‹ Des kystes hydatiques du corps thyroïde: et de leur traitement par l'extirpation totaleChapitre 19 sur 29 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Etiologie

Ainsi que le montre le petit nombre de cas authentiques que nous avons pu réunir dans le chapitre précédent, les kystes hydatiques du corps thyroïde sont une affection extrêmement rare.

Cette rareté est étonnante, si l'on songe à la vascularisation considérable de la glandethyroïde eton ne s'explique pas pourquoi d’autres organes, beaucoup moins bien irrigués qu’elle (muscles, tissu cellulaire du petit bassin, etc.), sont beaucoup plus souvent des lieux de fixation et de développement pour les échinocoques.

L’embryon exachante arrive, en effet, le plus sou. vent dans la glande thyroïde par la voie sanguine. Introduit ordinairement dans le tube digestif, il est transporté, par la veine porte, dans le foie où il se fixe le plus souvent. Si, cependant, il traverse cet organe sans le léser, ii arrive dans le cœur droit, puis dans le poumon, où il ect encore très fréquent de le

voir se développer. Mais là encore, le parasite peut traverser les capillaires pulmonaires sans y laisser de traces et se répandre dans la circulation générale. Si l'embryon exachante arrive à franchir tous ces obstacles, il a alors quelques chances de se développer dans le tissu si riche en vaisseaux de la glande thyroïde.

La voie sanguine est donc celle que suit le plus souvent l'agent pathogène pour arriver dans la thyroïde. D'autres voies plus directes sont encore suivies par lui, dans des cas, il est vrai, exceptionnels. C'est ainsi qu'on a trouvé dans les parois de l’œsophage des embryons exachantes qui s'étaient certainement fixés au passage dans les plis de la muqueuse œsophagienne, puis avaient ultérieurement pénétré dans les tuniques de sa paroi; il est facile de comprendre comment ces embryons exachantes, continuant à cheminer dans l'intérieur des tissus, peuvent atteindre facilement le corps thyroïde et s'y développer. Meinert signale un mode d: pénétration du parasite dans la glande plus direct encore; il est vrai qu'il doit être véritablement unique dans son genre : il s'agissait d'un malade qui, ayant eu une plaie du cou intéressant la thyroïde, avait pris l'habitnde de faire lécher cette plaie par son chien ; celui-ci apporta ainsi directement, dans le tissu thyroïdien, le germe de l'affection qui s'y développa plus tard.

C'est dans l’âge moyen de la vie que le kyste hydatique du corps thyroïde se rencontre le plus fréquemment.

Le sexe a peu d'importance ; cependant, il est pro-

PET AE bable, a priori, que les causes qui prédisposent les femmes aux autres maladies de la glande thyroïde (menstruation, grossesse) doivent aussi les prédisposer au kyste hydatique thyroïdien. Et, en effet, Dardel dit que le sexe féminin fournit trois fois plus de kystes hydatiques de la thyroïde que le sexe masculin. L'influence de la grossesse et de l'accouchement était très nette chez la malade de M. Jaboulay ; le kyste avait débuté au milieu d'une grossesse et avait augmenté après l'accouchement. Ce fait jette un jour intéressant sur la pathogénie des kystes que nous étudions et permet de saisir parfaitement le mécanisme et la cause de la localisation thyroïdienne de l’'embryonexachante. Lacongestion de la glande pendant la grossesse, les ruptures vasculaires qui se sont, sans doute, produites pendant l'accouchement montrent comment le parasite a quitté les vaisseaux sanguins pour pénétrer dans le tissu glandulaire et s'y développer.

Les kystes hydatiques sont particulièrement nombreux dans certaines contrées. La malade de M. Jaboulay, habitait les Basses-Alpes. Nous ignorons si cette région, qui est un pays à goitres, est aussi un pays à kystes hydatiques.

Remarquons que cette malade n'habitait pas habituellement avec des chiens; cette cohabitation n'est d'ailleurs signalée dans aucune des observations de goitre hydatique thyroïdien publiées jusqu'ici. sauf dans le cas si étrange de Meinert.

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