OBSERVATION V
Kyste à épithélium vibratile de la base de la langue. Chaslin. — Société anatomique de Paris, 29 janvier 1886.
J'ai l'honneur de présenter à la Société des préparations provenant d’un kyste de la base de la langue, trouvé à une autopsie faite par M. le professeur Cornil à lHôtel-Dieu. Ce kyste de la grosseur d’un pois, transparent et clair, siégeait sur la partie droite du V lingual. La pièce durcie par les procédés classiques, a fourni des préparations qui ont présenté ce qui suit, après avoir fait les coupes perpendiculairement à la surface linguale,
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La paroi est formée de tissu conjonctif qui est en rapport sur les côtés avec les muscles de la langue; à la partie supérieure la paroi très mince disparaît sur un certain point et la muqueuse linguale est en contact direct avec l’épithélium du kyste. La paroi, dans la profondeur du kyste, estinfiltrée sur une certaine étendue de petites cellules rondes. Ces cellules font très probablement partie d’un amas folliculaire refoulé par le kyste, comme le semble démontrer une des préparations où l’on voit un follicule nettement circonscrit à côté du kyste.
L’épithélium de revêtement est polymorphe. Dans certains endroits plusieurs rangées de cellules, allant comme forme de la circulaire à la cylindrique, supportent une couche de cellules cylindriques basses à plateau surmonté de cils vibratiles. Les noyaux sont bien colorés en rouge par le carmin. Le liquide du kyste n’a pas été examiné, la pièce ayant été immédiatement mise dans lalcool.
Le développement de ce kyste a été mis en lumière par une série de préparations qui ont montré qu’à la partie profonde du kyste il y avait une glande acineuse muqueuse qu'on ne voyait pas sur les premières coupes. On voit nettement, en comparant et en superposant par la pensée ces préparations, que c’est une dilatation aux dépens d’un conduit ou du conduit excréteur de cette glande d’ailleurs intacte, sauf en quelques points. Sur l’une d'elles on surprend un diverticule du kyste qui s’avance vers la glande et on ne voit pas sur cette préparation entre la cavité anormale et la glande de conduit excréteur. Au contraire, sur d’autres, on aperçoit le conduit et sur l’une d’elles on le voit arriver jusque dans la glande, d’une part, tandis que dans une autre coupe, il se dirige, sans s’y aboucher, sur le kyste, et étant dans ce cas manifestement dilaté. L’épithélium qui, sur le conduit excréteur tout près de la glande est normal, est au contraire à plusieurs couches dont une cylindrique
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sur la pièce de raccord anormale, et déjà dilatée ellemême qui aboutit au kyste.
Cette communication a simplement pour but d’ajouter un fait de plus à ceux déjà signalés par Bochdalek, Lutzbeck, Hammerich, Recklinghausen et d’autres auteurs.
OBsERvATION VI
M. Denucé. Kyste congénital de la base de la langue. Ponctions. Cellules épithéliales cylindriques dans le liquide évacué. Communication faite à la Société de médecine et de chirurgie de Bordeaux, 1893.
P... Emile, âgé de six ans et demi, est amené le 27 avril 1893, à la clinique de chirurgie infantile que je dirige à l'hôpital protestant de Bordeaux, pour une tumeur linguale, au sujet de laquelle ses parents, très intelligents, me fournissent des renseignements assez précis. Dans leurs deux familles, ils n’ont trouvé le souvenir d’aucun fait analogue. Tous deux jouissent d’une excellente santé ; l’enfant, né à terme, sans que rien dans la grossesse ou l’accouchement mérite d’être noté, est leur fils unique. La mère n’a pas eu d’autre grossesse. L’enfant n’a jamais été malade et son état général est excellent. Bien que la mère dise se souvenir que l’enfant nourri par elle jusqu’à l’âge d’un an, a souvent semblé éprouver des difficultés pour téter, qu’l ait toujours mangé lentement et avec peine, qu’il n’ait parlé qu’assez tard, vers dix-huit mois, et toujours d’une façon pâteuse, un peu indistincte, 1l n’y a guère plus d’un an qu’on a reconnu l’existence d’une tumeur linquale. Vers cette époque, en effet, on remarqua que l’enfant avait l'habitude de tenir la bouche légèrement entr’ouverte, la pointe de la lan-
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que faisant un peu saillie entre les arcades dentaires. Le médecin de la localité où l’enfant se trouvait alors, consulté, ne constata rien d’anormal, Mais depuis, les parents ont reconnu que la partie postérieure de la langue augmentait de volume progressivement; inquiets de cet accroissement, ils m'amènent le petit malade.
