais l’État ne peut aller au delà de ces limites sans fouler aux pieds les droits de ses sujets. Il peut encourager et promouvoir l'éducation, mais ceci n’entraîne pas un monopole. Il peut pourvoir à ce qu'il y ait des écoles pour recevoir les enfants qui,sans cela, grandiraient dans l'ignorance, mais ceci est un droit supplémentaire et non primordial. Il peut employer la contrainte scolaire à l'égard de tels enfants; mais là où les parents font donner à leurs enfants l'éducation convenable, il ne peut pas les forcer à les envoyer dans les institutions qu’il a établies, comme il ne peut non plus s’arroger le droit exclusif d’enseigner. Et tout cela, parce que l'éducation est un droit qui ar-nartient aux parents et non un droit politique; parce que l’État existe pour promouvoir le bien et protéger les droits de ses citoyens, non pas pour se dresser à l'encontre
eurs privilèges ni leur causer détriment. Toute doctrine sérente de celle-ci ne peut venir que de ceux qui ignorent L droits de l’homme ou s’en inquiètent peu, et qui se pi occupent encore moins des fonctions légitimes d’une démocratie constitutionnelle. En regard de ces principes, inspirés d’une sage philosophie politique, le gouvernement civil, er Amérique, doit être accusé d’empiètements sur les droits et les libertés de ses citoyens. Son action indiscrète, son ingérence dans le champ do l’'éducation constituent une menace extrêmement sérieuse; car il n’est pas de monopole plus dangereux que celui qu’un État despotique exerce sur l'esprit de ses peuples.
C’est donc sur ce point précis que doit se porter la réaction; c’est par là que doit commencer l’œuvre de réforme. Si nous voulons que la nation se détourne de la voie qui mène vers l’autocratie, elle doit restreindre ses activités dans tous les domaines qui ont pour objet la vie du peuple, et spécialement dans ce qui regarde les écoles où se forment ses enfants. Il faut que soient abolies les tendances vers la nationalisation, la centralisation de l’éducation; abolis
ces bureaux et ces commissions d'éducation qui se succèdent à eux-mêmes, qui ne représentent pas le peuple et ne sont pas responsables au peuple; il faut que le contrôle de l’éducation soit remis aux mains des parents auxquels il appartient de façon naturelle et primordiale. C’est une virité qui ne saurait être trop souvent répétée, que les plus valeureux défenseurs du pays sont ces parents qui font élever leurs enfants dans les écoles où Dieu est reconnu et où la formation religieuse occupe la place d’honneur. Ces écoles, qui sont les seules écoles du pays qui soient en harmonie avec nos traditions nationales, sauvegardent les droits du citoyen parce qu’elles mettent en relief sa dignité humaine, et, finalement, elles seront pour l’État, une source de vie et de force, quand tout le mécanisme gouvernemental et les établissements officiels auront tait banqueroute.
Que l’État cesse donc de s’ingérer de façon déraisonneble dans l'éducation, car son ingérence ne pourra qu’entraver nos écoles dans leur œuvre si nécessaire et si salutaire. Qu'il redonne à ses sujets, dans le domaine de l’éducation et dans tous les autres champs d'activité, la liberté la plus complète d'accord avec le bien général : car ce serait de sa part folie que d’adopter une politique de tyrannie, pour l’abol tion de laquelle il a dépensé tant de sang et tant de trésors; et il encourrait justement le reproche d’hypocrisie, en proclamant à la face du monde entier les principes démocratiques tout en faisant violence, chez lui, à l’esprit et au génie de ses propres institutions démocratiques. ;
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