‹ Des kystes du canal de NückChapitre 10 sur 20 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Communication à la Société anatomo-clinique de Lille, par le D' Adrien Besson,

(Journal des sciences médicales de Lille, 26 mars, 1898).

Le 16 février 1898, est amenée à l'hôpital Sainte-Eugénie,dans le service de M le professeur Duret, salle Saint-Augustin, la nommée D... Julie, quarante-huit ans, ménagère. Elle habite la banlieue de Lille et nous arrive d'urgence avec le diagnostic de hernie inguinale étranglée.

L'on constate à larégion inguinale droite une tumeur oblongue, du volume d’une petite orange, irréductible; elle est à peine

! Kerbiriou, sur les Kystes du canal de Nuck, Paris, 1900.

NE pue

douloureuse ; il n'y a pas de vomissements, pas de symptômes généraux, pas de fièvre; la malade a encore été pendant la nuit à la selle : une intervention immédiate est done différée, Mais l'examen nous avait amené à faire une découverte autrement importante, en nous révélant la présence d’une grosse tumeur abdominale médiane, dure, faisant corps avec l'utérus, l’interrogatoire nous apprenait que la malade perdait à peu près conslamment du sang depuis six mois : le diagnostic de fibrome fut porté. Dès lors, l'importance de la hernie s'effaçait devant celle de la tumeur abdominale, et un second examen de la tumeur inguinale ayant fait porter le diagnostic de hernie épiploïque, la cure radicale ne devait être que le dernier épisode de l'intervention principale. Voici quels étaient les caractères de la tumeur inguinale : oblongue, du volume d’une petite orange, s'étendant obliquement de l'orifice inguinal externe à la partie supéro-externe de la grande lèvre correspondante, absolument irréductible, légèrement douloureuse, mate, offrant un certain degré de résistance, à peu près invariable dans les efforts de toux, absolument mobile sous la peau.

M. le professeur Duret pratiqua, le 1° mars, l’hys{érectomie abdominale totale ; le fibrome pesait 2 kg. 650. Mais la laparotomie permit de constater que ni l'intestin, ni l'épiploon n'entraient dans la constitution de la tumeur inguinale; bien plus, il n'existait aucun orifice continuant la cavité périlonéale dans le canal inguinal, L'opinion fut aussitôt émise qu'il s'agissait d'un kyste du canal de Nück. L'incision sous-ombilicale médiane fut prolongée en crosse jusqu'à l’orifice inguinal externe, et permit en effet d’apercevoir le kyste, s'étendant de la partie supéroexterne de la grande lèvre à l’orifice inguinal externe, où sen extrémité supérieure était comme enclavée entre les piliers du canal. L'extirpation fut immédiatement pratiquée et'la poche enlevée en totalité.

Reprenant l'interrogatoire de la malade, celle-ci nous donna alors les détails suivants :

Elle avait remarqué, il y a quatre ans, à la région inguinale droite, la présence d’une tumeur, tout d’abord de la grosseur

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d’une noisette, mais qui, progressivement, atteignit le volume d’un œuf de poule. Elle n'en ressentait aucune gêne, et, fait très intéressant, pendant les trois premières années, la tumeur disparaissait complètement dans la position horizontale, tandis qu'elle reparaissait aussitôt dans la position verticale, Il y a un an, après un coup reçu à ce niveau et un surmenage physique de plusieurs jours (par sa profession de lessiveuse), la malade ressentit de violentes douleurs dans la région inguinale et la tumeur devint douloureuse. Ces phénomènes inflammatoires se dissipèrent en une semaine; mais depuis, la tumeur devint absolument irréductible et ne disparut pas dans le décubitus. Il y a trois semaines environ, les mêmes phénomènes inflammatoires se reproduisirent dans les mêmes circonstances, et c'est alors qu'après plusieurs Laxis infructueux, le médecin appelé envoya la malade à l'hôpital Sainte-Eugénie, avec le diagnostic de hernie inguinale étranglée.

Le diagnostic de kyste du canal de Nück n'est pas ici douteux : l'enclavement de la partie supérieure entre les deux piliers, sa situation dans le trajet du canal inguinal, sa terminaison à Ja partie supéro-externe de la grande lèvre, sa forme ovoïde, sa rénitence, sa matité, son irréductibilité, son indolence, son défaut d’impulsion à la toux, ne permettent aucun doute. Fait extrêmement curieux et très important au point de vue du diagnostic, le kyste communiquait au début avec la cavité péritonéale, dans laquelle il se vidait par la position horizontale : c'était alors une hydrocèle irréductible, congénitale, le canal de Nück n'étant pas oblitéré à sa partie supérieure, Il y a un an, la tumeur ne se réduisit plus; la fermeture de l'orifice supérieur s'était produite et l’hydrocèle était maintenant enkystée; c'était un kyste du canal de Nück.

Les suites opératoires n’ont présenté aucun incident.

Passons maintenant à l'étiologie de ces kystes. Nous ne trouvons rien de bien précis à ce sujet dans les observations que nous avons pu recueillir : les chirur-

Han De glens, qui ont opéré des malades porteurs de cette affection, ne lui reconnaissent aucune cause bien nette ; quant aux malades elles-mêmes, elles l’attribuent par‘ fois à un traumatisme, parce que ce dernier les a fait s'apercevoir indirectement de la tumeur dont elles étaient déjà attemtes depuis longtemps sans le savoir.

Les causes générales des maladies, telles que le tempérament, l'hérédité, le climat, ne paraissent avoir ici aucune Influence, Il en est de même pour l’âge.

Nous trouvons cependant, dans la thèse du D' Paur Narsonxe!, une slalistique de WECKSELMANN et une autre de Corey, se rapportant à l’âge des sujets, mais elles nous montrent simplement que c'est de quinze à soixante ans, c'est-à-dire pendant la période de la vie génitale, que la femme est la plus sujette à cette affeclion.

WECKSELMANN, sur 45 cas, a trouvé :

1 Cas à 6 mois;

1 Cas à 2 ans 1/2 ;

> cas à 6 ans;

1 Cas à 9 ans;

I Cas à II ans;

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