ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les kystes juxta-intestinaux de structure entéroïde sont le plus souvent peu volumineux, et, en règle générale, on peut dire que leur diamètre ne dépasse pas celui de l’intestin lui-même. Le plus souvent 1l correspond à peu près à celui de ce dernier, en sorte que le kyste, s'il est implanté à la partie non mésentérique de l'intestin, donne
absolument l'impression d’un petit diverticule de Meckel, très court, et dont la communication avec l'intestin aurait disparu.
Mais, de même que les dimensions du diverticule de Meckel sont souvent moindres que celles de l'intestin, il est fréquent de voir les kystes entériques avoir un très petit volume, celui d’une noix ou d’une noisette, par exemple ; on conçoit que de tels kystes passent facilement inaperçus, si l’on ne fait pas un examen systématique de l'intestin dans toute sa longueur.
Assez souvent cependant ces kystes atteignent des dimen- : sions supérieures à celles de l'intestin : dans plusieurs observations le kyste atteint le volume d’une orange. Mais parfois il peut même atteindre le volume d’une tête d’en-
fant (Schaad), d’une tête d’adulte, et contenir 1 litre et même 3 litres de liquide (Rimbach, Hennig). Ces dimen-
EUR LT sions sont d'autant plus considérables que, dans ce dernier fait, il s'agissait d'un nouveau-né.
On ignore les raisons qui permettent un tel accroissement de kystes qui d'ordinaire restent de petit volume, et dont la paroi est, en somme, peu apte à sécréter de grandes quantités de liquide. Les raisons capables d'expliquer la dilatation de ces tumeurs ne pourraient être tirées que de lhistologie et de l'analyse chimique du liquide. Mais ni l'étude de la sécrétion (chimie), ni l'étude des glandes (histologie), n'ont été faites d’une manière spéciale dans ces kystes volumineux ; d’après la lecture des observations, il ne semble pas que les cas où l’on ait trouvé des formations glandulaires considérables appartiennent aux kystes de plus grande taille.
Les kystes sont le plus souvent arrondis, mais quelquefois ovalaires ou même assez allongés, rappelant ainsi un fragment d’anse intestinale isolée à ses deux extrémités.
NomBre. — Bien que ces kystes soient le plus souvent uniques, on doit signaler l'éventualité de kystes multiples, qui se rencontre dans un dixième des cas environ.
Parfois il s'agit de deux kystes, € en chapelet », qui sont réunis ae un pédicule fermé, et dont l’un est lui-même réuni à l'intestin par un pédicule. Plus souvent il s’agit d'un grand kyste auquel est adjacent un petit kyste secondaire communiquant ou non avec lui (Colmers). On peut avoir ainsi des kystes en bouton de chemise.
Nous ne parlons ici que des kystes doubles ou multiples situés au même point de l'intestin et provenant évidemment des mêmes restes du canal vitellin. Maïs, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il peut exister des kystes multiples
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échelonnés en des points relativement éloignés le long de l'intestin et même le long de tout le tube digestif (Anderson). Il s’agit là peut-être d’une véritable « maladie kystique » congénitale du tube digestif, que la persistance du canal omphalo-mésentérique ne peut seule suffire à expliquer. |
La paroi de ces kystes est généralement un peu plus épaisse que la paroi de l'intestin voisin : elle est même « plus veloutée, el a une apparence plus glandulaire que cette dernière ». On n’y voit pas de villosités, mais elle présente souvent en certains points des relèvements mu-— queux d'aspect variable. Dans notre observation, la paroi interne était rosée, avec, de place en place, un piqueté hémorragique qui expliquait en partie le contenu hématique du kyste (1).
Tel est l'aspect de la paroi dans les cas qui sont les plus favorables pour l'examen, et dans lesquéls la nalure entérique du kyste ne saurait faire aucun doute; mais bien souvent ni la paroi externe, ni la paroi interne ne sont aussi caractéristiques. et le kyste est constitué par une membrane d'aspect conjonclif banal, sans muqueuse nelte. L'examen histologique est alors nécessaire pour affirmer la nature entéroïde du kyste. Souvent même cette paroi est tellement modifiée qu'elle est épaissie, fibreuse el comme crélacée : elle contenait en effet des plaques
(1) Cet aspect hémorragique doit-il être considéré comme l'aspect normal du kyste, ou doit il être mis sur le compte du volvulus ét de la péritonite qui avaient emporté le malade? Nous ne saurions l'affirmer, pas plus après l'étude des autres observations qu'après celle de la nôtre.
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calcaires très nettes dans les cas de Colmers, de Hendee et de Morton.
Le pédicule, qui dans certains cas relie le kyste à l'intestin, est imperméable et fibreux, sauf dans un petit nombre de cas où il est encore perméable. Dans ces cas, doit-on considérer les-dilatations entéroïdes comme de véritables kystes? La question a été vivement débaitue par Roth, Runkel et Colmers. Au point de vue pathogénique, le fait n'a que peu d'importance, puisqu'il n'y a entre les deux formes qu'une différence de degré (1). |
Ajoutons que dans un des cas de Roth le pédicule, qui élait perméable, se trouvait tordu sur son axe, comme le pédicule d’un kyste de l’ovaire.
