TRAITEMENT
Ce que nous avons dit quand nous avons traité de la symptomatologie démontre que le traitement doit varier avec la période où
se trouve le kyste. Il y a deux choses à faire entrer en ligne de compte dans le traitement ; 1® le kyste lui-même, 2® ses complications.
Dans la première période, les complications sont nulles ou peu graves; le rôle du chirurgien est de lutter contre elles, toutes les fois qu’elles se produisent, pour en modérer la gravité. S’il se développait une iritis, des instillations d’atropine :
^ Sulfate neutre d’atropiue ... 2 milligrammes.
Eau distillée 10 grammes.
7 OU 8 gouttes introduites en vingt-quatre heures entre les paupières, des lotions avec de l’eau de guimaume tiède, le repos de l’œil derrière un bandeau noir flottant, et qui ne cause pas l’occlusion forcée des paupières, suffiraient le plus souvent. Si les accidents ne cèdent pas, un purgatif, une application de sangsues à l’apophyse mastoïde, une ventouse à la nuque, et au besoin une saignée générale, juguleront l’inflammation pendant la première période. Nous n’avons énuméré tous ces moyens, dont les derniers sont au moins d’un usage restreint dans les cas de ce genre, que pour n’avoir plus à y revenir.
Nous remarquerons qu’ils ne peuvent avoir d’influence que sur les complications; ils peuvent peut-être retarder quelque peu la marche du kyste, mais ils ne peuvent pas le guérir. Que doit-on faire pour le kyste lui-même? Tous les auteurs, MM. Mackenzie, Combessis, en particulier, conseillent l’expectation à cette période. En effet, l’œil a conservé presque complètement ses fonctions, et les complications paraissent rarement à cette époque.
Nous nous rangerons à l’avis de cet autorité , pensant qu’il serait toujours très-compromettant de faire une opération pour une tumeur à peine visible, et sur laquelle les instruments auraient peu de prise. On doit rencontrer bien peu souvent des kystes au début; c’est dans la deuxième période qu’ils viennent réclamer les secours de l’art contre une diminution de la vision ou une inflammation
1860. — Guépin.
oculaire qui s’accompagne de photophobie et de névralgie cifcumorbitaire. Mais, quand une fois le kyste fait une saillie considérable dans la chambre antérieure, quand il est cause de complications, la question est tout à fait changée, et l’intervention chirurgicale est souvent nécessaire.
Dans la seconde période, l’iris est déjà malade. Si, pour une cause ou pour une autre, le malade ne veut se prêter à une opération qui seule peut le guérir, on peut encore, par un traitement antiphlogistique, par l’emploi des narcotiques, calmer ses douleurs pour un temps plus ou moins long; les moyens que nous emploierions sont ceux que nous avons déjà indiqués, et, suivant le retentissement de l’affection de l’œil sur l’état général, nous insisterions plus ou moins sur les émissions sanguines. Quelques réserves sont nécessaires. Chez les sujets débilités, nous aimerions mieux employer le calomel à doses fractionnées; si les douleurs revenaient périodiquement, ou plutôt si une rémission des douleurs se produisait dans la journée, pour être suivie d’exacerbation nocturne, on pourrait essayer le valérianate de quinine, qui réussit souvent à calmer les douleurs névralgiques de l’œil, dans les cas d’irido-choroïdite. Le sulfate de quinine donne des résultats analogues, mais moins rapidement, et ses effets sont moins marqués.
C’est là tout le traitement médical applicable aux kystes de l’iris. M. Stœber l’a essayé sans résultat, et il a dû en arriver à une opération.
L’opération est donc le seul traitement radical du kyste et de ses complications. Quand il en existe, les auteurs ont proposé différents moyens : la ponction simple du kyste, la division de sa paroi antérieure, l’excision de cette paroi, et enfin l’excision du lambeau d’iris qui porte le kyste, tels sont les procédés qui ont été mis en usage.
