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trois ont été parfaitement normales ; elle a toujours accouché à terme et dans d’excellentes conditions. Ses enfants sont tous vivants, bien constitués, en parfaite santé; seule la petite Julie l’inquiète, car elle ne sait à quoi attribuer l’affection dont elle est atteinte.
Julie B... est une belle fillette, bien développée pour son âge. Elle n’a jamais eu, me dit sa mère, que de légères indispositions et, il y a deux ans, la coqueluche. En l’examinant attentivement, je ne trouve ni traces de cicatrices, ni engorgements ganglionnaires. À l’auscultation des poumons et du cœur, je ne trouve également rien. Nourrie au sein jusqu’à l’âge de quatorze mois, elle n’a jamais éprouvé de difficultés lors de la succion. Elle n’a jamais ressenti la moindre qêne dans la mastication et la déglutiion ; lorsqu'elle a mangé. Elle a parlé un peu tard, il est vrai, vers l’âge de dix-huit mois environ, mais cette particularité n’apas grande importance, car on la retrouve chez ses deux aînés,
IL ÿ a un an, ses parents remarquèrent qu'elle déglutüissait très fréquemment, et qardait souvent la bouche entr'ouverte, la pointe de la langue faisant légèrement saillie au dehors. Ne constatant absolument rien d’anormal dans sa bouche, ils supposèrent que l'enfant avait «un tic ». Ce n’est que depuis six mois environ qu’ils erurent s'apercevoir d’une augmentation dans le volume de la langue.
Aujourd'hui, la bouche est entr'ouverte, et la langue qui fait saillie entre les arcades dentaires légèrement déviées, peut cependant, lorsque l'enfant le veut, être ramenée en arrière. On ne constate aucun trouble de la respiration, La déglutition s’effectue d’une façon à peu près normale, mais la mastication est assez pénible et s'opère très lentement. La phonation paraît troublée, car l'enfant parle très lentement et souvent d’une façon peu distincte.
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À l’examen de la langue, lorsque la bouche est largement ouverte, on constate que la pointe de l’organe a conservé ses caractères normaux, tandis que sa partie postérieure a notablement augmenté de volume. Exactement sur la ligne médiane, à peu près au niveau du foramen cœcum, on voit une saillie de la grosseur d’une amande environ, Des deux côtés de cette saillie, les bords de la langue ont peut-être une épaisseur un peu plus grande que normalement, mais cette épaisseur n’est pas plus prononcée d’un côté que de l’autre.
En cherchant à se rendre compte de la consistance de cette tumeur, on pouvait constater qu'elle était assez molle et paraissait fluctuante en tous ses points. Le doigt appuyé fortement à sa surface n’y laissait aucune dépression persistante. Durant toutes ces manœuvres, la fillette n’accusait aucune douleur.
La tumeur me paraissant trop profondément située pour s’être développée dans l'une des glandes muqueuses de la langue, je pensai à un kyste dermoïde ou mucoïde. Ces kystes réc:divant à coup sûr lorsqu'on ne les extirpe pas complètement, je proposai à Mme B... une petite opération. Mais elle n’en voulut à aucun prix, resta sourde à toutes les raisons que j'essayai de lui faire valoir, et me supplia de tenter autre chose pour la quérison de son enfant. Ne pouvant faire mieux, je proposai alors de pratiquer une ponction, sans cependant promettre le succès. Après bien des hésitations encore Mme B... y consenti.
Avec une seringue de Roux, je retirai quelques grammes d’un liquide absolument semblable à du mucus et ne paraissant pas aéré. La tumeur s’étant affaissée après l'issue de cette petite quantité de liquide, j'y injectai quelques gouttes de naphtol camphré. Depuis, je n’ai pas revu Julie B..…. Mais il est fort probable que sa tumeur
linguale à récidivé.
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Examen du liquide. — En examinant au microscope le liquide retiré de ce petit kyste, je vis qu’il tenait en suspension un certain nombre de leucocytes, de rares hématies, quelques granulations amorphes, et surtout des cellules épithéliales cylindriques. Ces dernières étaient en très grand nombre, et on en trouvait dans toutes les préparations, L'une de leurs extrémités paraissait effilée, tandis que l’autre présentait un plateau peu épais, finement strié. Très rapproché de l'extrémité effilée, le noyau était fortement coloré par le picro-carmin. D’un certain nombre de ces cellules se détachaient des prolongements extrêmement ténus, qui étaient probablement des cils vibratiles.