La bouche est un peu entr'ouverte. Les incisives et les canines paraissent légèrement repoussées en avant. La pointe de la langue fait saillie entre les dents, mais l'enfant la retire facilement en arrière. La respiration, la déglutition des liquides sont normales. Les aliments solides sont soumis à une mastication longue et lente, et se passant surtout au niveau des dents médianes. La voix n’est pas très distincte. Sans bégayer, l’enfant s'exprime lentement et avec une voix pâteuse. Il est, d’ailleurs, intelligent et répond bien aux questions qui lui sont adressées. En lui faisant ouvrir largement la bouche, on constate que la pointe de la langue a un aspect normal, mais que sa partie profonde est le siège d’une tumeur assez volumineuse, ayant les dimensions à peu près d’une noix, occupant les deux tiers postérieurs de la langue, plus grosse à gauche qu’à droite, se perdant insensiblement en avant, et en arrière dépassant nettement le pilier antérieur du voile, A ce niveau, l’épaisseur de la langue sur le bord gauche est de deux centimètres et demi et de près de deux centimètres sur le bord droit. Cette tumeur est fluctuante sur toute son étendue. Sa palpation est parfaitement indolente.
Je diagnostique un kyste lingual médian, probablement un kyste du canal de Bochdalek, et sachant que ces tumeurs ne quérissent que par l’ablation complète, je propose cette opération aux parents; ceux-ci se refusent énergiquement à toute intervention chirurgicale, préférant, disent-ils, voir mourir leur enfant que de lui laisser faire une opération. J'essaie en vain de les faire revenir
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sur leur décision et n’obtiens que l'autorisation de faire une ponction aspiratrice, suivie d’une injection modificatrice. Avec l'appareil de Diculafoy, dont j’enfonce l’aiguille sur le bord gauche de la langue, après un badigeonnage de cocaïne, au niveau de la première petite molaire, je retire à peu près une cuillerée à café d’un liquide citrin. La tumeur s’affaisse complètement, mais la palpation permet de reconnaître l’existence autour de l'aiquille de parois assez épaisses et assez consistantes. Je fais alors une injection de 2 grammes à peu près d’éther iodoformé à 10 0/0; cette injection est assez üouloureuse, bien que je laisse presque immédiatement sorür par l'aiguille une partie des vapeurs éthérées. Au bout de deux à trois minutes, je fais échapper le reste des vapeurs qui tendent légèrement la tumeur et retire l'aiguille. Je n’ai plus revu le malade.
Le liquide obtenu par la ponction est citrin, mais pas parfaitement transparent, plutôt opalescent que louche. Sa consistance est huileuse, un peu visqueuse. Il tache une feuiile de papier. Au microscope, on trouve dans ce liquidé quelques leucocytes, des granulations et surtout des cellules épithéliales cylindriques, longues de huit à neuf millièmes de millimètre, laryjes de deux à trois millièmes de millimètre, un peu effilées à une de leurs extrémiés, pourvues de l’autre côté d’un plateau peu épais, finement strié et offrant à leur partie moyenne, mais un peu plus près de l’extrémité eflfilée, un noyau que Île ‘picro-carmin colore en rouge assez vif. Ces cellules sont dans chaque préparation au nombre de deux ou trois ; une préparation en contient même sept. Sur deux ou trois de ces cellules, il y avait encore, attenant au plateau strié, quelques cils longs d’à peu près deux millièmes de millimètre. Les autres en étaient dépourvues.
