‹ Des Kystes du Canal Thyro-Lingual: Contribution à l'Étude des Affections Congénitales de la Langue et du CouChapitre 12 sur 30 · SMART · texte numérisé non relu

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entre le pouce et l'index, elle peut être mobilisée dans le sens latéral, mais il est absolument impossible de l’élever ou de l’abaisser.

La malade affirme que durant toutes ces manœuvres elle n’éprouve aucune douleur, etque d’ailleurs, sa tumeur a toujours été absolument indolente. Jamais elle n’a éprouvé la moindre gène de la respiration, de la déglutition et de la phonation. La difformité seule qui résulte de la présence de cette tumeur en une région aussi découverte l’ennuie et lui fait désirer une prompte quérison.

M. le professeur agrégé Princeteau, suppléant en ce moment M. le D' Dudon, porte le diagnostic de kyste thyro-hyoïdien développé aux dépens de la pyramide de Lalouette,

La malade étant endormie et toutes les précautions antiseptiques prises, M. le D' Princeteau pratique une incision verticale occupant le milieu de la tumeur et dépassant légèrement ses limites supérieures et inférieures. Arrivé sur les muscles sterno-hyoïdiens 1] les écarte, et aperçoit alors la tumeur, qui présente un aspect blanc jaunâtre et absolument lisse, et de forme tout-à-fait réqulière. L’énucléation tentée à ce moment, ne peut être obtenue, @t M. Princeteau constate que du sommet de la tumeur part une sorte de tractus fibreux, véritable pédicule très court, qui va s’insérer sur le bord inférieur de l’os hvoïde. Cette insertion est soigneusement détachée en rasant absolument la surface de l'os, et il est alors possible d’abaisser la tumeur et de la détacher du plan sous-jacent, sans cependant l’enlever complètement, car elle semble adhérer par sa partie inférieure aux tissus environnants. Portant son attention de ce côté, l’opérateur reconnaît bientôt que cette adhérence n’est autre chose qu’une continuité parfaite de la paroi de la tumeur, avec la pyramide de Lalouette, de telle sorte que cette

dernière semble s’être dilatée à sa partie supérieure

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pour constituer le kyste en présence duquel on se trouve. Une ligature au catqut placée immédiatement au-dessous du kyste, sur la pyramide, cette dernière est sectionnée et le kyste enlevé. Pendant ces diverses manœuvres, la paroi de ce dernier ayant été perforée, on vit s’écouler un liquide séro-sanguinolent au milieu duquel se trouvaient quelques granulations qui malheureusement n’ont pu être examinées.

L’hémostase rapidement et soigneusement faite, M. Princeteau sutura les tissus profonds au catgut, la peau au crin de Florence, et appliqua sur la plaie un pansement antiseptique.

Les suites opératoires furent excellentes ; la température demeura normale, et dix jours après, la ligne d’incision était complètement cicatrisée.

Examen histologique. — Placé dans l'alcool absolu immédiatement après son extirpation, ce kyste nous fut remis par M. Liaras que M. le professeur agrégé Princeteau avait instruit de nos travaux sur cette question. Notre ami, M. le D' G. Carrière, chef de clinique médicale à la Faculté de Médecine, qui plus d’une fois nous a fait profiter de ses grandes connaissances en anatomie pathologique, voulut bien en faire l'examen microscopique et nous communiquer les notes nécessaires pour compléter cette très intéressante observation.

Vues à un faible grossissement, les préparations colorées par le procédé à l’hématéine alunée-éosine, présentent à considérer une cavité et une paroi. Cette dernière est constituée par une couche de tissu fibro-conjonctif ondulé, renfermant des cellules embryonnaires à noyau fortement coloré et des vaisseaux volumineux, remplis de sang, à parois normales. Au fur et à mesure qu’on se rapproche de la cavité du kyste, les éléments fibro-conjonctifs sont plus tassés, plus serrés les uns contre les autres,

et l’on distingue dans cette couche quelques fibres musculaires lisses à noyaux très énergiquement colorés. De distance en distance, dans l'épaisseur de cette paroi, on trouve des cavités lacunaires séparées par de minces tractus conjonctifs, et renfermant de nombreux globules sanguins. On trouve ces cavités jusqu’au voisinage intime de la paroi épithéliale qui tapisse la cavité interne du kyste. En certains points même, ces cavités soulèvent la paroi interne en formant une sorte de bourrelet, et à ce niveau les tractus conjonctifs qui les séparent renferment des cellules embryonnaires à noyaux très vivement colorés. Le revêtement interne est constitué par un épithélium qui tantôt est stratifié, c’est-à-dire se présente sous plusieurs couches, tantôt est simple, c’est-à-dire constitué par une seule couche d’éléments cellulaires. Dans tous les cas, ce revêtement interne est très énergiquement coloré, et on distingue très nettement les noyaux des cellules qui le constituent.