OBsERvATION II
Kyste mucoïde canaliculé de la région sus-hyoïdienne. Due à l’obligeance de M. le professeur agrégé Princeteau, chef des trayaux anatomiques à la Faculté de médecine, chirurgien des Hôpitaux de Bordeaux,
L... est une belle jeune fille de seize ans, qui ne présente aucun antécédent ni personnel ni héréditaire. A l’âge de sept ans, elle s’est aperçue qu’elle portait une petite tumeur de la grosseur d’un pois dans la région sus-hyoïdienne, sur la ligne médiane, à trois centimètres en arrière de la symphyse du menton, c’est-à-dire, à peu près à égale distance de cette symphyse'et du bord supérieur de l'os hyoïde. Cette petite tumeur enlevée par deux médecins de campagne, il y a de cela cinq ans, a récidivé presque aussitôt. Aujourd’hui, cette jeune fille se présente à nous avec une cicatrice difforme et transversale du milieu de laquelle émerge une tumeur rougeâtre du volume d’une cerise. La surface de cette grosseur
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est recouverte par des plaques desséchées et imbriquées d’épithélium. Ces plaques enlevées ne permettent pas d’apercevoir le moindre orifice, ni de constater le plus léger suintement. Une piqûre pratiquée au milieu de cette petite tumeur avec une aiguille très propre, provoque l'issue de deux ou trois gouttelettes d’un liquide clair et légèrement visqueux. Si l’on cherche à se rendre compte des connexions profondes de la saillie qui existe au-dessous du menton, on s’aperçoit qu’elle doit être reliée à la base de la langue ou à la face antérieure de l’épiglotte. Lorsqu'on saisit, en effet, entre l'index et le pouce, toute l’épaisseur des parties molles qui constituent le plancher de la bouche au-dessus de la petite tumeur qui déborde la surface cutanée de la région sus-hyoïdienne, on sent très nettement un tractus fibreux, ou pour mieux dire, comme un pédicule qui s’enfonce profondément vers la base de la langue. Si pendant qu’on accomplit cette manœuvre, on ordonne à la malade d'exécuter un mouvement de déglutition, on s’aperçoit que les doigts, ainsi que la tumeur qu’ils embrassent, sont attirés en haut. |
C’est sur ces données qu’est établi le diagnostic de kyste congénital récidivé de la région sus-hyoïdienne, avec adhérences à la base de la langue.
L'opération est pratiquée quelques jours après l’admission de la malade. Elle consiste en deux incisions transversales curvilignes, destinées à circonscrire l’ancienne cicatrice ainsi que la petite tumeur qui la surmonte. Ce premier pas fait, M. le professeur Demons dénude avec le plus grand soin la tige fibreuse qui s’enfonce dans le plancher de la bouche et la poursuit en la disséquant avec l’extrême pointe des ciseaux jusqu’à son extrémité libre, à travers les muscles mylo-hyoïdiens, génio-hyoïdiens et génio-glosses, dans l’épaisseur desquels elle venait se perdre. Le résulat de l’opération est un véritable puits creusé de bas en haut et d’avant en
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arrière, dans la région sus-hyoïdienne. Par l’ouverture qui reçoit extrémité de l’index, on peut assez facilement aller sentir la face antérieure du fibro-cartilage de l’épiglotte. L'opération terminée, on fait la suture au crin, à laide de quatre points superficiels, et l’on met un tout petit drain. Les choses se passent admirablement bien après l’opération; la tête est maintenue par un bandage approprié dans la demi-flexion pour éviter tout tiraillement sur les sutures.
Deux jours après le petit drain est retiré, et le quatrième jour qui suit l’opération, les points de suture sont enlevés, Les pansements sont continués pendant dix jours encore, mais la réunion est parfaite et ne fait qu’achever de se consolider. Pendant toute cette période, la température a été absolument normale,
La malade qui depuis, est revenue se montrer à la clinique, semble complètement quérie.
Examen des pièces anatomiques. — Les parties enlevées consistent en un fragment cicatriciel qu'accompagne la petite tumeur mollasse, de la grosseur d’une cerise environ, que nous avons déjà décrite. La face profonde de cette tumeur est en continuité avec une petite tige d’apparence et de consistance fibreuses. La longueur de cette tige est de vingt-trois millimètres et son épaisseur de cinq millimètres environ.
Examen histologique. — Cette pièce immergée dans l'alcool absolu immédiatement après son extirpation, est soumise à des coupes méthodiques après durcissement convenable. Il nous est permis de constater une structure tout à fait différente suivant les points examinés. Les résultats fournis par lexamen des coupes de la tumeur sont tout à fait différents de ceux que nous offrent les coupes transversales et longitudinales de la tige dans
toute sa hauteur. Aux deux portions principales de la pièce qui nous occupe répondent donc deux dispositions histologiques différentes.