OBsERvATION VII
Kyste du volume d’une cerise, situé sous le foramen cœcum, à paroi épaisse ayant la structure du tissu thyroïdien. Observation due à l'extrême bienveillance de M. le professeur Tedenat, de Montpellier,
Louise X..., 23 ans, de bonne santé, mdemne de syphilis, éprouve depuis une dizaine de mois, la sensation d’un corps étranger occupant la racine de la langue, gênant et provoquant la déglutition. Toute la langue est normale, mais le foramen cœcum est soulevé par une tumeur du volume d’une cerise, se prolongeant dans la profondeur de la base de la langue. La malade a été soumise par son médecin à l’usage de liodure de potassium qui n'a donné aucun résultat. Je fais une incision antéro-postérieure sur le milieu de la saillie et suis obligé de sculpter la tumeur qui ne s’énuclée pas. La langue est fortement attirée en avant et, grâce à cette traction, l'écoulement sanguin est insignifiant. Deux points de suture transversaux, profonds, avec du fil d'argent fin. Guérison en huit jours, sans accidents.
Examen de la pièce. (Contrôlé par le professeur Kiener). — Au centre, cavité stellée, de quatre à six millimètres de diamètre, suivant des directions variées, contenant un liquide couleur jus de pruneau, très filant, dans lequel nagent quelques globules rouges et des cellules épithéliales cylindriques.
Après durcissement (liquide de Roule et alcool) des sections totales montrent: à la face interne de la poche, des dépressions allongées, ‘sinueuses, régulièrement tapissées d’un épithélium cylindrique allongé. La paroi a une épaisseur qui varie de sept à douze millimètres,
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selon les points. Elle se compose d'éléments jeunes arrondis, de follicules serrés en groupes, les uns arrondis, d’autres allongés, séparés par des travées formées d’éléments fusiformes. Ces follicules ont toutes les variétés de forme des follicules du corps thyroïde.
La malade, revue le 20 juin 1890, deux ans après l’opération, restait complétement quérie.
OsserRvarTioN VIII
Kyste sus-hyoïdien.
Bernays. Saint-Louis Med and surg. Journal, Oct. 1888, p. 201.
Kyste situé à la région sus-hyoïdienne, présentant un diverticule qui s’enfonçait dans la base de la langue. Ce kyste, tapissé intérieurement d’un éprthélium cylindrrque cilié, était en certains points de sa paroi externe en connexion intime avec un tissu présentant tous les caractères du tissu thyroïdien. |
OBservaTION IX
Kyste du ductus thyreoglossus.
Hæckel. Privat docent et assistant de la clinique chirurgicale d’Iéna (Arch. J. klin, chir., XLVIII, 3),
Une jeune fille de 18 ans, F.R..., admise le 6 mars 1892 à la clinique chirurgicale d’Iéna, déclara que depuis quatre ans elle avait remarqué au-devant de son cou une nodosité de la grosseur d’une noisette d’abord et qui peu à peu avait atteint le volume d’une noix. A un moment,
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cette tumeur avait été chassée « par sympathie » mais elle n'avait pas tardé à reparaître. Il y avait un an que son médecin habituel y avait pratiqué une incision à la sui'e de laquelle une fistule s’était établie. Voyant cette fistule persister, le médecin tenta l’extirpation totale de la tumeur ; mais un mois après l'intervention, celle-ci se reformait, atteignant son volume primitif.
Au moment de son admission, cette malade présentait sur la ligne médiane du cou, à la hauteur de los hyoïde, une tumeur de la grosseur d’une noix environ, légèrement bosselée, de consistance assez ferme, adhérente à la peau. Une fistule donnant issue à du pus conduisait dans cette tumeur. À côté de l’orifice fistuleux on voyait une petite cicatrice provenant de l’opération antérieure. Un pédicule suffisamment gros semblait relier cette tumeur à los hyoïde.