A un fort grossissement, la paroi se montre constituée par des cellules conjonctives à noyau allongé, suivant le type ordinaire et par des fibres musculaires lisses. Quant au revêtement interne, de deux choses l’une, ou bien l’épithélium qui le constitue est formé de plusieurs couches de cellules cylindriques ou cylindro-cubiques, dont le noyau est très fortement coloré, (andis que le protoplasma ne l’est que faiblement, ou bien il est formé par une seule couche de cellules nettement cylindriques. Dans tous les cas, la couche la plus interne est toujours eylindrique.

La cavité absolument anfractueuse, présente de nombreux diverticules. Le plus souvent, son contenu a disparu. De distance en distance cependant, on en trouve des restes constitués par des hématies déformées, des leucocytes, des cellules épithéliales desquamées. Ces dernières sont toujours parfaitement limitées. | |

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Les préparations colorées par l’hématéine alunée acide picrique sont plus nettes par ce fait que les éléments cellulaires y apparaissent plus distinctement. La paroi présente les caractères déjà décrits. Le revêtement interne est très nettement constitué en certains points par deux sortes de cellules ; les unes, reposant sur la paroi, sont arrondies ou cubiques ; les autres, les plus rapprochées de la cavité, sont cylindriques et présentent même une sorte de plateau duquel semblent émerger, lorsqu'on fait varier le point; des prolongements filiformes, extrêmement ténus, ressemblant à des cils vibratiles.

Examiné avec un objectif à immersion, cet épithélium apparaît très nettement cylindrique, et présente de distance en distance des cils vibratiles absolument caractéristiques.

De cet examen, il est permis de tirer les conclusions suivantes : Ce kyste est formé par une paroi fibro-conjonctive renfermant quelques fibres musculaires et de nombreux vaisseaux. Cette paroi est tapissée intérieurement par un épithélium cylindrique stratifié en certains endroits, simple en d’autres, duquel se détachent des cils vibratiles. Le contenu de ce kyste renferme des hématies, des leucocytes et des cellules cylindriques cihées, détachées de la paroi.

OBsERvVATION IV

Kyste de la pyramide de Lalouette. Due à M. le Dr L. O’zoux, chef de clinique chirurgicale infantile de la faculté de Médecine de Bordeaux.

Au mois de février 1895, M. D..., conduisit à ma consultation son fils Henri, qui présentait à la partie anté-

rvieure du cou une tumeur dont le volume atteignait à peine celui d’une noisette.

Henri D..., âgé de six ans, a toujours eu, me dit son père, une excellente santé. Il est né à terme et dans de très bonnes conditions. Durant tout le cours de sa qrossesse, sa mère n’a Jamais eu la moindre indisposition. Nourriau sein, il a marché et parlé de bonne heure.

Dans les antécédents de M. D..., et dans ceux de sa femme, je ne relève aucune tare. Du côté de la tuberculose aussi bien que de la syphilis, mes investigations restent infructueuses. De plus, M. D... m’affirme qu'aucun membre, soit de sa famille, soit de celle de sa femme, n’a jamais présenté de tumeur analogue. Six mois à peine se sont écoulés depuis qu’il a remarqué au devant du cou de son enfant, «un petit point dur qui roulait sous la peau» lorsqu'on y appuyait le doigt. Fréquemment le petit Henri y portait la main et prenait plaisir « à sentir courir cette petite boule ». Ses parents, pensant à la présence «d’une glande », y pratiquèrent des onctions quotidiennes à la pommade camphrée. Mais la tumeur augmentant peu à peu, ils se sont décidés à demander l'avis d’un médecin.