La ponction simple ou avec déchirure de l’enveloppe avec une aiguille, c’est le procédé qui a été employé le plus souvent; les chirurgiens anglais y ont presque toujours eu recours. On voit dans les faits qu’ils ont publiés, et on pouvait facilement le prédire, que
les kystes ne guérissent que par la suppuration de leurs parois, et pour arriver à cette suppuration qui ferme la cavité, il faut en moyenne 3 ou 4 ponctions. M. Dixon a pratiqué 5 ponctions à la malade dont il a donné l’observation; la dilacération de l’enveloppe n’a pas même empêché une dernière récidive. Et il ne faut pas croire que la ponction du kyste soit une opération sans conséquence: dans le cas de M. Dixon, il y eut une cataracte cau«‘^e par une blessure de la capsule antérieure; M. Wharlon Jones a vu, à la suite de la ponction, un abcès de l’iris se faire jour à travers la sclérotique.
Enfin, dans tous les autres cas, il y a eu une suppuration du kyste, et on serait heureux si l’on arrivait à la produire à la première ponction.
La discision de l’enveloppe est placée tout à côté : comme résultats, on ne peut pas toujours être certain de faire suppurer la paroi du premier coup.
M. Mackenzie conseille l’excision de la paroi antérieure du kyste. Pour cela, il fait une large incision à la cornée; puis la paroi antérieure est saisie soit avec un crochet, soit avec une pince capsulaire, on l’attire en dehors de la cornée, et elle est excisée avec des ciseaux.
M. Mackenzie ne dit pas qu’il ait employé ce procédé. Nous croyons que ce doit être là une opération laborieuse très-délicate; souvent on romprait le kyste, si les parois sont délicates, et, si elles sont résistantes, on doit entraîner l’iris.
Quant aux conséquences de l’opération, on pourrait craindre avec raison une iritis grave; mais supposons que cette complication n’ait pas lieu. Quelques fibres iriennes , repoussées par la tumeur, reprennent leur place après l’opération, et on devrait avoir à la place du kyste une espèce de cul-de-sac à gorge rétrécie, formée par le reste de l’enveloppe du kyste; cette cavité ne peut se fermer que par suppuration. Les conditions du malade sont donc les mêmes qu’après la ponction ou la discision.
Nous arrivons maintenant à l’excision de l’iris et du kyste, qui a
été pratiquée trois fois : une par M. White Cooper, et les deux autres par M. Desmarres. Dans ces trois cas, les malades ont été guéris d’un seul coup et sans accidents consécutifs. INous ne concluons pas que l’excision de l’iris ne peut jamais causer d’accidents; mais, à coup sûr, on pensera qu’elle donne au moins d’aussi bons résultats que les autres procédés employés. M. Wharton Jones a parlé de la pratique désastreuse d’exciser les kystes avec le lambeau d’iris qui les porte, et dans la 2® édition de son livre nous n’avons pas trouvé les résultats de cette pratique qu’il signale après l’observation du cas qu’il a soigné.
De plus, le meilleur moyen d’arrêter une irido-choroïdite grave, c’est une excision de l’iris.
Pour ces deux motifs, si nous nous trouvions en présence d’un kyste de l’iris abolissant la vue ou causant de vives douleurs, nous choisirions l’excision d’un lambeau de l’iris, opération qui, par ellemême, est sérieuse, mais qui n’a pas tous les inconvénients que lui attribuent les chirurgiens anglais dans les cas de kyste. La pupille est déformée, il est vrai; mais l’œil est à l’abri des inflammations, une fois qu’il est guéri de l’opération elle-même.
En résumé, nous n’emploierions que deux moyens : l’expectation ou des moyens médicaux dans les cas où le kyste ne cause ni douleurs ni accidents, et l’excision en cas contraire. Nous craignons trop les suppurations de l’iris pour les provoquer, et l’innocuité de l’excision de l’iris pourrait, dans notre esprit du moins, faire beaucoup pencher la balance en faveur de cette opération’.