Le contenu de ces kystes est le plus souvent un mucus visqueux, soit transparent (éventualité rare) plus souvent opalescent ou lactescent, quelquefois brunâtre ou nettement hémorragique. Ce dernier aspect se voit surtout dans les cas où il y avait occlusion intestinale, mais non nécessairement; il faut ajouter que, dans l'observation de Roth où il y avait Lorsion du pédicule du kyste, cet aspect hémorragique du liquide existait avec la plus grande netteté.
Ce liquide contient d’une manière à peu près constante deux éléments, la graisse el la cholestérine. La première peut être décelée par l'examen histologique (coloration par l'acide osmique ou le Sudan HI) ou par l'étude chi-
(1) Nous avons néanmoins éliminé un petit nombre d’observations telle que celle de Frôhlieh (Inaug-Diss. Halle, 1891). dans laquelle des kystes en chapelet communiquaient avec l'intestin par un orifice assez large pour y permettre l’arrivée de débris alimentaires:
chimique (éclaircissement par léther). Dans le cas de Colmers il existait en outre des acides gras. Quant à la cholestérine. sa présence est notée par presque tous les auteurs, sous forme de paillettes brillantes. Il peut enfin contenir des concrétions calcaires dans les cas où la calcification de la paroi est particulièrement intense.
L'étude de la valeur fonetionnelle de ce liquide, c'est-à-
dire de son pouvoir digestif, n’a Jamais été faite.
Connexions avec l'intestin. — Au point de vue des connexions de ces kystes avec l'intestin, il convient d'envisager séparément :
1° La région de l'intestin au niveau de laquelle s’est dé-
veloppé le kyste ;
2° Les rapports du kyste avec l'intestin (face convexe:
ou libre, face concave ou mésentérique).
9° Les rapports du kyste avec la paroi intestinale ellemême (sous-muqueux, intra-musculaire ou sous-séreux).
1° Au point de vue du segment intestinal atteint, nous voyons que les kystes se développent presque toujours dans la partie terminale de l’iléon, c'est-à-dire, il faut le remarquer immédiatement, dans cette région de l'iléon qui donne naissance au diverticule de Meckel.
Bien souvent, c'est même dans l'angle iléo-cœcal luimême qu'on les trouve, comme dans l'observation de M. Broca et dans celle de MM. Terrier et Lecène qui peuvent être prises comme les types les plus fréquemment observés soit chez les nouveau-nés, soit chez les adultes. On peut même les trouver au niveau de la valvule de Bauhin. Toutefois, il n’est pas absolument rare qu'ils siè-
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gent au niveau du jéjunum à plus d'un mètre au-dessus de l'angle iléo-cœcal.
Enfin, dans un certain nombre de cas, le kyste n'est pas en rapport direct avec l'intestin et siège au niveau de la paroi abdominale non loin de l’ombilic. Ces cas s’expliquent facilement : en effet le kyste s’est alors développé non pas aux dépens de la région juxta-intestinale du canal omphalo-mésentérique, mais aux dépens de sa région para-ombilicale : la pathogénie reste la même.
D'après Colmers, le siège des entérokystomes a été le
suivant :
Au niveau de la paroi abdominaie.. .......... 4 cas.
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Certains auteurs ont tiré du siège extrêmement bas de quelques kystes intestinaux un argument contre leur origine aux dépens du diverticule de Meckel (Beneke). Mais nous savons que le diverticule peut assez souvent prendre naissance dans la partie toute terminale de l'iléon, comme les kystes eux-mêmes : d’ailleurs le plus grand nombre des kystes nait dans la région qui le plus souvent donne naissance aux débris meckeliens. Il existe entre les deux anomalies un parallélisme remarquable.
Enfin, il ne faut pas oublier qu'il existe des cas exceptionnels de kystes multiples de l'intestin, pour ne pas dire de kystes multiples du tube digestif, qui se trouvent échelonnés dans toute la partié sous-diaphragmatique du canal
(Anderson) et qui, de ce fait, échappent semble tal aux lois de la formation générale des entérokystomes aux dépéns des rest:s omphalo-mésentériques, et ressortissent peut-être d’un autre mécanisme pathogénique.
2° Les kystes peuvent être situés sur la face convexe ou
Schéma d'un kyste de la variété sous-séreuse, répondant au bord libre de l'intestin.
sur la face concave de l'intestin, ainsi que le montrent les figures suivantes émpruntées au mémoire de Terrier et.
Schéma d'un kyste de là variété sous-séreuse, répondant au bord mésentérique de l'intestin.
Lectie. Lés kystes du bord libre sont pédiculés où not,
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et dans le dernier cas, ils rappellent absolämeñt l'aspect d’un diverticule de Meckel, extérieurement tout au mois