‹ Des Kystes Sébacés: Leur TraitementChapitre 2 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il est banal aujourd’hui de vanter les bienfaits de l’antisep- . sie. Comme les idées fécondes en résultats pratiques, les découvertes de Pasteur ont pénétré partout et sans l’histoire de la médecine, les jeunes générations médicales ne comprendraient pas l’hésitation des chirurgiens les plus illustres, obligés de pratiquer une incision.

L'étude du traitement des kystes sébacés est à ce point de vue pleine d’intérêt. Lorsque la loupe siégeait au crâne, il était autrefois difficile de décider le chirurgien et le malade à une ablation par le bistouri. Les chirurgiens reconnaissaient fort bien l’excellence de cette méthode mais des accidents graves souvent mortels les avaient détournés de l'intervention sanglante et le malade, très souvent renseigné sur le danger qu'il courait, préférait garder sa tumeur ou ne la faire disparaître, qu'en employant des moyens que nous devons au-

jourd’hui rejeter.

nes

C’est sur les conseils de M. J. Lucas Championnière, que nous avons entrepris ce travail, sur le traitement des kystes sébacés. Nous n'avons pas la prétention d'ajouter quelque chose de nouveau à tout ce qui a été écrit sur les kystes sébacés, nous avons voulu en faisant un historique, aussi complet que possible de cette question, montrer quels efforts ont fait les vieux chirurgiens pour arriver à un traitement satisfaisant, Malgré le peu d'importance de l'opération et les garanties qu'offraient les nouvelles méthodes antiseptiques, ce n’est que peu à peu, que les chirurgiens nous ont enseigné le traitement actuel : l’extirpation au bistouri.

M. Tillaux (1) écrivait en effet, à une date bien peu éloignée, en 1888, que les grosses loupes ne devaient point s’enlever au bistouri, mais disparaître par des applications successives de caustique.

Avant d'exposer les traitements des kystes sébacés, nous indiquerons en quelques pages, leur étiologie, leur anatomie pathologique, leurs symptômes, leur diagnostic. Le pronostic nous amènera tout naturellement à parler du traitement.

Faisant dans cette dernière partie une part assez large, à la description des traitements anciens et modernes ; nous terminerons par une courte étude du traitement qui nous a paru le plus rationnel. À ce propos, nous indiquerons les moyens les plus sûrs et les plus simples de nettoyer la peau, du malade et de l’anesthésier.

L’anesthésie locale triomphe dans ces petites opérations : les moyens d’insensibiliser le champ opératoire sont très nombreux, nous insisterons sur celui qui compte à son actif le plus de succès.

(1) TizLAUx, Chirurgie clinique, 1888.

Se

La question du pansement à appliquer sur ces courtes incisions nous à paru importante. Nous étudierons, s’il est nécessaire de faire ainsi que Pécrivait Roux de Lausanne « un emballage coûteux et encombrant de la région opérée » ou si une simple application de quelques morceaux de gaze antiseptique suffira pour assurer une prompte guérison.

Qu'il nous soit permis avant de commencer celte étude de remercier tous les maîtres qui ont bien voulu nous guider dans l'étude de la médecine. Je n’oublierai jamais les premières leçons de mon regretté père, et celles que j'ai reçues dans les années d’externat auprès de M. Dumontpallier, de M. Brissaud et de M. le professeur Debove.

Nous remercions enfin M. Lucas Championnière qui a bien voulu nous guider dans la préparation de cette thèse et M. le professeur Guyon qui a bien voulu en accepter la présidence.

https://archive.org/details/1A41553820 0077 . |

Définition.

Les anciens traités confondent sous le nom de loupes, les kystes sébacés et une foule de tumeurs qui n’ont que la bénignité de commune avec les kystes sébacés. Ils divisaient les loupes, d’après leur consistance en athérome, en stéatome et en mélicéris. Le microscope a eu raison de cette grossière classification et l’on doit aujourd’hui définir les kystes sébacés « des tumeurs de consistance et d'aspect très variables formées par une poche que remplissent des cellules épidermiques et des matières grasses en proportion très variable » (1).

Les kystes sébacés sont appelés loupes surtout lorsqu'ils siègent au crâne, tannes lorsqu'ils siègent en un autre point du corps. Les anciens les appelaient testudo ou talpa en raison de leur forme.

D’après leur volume, on les à appelés comédons, milium ou grutum, tannes et loupes.

(1) Dupray et RecLus, Traité de chirurgie.

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GAULEJAC

Étiologie.

Les causes sont peu connues. Un traumatisme léger mais souvent répété a été mis en cause, tel qu’un frottement par les bretelles, ie bord du chapeau. Les kystes sébacés apparaissent quelquefois après des maladies de la peau et du cuir chevelu. Eczéma séborrhéique, érysipèle. Certaines personnes paraissent y être spécialement prédisposées, car il est rare de trouver un kyste sébacé unique. Lebert (1) rapporte le cas d’un cuisinier du Val-de-Grâce qui avait vu en douze ans une centaine de kystes sébacés se développer sur divers points du corps. Leur volume variait de celui d’une noisette à celui d’une petite noix.

