‹ Des Kystes Sébacés: Leur TraitementChapitre 3 sur 17 · SAR ES · texte numérisé non relu

SAR ES

coque constituée par un tissu blanchâtre légèrement translucide presque cartilaginiforme (1) ».

Le contenu des kystes sébacés a servi de base à une classification de ces tumeurs. Pujo dans sa thèse sur les kystes des paupières et leur traitement, a étudié le contenu des kystes et les divise d’après cet examen : en kystes contenant de la matière sébacée proprement dite, mélarige de graisse et de cellules épidermiques. Le contenu est alors jaune blanchätre, onctueux, il est formé de cellules épithéliales, polyédriques et sphéroïdales, sans noyau, transparentes et remplies de gouttes d’huile; 2° de grumeaux graisseux et de gouttelettes libres ; 3° de cristaux d'acide margarique et de cholestérine. La fluidité varie selon la proportion de ces divers éléments, nous avons affaire au mélicéris ou au stéatome. Le stéatome ne serait formé que de cellules épidermiques imbriquées (Robin).

Dans un deuxième groupe, on doit ranger les kystes sébacés ayant subi une transformation pierreuse ou calculeuse. Leur contenu peut être entièrement calcifié, ne former qu’une seule masse ou présenter un noyau dur, entouré de matières sébacées fluides.

Les formes pileuses ou pilo-sébacées dans lesquelles on rencontre des poils follets insérés sur la paroi, doivent être rangées nettement, dans la classe des kystes dermoïdes. La matière graisseuse peut se dédoubler en acide stéarique, en margarine et cholestérine.

Souvent les kystes sébacés sont habités par une arachnide, le Demodex folliculorum. D'après Moquin Tandon (2),

(1) CorNiL et RANVIER, His{ologie pathologique, t. I. (2) MoquiN TANDON, Zoologie médicale.

ET

ce petit animal est gris-blanc, demi-transparent long de un à trois dixièmes de millimètre. La tête est formée de deux pulpes latéraux et d’un suçoir. Le thorax porte quatre paires de pattes courtes coniques, formées de trois articles dont le dernier porte trois crochets, un long et deux plus courts. L'abdomen est mou et un peu aplati. Le Demodex existe dans les deux sexes, à tout âge, excepté chez les très jeunes enfants. Deux ou trois fois sur dix personnes ces animaux se tiennent dans l'axe du follicule, la tête tournée contre le fond du sac et vivent en petite société. On en trouve jusqu’à 15 et 18 dans le même follicule. Pour se les procurer, il suffit de presser entre les doigts, les parties qui en sont affectées et d'examiner la substance que l’on fait sortir au microscope.

La peau qui recouvre la tumeur subit un certain nombre de phénomènes résultant de la compression des éléments anatomiques. Les poils s’atrophient et finissent par disparaitre. Le derme est aminci, ses papilles sont aplaties, et la couche de tissu sous-cutané disparaît au-dessous du kyste sébacé.

On voit souvent à la surface de la tumeur le point noir signalé pour la première fois par Cruveilhier en 1816. Ce point est l'orifice d'un canal d’excrétion ; quand il existe, on peut voir la loupe se vider entièrement grâce à une pression plus ou moins forte.

Les loupes s'ulcèrent souvent. Cette ulcération qui n'a aucune tendance à s'étendre laisse échapper le contenu de la tumeur et permet à un stylet de pénétrer dans la poche kystique.

La loupe peut-elle se transformer en épithélium ?

Les anciens le croyaient, Broca le nie. Avec la plupart des auteurs modernes, on peut dire qu’un kyste sébacé peut plus facilement devenir lorigine d’un épithélium qu’une glande sébacée normale.

Le fait est survenu sur des loupes laissées longtemps fistuleuses. Franke en a réuni 18 observations. Chassaignac, Rouget, Bourgeois de Berne ont signalé des cas de transformation incontestables. M. Broca a recueilli une observation avec examen histologique dans le service de M. le professeur

Verneuil.

Pathogénie.

Les anciens rangeaient les kystes sébacés dans les tumeurs formées par accumulation de la pituite.

En 1651, après la découverte des vaisseaux lymphatiques, la Iymphe remplit le rôle de la pituite et Astruc essaya de ranger les loupes dans les tumeurs kystiques et remplies de lymaphe.

P. Broca (1) range les kystes sébacés dans son quatrième type de kystes progènes : Cavité préexistante accidentellement close et naturellement douée de la propriété de sécrétion.

Ce sont des kystes par rétention.

Cette théorie avait déjà été soutenue par Bœrhaave, Van Swieten, Béclard père. Au début du siècle, Bichat, Meckel, Broussais, Dzondi lavaient combattue el faisait de la loupe un épanchement enkysté dans les cellules du tissu conjonctif enflammé.

Pour Broca, ils ont comme point de départ « l’obstruction ou l’oblitération d’un conduit ou d’un orifice traversé par un produit de sécrétion. Par suite de cet accident, le produit de sécrétion ne pouvant plus s'écouler, s'accumule au-dessus de l'obstacle et donne lieu à une dilatation ». |

Cette théorie a été défendue par Ribbentrop, Lebert, G. Simon, Bærensprung, etc. Pour ces auteurs la série est continue, la loupe est la mème lésion que le milium et le comédon;

le volume seul diffère.

(1) P. Broca, Traité des lumeurs.

GAULEJAC

Comment se fait l’oblitération ?