Les coupes de la portion qui se trouvait en saillie en dehors de la peau démontrent que la surface est tapissée par un épithélium pavimenteux stratifié añaloque à celui du revêtement cutané. Cet épithélium envoie des prolongements nombreux, d'épaisseur et de longueur variables dans l'intimité du stroma, lequel est constitué par du tissu conjonctif embryonnaire en majeure partie. A côté du tissu embryonnaire se trouvent quelques fibres de tissu conjonctif adulte, et l’on observe, irrégulièrement disséminées dans le stroma, des lacunes sans paroi propre, remplies de globules sanguins. Dans le voisinage de la surface épithéliale etvenants’y ouvrir, on peut remarquer sur la coupe, deux ou trois grosses glandes sébacées dont les cellules glandulaires gorgées de matière granulo-graisseuse laissent à peine entrevoir leur noyau.
Les coupes de la tige dans toute sa hauteur révèlent l’existence de neuf à dix canalicules de dimensions diverses et de structure semblable. Ces canalicules qui se rapprochent ou s’éloignent les uns des autres suivant les points où a porté la coupe, sont plongés dans un tissu qui présente des caractères nettement différenciés. C’est du tissu connectif très dense au milieu duquel on aperçoit la coupe transversale de nombreuses fibres musculaires striées. Quelques-unes de ces fibres très fines se présentent suivant leur axe longitudinal. Quant aux conduits dont nous avons parlé, il en existe deux assez volumineux. Ils sont situés dans un plan plus où moins central par rapport à l’axe de la tige fibreuse et se rapprochent ou s’éloignent l’un de l’autre suivant les coupes. La paroi de tous ces conduits est formée par des lamelles concentriques de tissu conjonctif, divisées en deux couches. La couche la plus externe est formée de lamelles
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assez épaisses et assez fortement colorées par le picrocarmin. La couche interne est formée de lamelles très fines sur lesquelles la matière colorante a imprimé une couleur à peine rosée,
La lumière de ces conduits est presque tout entière remplie par un épithélium de forme et d’aspect particuliers. Les cellules sont petites, transparentes, et pourvues d’un noyau petit, mais très net et assez fortement coloré.
Ces cellules ont un aspect différent suivant Le plan dans lequel les a saisies la coupe histologique. En certains points, probablement couchées les unes contre les autres, soit par le durcissement de la préparation, soit par la pression du microtome, elles ont été prises perpendiculairement à leur grand axe et se présentent sous la forme de petites cellules polyédriques stratifiées à trois ou quatre couches et forment une mosaïque des plus régulières. En d’autres points, au contraire, où les cellules ont été prises parallèlement à leur grand axe, on voit des cellules allongées dont la petite extrémité est tournée du côté de la paroi et la grosse du côté de la lumière du conduit. Ces cellules, comme les précédentes, sont très claires et ont leur centre occupé par un noyau allongé. A la surface libre de toutes ces cellules, il existe un piqueté assez abondant de granulations très fines et colorées qu’il faut considèrer à cause de sa régularité comme des cils vibratiles altérés et brisés par la préparation.
De cet examen il faut donc conclure que nous avons affaire à un kyste mucoïde congénital canaliculé de la région sus-hyoïdienne, avec pédicule se perdant dans la base de la langue.
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OBsErRvaTION III
Kyste mucoïde fthyro-hyoïdien, Rédigée d’après les notes fournies par M.G. Liaras, interne des Hôpitaux, et l’examen histologique pratiqué par M. le D: G. Carrière, chef de Clinique médicale à la Faculté de médecine de Bordeaux.
Marie X..., âgée de 19 ans, se présente à l'hôpital Saint- André le 10 septembre 1895, pour être débarrassée d’une petite tumeur siégeant à la partie antérieure du cou, et est admise dans le service de M. le D' Dudon.
Dans ses antécédents héréditaires, on ne trouve rien à signaler. Ses parents ont toujours joui d’une excellente santé, et aucun des membres de sa famille n’a jamais présenté de tumeur analogue. Elle-même n’a jamais été malade, et paraît absolument indemne de syphilis ou de tuberculose. Grande et forte, elle a toutes les apparences de la santé la plus robuste.
Il y a un an environ, elle s’aperçut de la présence audevant de son cou d’une petite tumeur, grosse à peu près comme un pois, et roulant sous la peau. Peu à peu cette tumeur s’est développée, et c’est cette augmentation progressive de volume qui l’inquiète et la détermine à réclamer les secours de la chirurgie.
On trouve, en effet, immédiatement au-dessous de l'os hyoïde, dans l’espace thyro-hyoïdien, un peu à droite de la ligne médiane, une tumeur dont les dimensions rappellent à peu près celles d’une noix. Au-dessus d’elle, la peau qui a conservé ses caractères normaux, est absolument mobile.
Cette tumeur qui accompagne le larynx dans les mouvements de déglutition, a une consistance un peu molle, et ne paraît pas très manifestement fluctuante. Saisie