Je vois en effet, à la partie antérieure du cou, au-dessous du cartilage thyroïde, à peu près au niveau de la membrane crico-thyroïdienne, une petite tumeur, grosse environ comme une noisette, et paraissant située immédiatement sous la peau. Cette dernière, qui présente en ce point sa coloration normale, estabsolument mobile audessus de la tumeur. Si l’on prend celle-cientreles doigts, on peut lui imprimer des mouvements de latéralité. Mais elle est absolument immobile dans le sens vertical, et on ne peut ni l’élever ni l’abaisser. Ne pouvant m'expliquer ce dernier caractère que par des adhérences supérieures et inférieures, je dirige mesrecherches dans ce sens. En bas, je ne trouve absolument rien. Mais de la partie supérieure, semble partir un petit pédicule qui, grâce à

sa consistance, peut être suivi, et semble remonter au devant du cartilage thyroïde. Au niveau de la base de l'os hyoïde, je perds sa trace, et malgré une palpation très attentive, je ne puis le suivre plus loin.

Par saconsistance, cette tumeur me paraît plutôtliquide que solide. Il m’est impossible d’y découvrir une fluctuation bien franche, mais jy trouve une certaine rénitence.

L'examen général du jeune D... ne me révèle absolument rien. Nulle part, je ne trouve le moindre engorgement ganglionnaire. Le poumon et le cœur fonctionnent normalement. D'ailleurs, l’enfant a toutes les apparences d’une santé robuste.

Pensant à un kyste, mais ne sachant exactement s’il était dermoïde ou mucoïde, je proposai à Monsieur D... d’en pratiquer l’extirpation. L'opération fut acceptée, et rendez-vous pris pour le lendemain.

L’anesthésie obtenue très rapidement à l’aide du chloroforme, je fis une incision verticale dépassant légèrement les limites supérieures etinférieures de la tumeur. Après avoir traversé la peau, le tissu cellulaire et l’aponévrose, je tombai sur une masse arrondie, d'aspect blanc-jaunätre, faisant saillie entre les deux petits muscles sternohyoïdiens qui paraissaient rejetés sur les côtés. Abandonnant l’instrument tranchant, je cherchaiavec les doigts à énucléer la tumeur. Je pénétrai facilement au-dessous d’elle, constatant qu'il n'existait aucune adhérence en ce point ; mais en haut et en bas, je sentis un petit cordon dur, résistant, qui la maintenait fixée dans le sens vertical. Agrandissant alors mon incision, j’arrivai en bas, sur la pyramide de Lalouette, qui se continuait directement avec la tumeur. Après avoir placé une ligature au-dessous de celle-ci, je sectionnai la pyramide: vers son sommet. Il me fut alors facile de relever la petite tumeur qui n’était plus fixée qu’à sa partie supérieure. De ce côté existait un pédicule ayanttoutes les apparences d’un cor-

don fibreux ; grâce à une dissection attentive, je pus Le suivre jusqu’à los hyoïde auquel il adhérait si fortement, que j dus pour l’en détacher, raser absolument la surface de los.

Durant toute l'opération, qui dura à peine vingt minutes, l’'hémorrhagie fut insignifiante. Aussi l’hémostase fut-elle promptement assurée, et n’eus-je pas besoin de laisser un drain dans la plaie, Après quelques points de suture, j'applhquai un pansement salolé.

Les suites de l’opération furent excellentes, et à aucun moment je ne constatai la moindre élévation de température. Cinq jours après, lorsque j’enlevai le premier pansement et les points de suture, la réunion était complète.

Revu tout dernièrement, Henri D... ne présente aucune récidive, et sa cicatrice est à peine visible.

Examen de la pièce.— Lorsque je sectionnai la tumeur pour la mettre dans l’alcool, il s’en écoula un liquide d'apparence muqueuse, légèrement sanguinolent, que je ne pus malheureusement examiner au microscope.

Des coupes de la tumeur, pratiquées à diverses hauteurs, m’ont permis de faire les constatations suivantes :

1° Le pédicule supérieur est constitué par du tissu fibreux.

2° Dans le pédicule inférieur, on retrouve tous les caractères du tissu thyroïdien.

3° La paroi de la cavité kystique est constituée par une couche externe de tissu connectif ou élastique, que tapisse intérieurement un épithélium cylindrique à noyau très vivement coloré. Quelques-unes de ces cellules cylindriques présentent un plateau finement strié. D’autres, présentent des prolongements extrêmement grêles qui ne peuvent être considérés que comme des cils vibratiles.

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