Lutz signale dans sa thèse le cas d’un homme dont tout le corps était couvert de tannes. Tous les follicules sébacés étaient pour ainsi dire transformés en petites tumeurs.

L'hérédité a été niée par Tripier, elle semble prouvée au contraire par les observations de Cooper, de Boyer, de Zeis. Pour Puget, elle semble intervenir dans la majorité des cas ; Follin avait soutenu la même opinion.

Rognetta (2) a publié une observation où la grossesse paraissait avoir eu une certaine influence. La malade portait une douzaine de loupes, dont l'apparition coïncidait avec l’évolution d’une grossesse. Quand la femme cessa de devenir enceinte, il ne se développa plus aucune loupe.

(1) Lurz, Th. Paris, 1860, Traité d'anatomie pathologique. (2) RoGNeTrA, Revue médicale de Paris, 1833.

Pour les anciens la goutte et le rhumatisme avaient une grande influence ; nous devons voir dans cette opinion, l'indication d’un traitement général, préconisé autrefois.

Les hommes paraissent y être plus sujets que les femmes. D'après Burns le maximum de fréquence serait entre 20 et 40 ans. |

Ils sont très rares chez les enfants et subissent une poussée au moment de la puberté.

SièGe. — On peut les trouver dans la peau ou dans le tissu sous-cutané et même dans les couches sous-aponévrotiques. Ils ont cependant des sièges de prédilection. La statistique très complète de M. le professeur Terrier à l'hôpital Bichat nous permet de voir que sur 39 cas opérés en 1893, à la consultation externe :

19 appartenaient au cuir chevelu ;

1 à la région temporale ;

4 à la région sous-auriculaire ;

41 à la joue;

7 au cou et à la nuque;

1 à la région sous-maxillaire ;

Donc plus de la moitié des kystes se trouvent au cuir chevelu, où ils comptent parmi les tumeurs les plus fréquentes.

Pour 19 kystes sébacés nous ne trouvons qu’un papillome, L angiome, 2 lipomes et 1 kyste dermoïde.

A la face, les kystes sébacés ne viennent qu’après les épithéliomas, mais sont bien plus fréquents que les lipomes et les kystes dermoïdes. |

Les kystes des parties génitales, scrotum, pubis, grandes lèvres, sont assez souvent rencontrés. Quant aux kystes sé-

bacés siégeant au dos et à la poitrine, ils sont très fréquents

Horse

aussi ; mais sont rarement signalés par les malades. Ne produisant aucune gène et cachés par les vêtements, ce n'est qu’exceptionnellement que les malades viennent réclamer leur ablation.

Les kystes sébacés de la paume des mains et de la plante des pieds sont excessivement rares.

En étudiant les localisations des kystes sébacés, il est intéressant de constater qu’elles coïncident exactement avec les

régions où la sécrétion séborrhéïique normale est la plus abon-

dante. Ces régions ont été nettement délimitées par M. Ar-

nozan de Bordeaux, grâce à un procédé ingénieux basé sur les propriétés giratoires du camphre en présence de la graisse.

D’après cet auteur, le crâne et la face sont les deux régions où la graisse est la plus abondante : 60 0/0 des kystes sébacés.

Après le crâne et la face, les régions les plus riches en matière grasse sont limitées en arrière, à la nuque et à un triangle dorsal, ou plus exactement à toute la peau qui correspond aux insertions du muscle trapèze. En avant cette région grasse forme aussi un triangle symétrique du précédent et le rejoignant par dessus les épaules.

Le pubis, le scrotum, les grandes lèvres présentent aussi une grande quantité de matières grasses.

Par contre on n’en décèle pas à la paume de la main et à la plante des pieds.

Les loupes du cuir chevelu s’observent principalement chez les personnes à cheveux grèles et secs.

Les chauves ne sont pas épargnés.

Anatomie pathologique.

Les kystes sébacés se présentent sous trois formes.

1° Le grain de mil ou milium palpébral (Cruveilhier), accumulation d’épiderme dans le follicule d’un poil follet.

2° Les comédons formés par rétention du sébum dans les follicules pileux. Les comédons forment une saillie dont l’orifice est ouvert. Une pression plus ou moins forte, fait sortir le contenu mélange de liquide sébacé et de Demodex folliculorum.

3° Les loupes nous présentent à étudier : une enveloppe kystique et un contenu. L’enveloppe kystique décrite par Cornil et Ranvier est située dans le tissu sous-cutané. Sa surface est lisse. Elle est formée de « cellules aplaties de tissu conjonctif. Ces cellules se disposent en lames parallèles, formant un tissu comparable à la tunique interne des vaisseaux.

« À sa face interne, il exisle un revêtement d'épithélium pavimenteux stratifié qui subit une évolution semblable à celle qu’on observe dans les glandes sébacées.

« Les cellules épithéliales en contact avec la paroi, possèdent des noyaux volumineux entourés d’une faible quantité de protoplasma ; c’est probablement dans ce point que se forment incessamment les cellules nouvelles. Puis les cellules s’agrandissent et deviennent franchement pavimenteuses ; bientôt elles perdent leur noyau qui disparait par atrophie; et se remplissent de gouttelettes graisseuses.

«. Elles se détachent de la paroi du kyste et forment une

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