La fistule fut divisée par une incision, et la tumeur extirpée. Elle s’étendait jusqu’au périoste de l'os hyoïde et lui était intimement unie. Des portions des mylo et géniohyoïdiens qui étaient très adhérentes à la paroi de la tumeur, durent être enlevées très près de leurs insertions à l’os hyoïde. On dut également enlever deux prolongements coniques qui partaient de la tumeur et s’étendaient en haut, entre les muscles génio-hyoïdiens. Après l'opération, lorsqu'on examina la pièce, il fut impossible de retrouver ces prolongements. Il est probable que violemment tiraillés en même temps que la tumeur, ils s’étaient retirés. La plaie fut suturée et la guérison obtenue sans cicatrice. Par une lettre datée de mars 1894, la malade nous informe qu'aucune récidive ne s’est encore produite.
Examen de la tumeur. — Cette tumeur, dont la paroi est assez épaisse, est constituée par deux cavités. L’une, plus petite, dans laquelle débouche la fistule, présente une surface molle, rouge-grisâtre, et renferme du pus;
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à l'examen microscopique on n’y distingue pas d’épithélium. Derrière cette première cavité et sans communicaton avec elle, s’en trouve une plus grande, à paroi lisse, renfermant un contenu clair, vitreux et visqueux, semblable à du blanc d’œuf frais, dans lequel un examen répété fait découvrir de nombreuses cellules cylindriques à cils vibratiles, tantôt disséminées, tantôt réunies en amas.
À l’examen microscopique de la tumeur durcie dans l’alcool, la paroi de la cavité purulente a l'aspect granuleux ordinaire d’une paroi d’abcès; en aucun point elle ne présente de revêtement épithélial. Le deuxième kyste, celui qui renfermait un contenu clair et vitreux, présente une structure caractéristique. Toute sa surface interne est tapissée de cellules cylindriques hautes, à cils vibratiles. Cet épithélium de revêtement se compose de deux couches : la plus externe, formée de cellules petites et à gros noyaux, constitue La couche dite « des cellules germinatives »: la plus interne, c’est-à-dire la plus rapprochée de la cavité kystique, présente des cellules cylindriques lonques, dont les pointes sont insérées entre les cellules germinatives. Sous cet épithélium se trouve une épaisse couche de cellules Iymphoïdes. Le revêtement épithélial manque en certains endroits et particulièrement aux points qui semblent faire saillie dans la cavité. Il est probable qu’il a été altéré pendant les diverses manipulations qu’on a fait subir à la pièce. De nombreux diverticules de nature épithéliale et terminés en cul-de-sac, s’enfoncent dans l’épaisse paroi du kyste. Ces diverticules suivent un trajet sinueux, car dans les coupes faites perpendiculairement à la paroi, on les voit coupés en travers. La paroi elle-même, se compose de follicules ayant une forme arrondie ou ovale, et serrés les uns contre les autres. Chacun de ces follicules est revêtu d’une couche unique d’épithélium cubique ou cylindrique bas et contient dans
son intérieur une substance homogène à laquelle Le carmin aluné donne une coloration ambrée. Cette substance qui s’est coagulée sous l'influence de l'alcool, s’est en grande partie retirée sur elle-même, et n’adhère plus à la paroi du follicule que par de minces prolongements. Réunis en amas qui forment des groupes nombreux et serrés, ces follicules ont tous les caractères des follicules thyroïdiens, et comme eux présentent un contenu colloïde. Entre les follicules on aperçoit du tissu conjonctif riche en noyaux, qui s’épaissit pour séparer les divers groupes folliculaires.
L’un des prolongements coniques dont 1l a été question plus haut, présente une fine lumière tapissée de cellules cylindriques hautes, à cils vibratiles.
On peut conclure que l’une des parties de cette tumeur, celle à laquelle aboutit la fistule et dont la surface interne présente tous les caractères d’une membrane granuleuse, est constituée par une bourse muqueuse ayant suppuré à la suite de Pincision qu’on pratiqua sur elle. Quant à la seconde cavité, celle qui est revêtue d’un épithélium cyhndrique à cils vibratiles, elle ne peut s’itre formée qu'aux dépens d’un organe tapissé par un tel épithélium. De plus, la présence de follicules thyroïdiens dans sa paroi indique nettement que la formation de cette tumeur kystique est en relation avec le développement de la glande thyroïde.