Arch. de physiologie , 2e série, t. III, p
Ces altérations, communes à toutes les glandes dans les conditions précitées, se caractérisent: 1° par la dilatation considérable de tout le système des canaux excréteurs; 2° par la sclérose du tissu conjonctif intra-lobulaire; 3° par la disparition, l'atrophie plus ou moins complète de l'élément glandulaire.
Ce n'est pas sur les différents faits que je viens de rappeler ici d'une façon sommaire, que je compte m'appesantir. Ceux que j'ai en vue sont d'un ordre tout différent. Ils ont trait aux kystes indépendants de toute lésion voisine.
IL KYSTES IDIOPATHIQUES.
Je diviserai les kystes idiopathiques en quatre variétés :
1° Les kystes hémorragiques ou hématomes. 2° Les kystes proprement dits.
3° Les kystes purulents.
4° Les kystes hydatiques.
Les hématomes et les kystes proprement dits sont de beaucoup les plus importants. Ce sont eux que je vise tout spécialement dans ce travail.
Les kystes purulents et les kystes hydatiques, infiniment plus rares, ne m'occuperont guère.
Je me bornerai à retracer leur histoire en peu de mots; et pour n'avoir plus à y revenir dans la suite , c'est par eux que je débuterai.
A. Kystes purulents.
Les kystes purulents du pancréas sont rares; ils succèdent le plus souvent à l'inflammation aiguë du pancréas; quelquefois ils sont métastatiques. Ils peuvent acquérir de grandes dimensions.
Mourlou (cité par Péan ') nous a fait connaître l'observation d'une jeune fille morte de gastro-entérite, chez laquelle le pancréas était réduit à l'état d'une vaste poche purulente close de toutes parts.
i. Péan, Tumeurs de l'abdomen et du bassin, t. I, p. 108. Paris, A. Delahayc, 1880.
^ flous (ibid.) a vu un grand kyste purulent s'ouvrir dans l'abdomen et la mort s'ensuivre à bref délai. Bœring cite m cas analogue avec rupture du kyste dans le mésocôlon.
Lorsque le kyste a contracté des adhérences avec l'un des organes creux situé dans le voisinage, son contenu peut se déverser dans ces organes; la guérison survient alors par un mécanisme analogue à celui dont nous sommes témoins dans les collections purulentes périmétritiques, ouvertes dans la vessie ou le rectum. Gaultier (ibid.) a relaté un fait de kyste rompu dans l'estomac et Hoggart une observation où le kyste s'est vidé par l'intestin.
A ces quelques cas, déjà anciens, j'en ajouterai un plus récent, observé par Rosenbach.
Observation de Rosenbach.
Abcès du pancréas ayant entraîné une occlusion intestinale. Laparotomie. Mort.
(Onzième Congrès de la Soc. allem. de chir. in Centralbl. f. Chirurgie, 1882, supplément au n° 29, p. 6t>.)
Femme de 57 ans. Depuis huit semaines elle est sujette à une constipation opiniâtre, accompagnée de douleurs. Bientôt surviennent des vomissements porracés. Collapsus.
L'hypocondre et le flanc gauches sont météorisés. A la partie inférieure de l'estomac et derrière cet organe on constate une tumeur fluctuante, grosse comme une tête d'enfant. Elle descend jusque près du détroit supérieur et semble absolument fixe.
Les lavements forcés étant demeurés sans résultat, on pratique la laparotomie par une incision verticale, puis transversale de la paroi abdominale. Après avoir écarté le côlon transverse, Rosenbach cherche à isoler la tumeur; son pourtour est infiltré. On n'arrive pas à dégager l'estomac La tumeur déchire et donne issue à un liquide trouble, fétide. Le chirurgien vide la poche et la suture à la peau. Le péritoine n'est pas souillé. L'ouverture du kyste est alors élargie et celui-ci désinfecté et drainé.
Mort au bout de six heures.
Autopsie. — Nécrose du pancréas, qui avait donné naissance à un abcès situé derrière l'estomac.
L'occlusion intestinale avait été produite par compression.
B. Kystes hydatiques.
Les kystes hydatiques sont d'une rareté telle, que la science en possède à peine quelques exemples. Ce qui rend compte de leur rareté dans cet organe, c'est la situation spéciale du pancréas derrière l'arrière-cavité des épiploons. Le chemin qu'ont à parcourir les embryons pour arriver au pancréas est donc fort long.
En effet, après avoir passé de l'intestin du chien dans celui de l'homme par transport direct, comme je l'ai établi dans un mémoire sur les kystes hydatiques du rein1, les œufs du ténia peuvent, d'après Neisser-, suivre différentes voies pour infecter l'économie. Elles sont au nombre de quatre :
1° Les germes traversent les vaisseaux chylifères et se rendent dans les ramifications de la veine-porte: c'est ce qui explique la fréquence des kystes hydatiques du foie et la participation constante du foie dans les cas de kystes multiples.
2° Ils pénètrent dans les lymphatiques du mésentère et s'y fixent (kystes du mésentère).
3° Ils circulent dans le réseau lymphatique capillaire, arrivent dans des vaisseaux de plus en plus gros et de là se rendent dans les cavités séreuses (la communication de ces cavités avec les réseaux lymphatiques a été démontrée pour le péritoine par Recklinghausen, Ludwig, pour la plèvre par Dybkromsky), en donnant naissance aux kystes hydatiques du péritoine, de la plèvre.
4° Au lieu de s'arrêter dans les lymphatiques du mésentère, les œufs traversent ces vaisseaux pour se rendre dans le canal thoracique, la veine jugulaire et le cœur droit; de là ils pénètrent dans l'artère pulmonaire et engendrent les kystes hydatiques du poumon. Mais ils peuvent continuer leur trajet à travers les veines pulmonaires, pénétrer dans le cœur
1. J. Bœckcl, Étude sur les kystes hydatiques du rein. Paris, Alcan, 1887. (Ouvrage recompensé par l'Académie de médecine, concours du prix Godard, 1887.)