Pour Broca, il y a au début simple obstruction qui est suivie d’oblitération véritable.

IL est probable que cette oblitération procède de la profondeur vers la surface et quelle est due à l'hypertrophie dermique et épidermique dont la membrane interne devient Île siège. Le goulot glandulaire se retient de plus en plus et finit par ne plus communiquer avec la glande.

Le siège des kystes est toujours dans la glande sébacée, ce siège ne peut être mis en doute, écrit Broca.

Pour d’autres auteurs, la rétention a lieu dans le follicule pileux ou bien à la fois dans le follicule pileux et dans la glande sébacée. Wirchow et Lebert soutiennent que la glande sébacée reste saine, mais sa sécrétion s’accumule dans le follicule pileux et tout particulièrement dans le fond qui devient Kystique. Cette opinion serait prouvée par les faits suivants. Au crâne, où le follicule pileux est très long et très développé le kyste sébacé deviendrait rapidement sous-cutané et l’on retrouverait un tractus blanchâtre et fibreux formant pédicule et reliant la Llumeur à la peau. Dans les autres régions du corps où le poil est moins volumineux, presque atrophié, le kyste sébacé restera intra-cutané.

Cette opinion a été combattue par Walther, Zeis, Paget, Wernser, Hartmann et Franke qui s'appuient sur la possibilité de kystes sébacés dans les points où il n’y a pas de glandes sébacées.

Franke (1) affirme que l’on doit rattacher les loupes du cuir chevelu et celles des autres régions aux hystes dermoï-

(1) FRANKE, Ueber das Atherom, Arch. f. klin. Chir., 1886-87.

des. Le mot avait déjà été écrit par Broca, qui confond sous une même appellation les kystes dermoïdes et les kystes sébacés.

Pour Franke, la cause de la rétention est une invagination épidermique aberrante datant de la vie fœtale. Cette explication, plausible pour les kystes qui n’ont pas à un moment de leur évolution présenté un point noir, semble peu probable pour ceux qui présentent cet orilice.

La question n’est point encore résolue.

Symptômes et marche.

Les kystes sébacés se présentent le plus souvent sous forme de tumeurs arrondies, faisant une saillie aplatie, d’où la dénomination des anciens qui les appelaient testudo ou talpa. Ils sont bien plus saillants au cuir chevelu que dans toute autre partie du corps,à cause dela résistance,qu’offrent les parois du crâne qui empêchent la loupe, de se loger dans la profondeur.

Lorsque les loupes deviennent volumineuses, elles prennent une forme hémisphérique.

La peau qui recouvre la tumeur, ne présente pas de modifications bien sensibles. Sa coloration reste normale, mais les cheveux ou les poils qui recouvrent la tumeur sont clairsemés.

Cette apparence est due à deux causes : les follicules pileux sont écartés par la distension de la peau et au bout de quelque temps, les bulbes pileux plus ou moins comprimés, finissent par s’atrophier et disparaître. Sur les tannes, il n’est pas rare de voir un point noir, orifice du kyste sébacé. Cet ori-

fice est généralement coloré en noir par la crasse qui s’y accumule. Une pression plus ou moins forte de la tumeur permet à la matière sébacée de s'échapper par le point noir. C’est Astley Cooper qui a, dit-on, le premier attiré l'attention sur ce fait, il était porteur d’une tanne qu'il vidait ainsi périodiquement. Cruveilhier avait en 1816 signalé cette particularité.

Les loupes du cuir chevelu ne présentent généralement

AO a

pas de point noir; il faudrait avec Franke, donner à ces tumeurs une origine embryonnaire et les classer dans les kystes dermoïdes.

Par la palpation, on se rend bien compte de la forme sphéroïdale de la tumeur. Au début, la tumeur est facile à déplacer, plus tard, lorsque elle est devenue plus volumineuse, la peau lisse et distendue, la maintient assez fortement, sur les plans profonds.

La peau glisse sur la tumeur, du moins, pour les kystes sé- bacés du crâne qui sont nettement et dès le début sous-cutanées. Sur le reste du corps les tannes paraissent intra-cutanés, ce n'est qu’en augmentant de volume qu’elle se logent dans le tissu cellulaire sous-cutané et acquièrent plus de mobilité.

Nous avons vu, au chapitre de l'anatomie pathologique, que ces données fournies par la palpation avaient élé utilisées pour assigner au kyste sébacé son origine dans le fond des follicules pileux.

La consistance du kyste est des plus variables. Nous ne pouvons que répéter ici la vieille classification : mélicéris,athérome, stéatome, kyste sébacé calcifié. Nous aurons tous les degrés de consistance depuis la fluctuation dans les kystes à contenu huileux jusqu’à la dureté pierreuse, dans les kystes calcifiés. La région où l’on observe le kyste varie aussi avec la consistance. Les loupes du cuir chevelu paraissent plus consistantes que les tannes. Cela serait dû à la compression permanente de la loupe, entre les os et la peau si épaisse du crâne.

Quelquefois, disent les auteurs, ces loupes dures du crâne ont pu creuser une fossette sur les parois dela voûte crânienne.

Loge

Le fait doit être mis en doute, pour les tumeurs qui n'ont pas subi la dégénérescence cancéreuse.

On trouve dans la littérature médicale, la description de loupes présentant un volume considérable. Rien n'est plus variable que le volume d’un kyste sébacé; certains sont re- “connus lorsqu'ils ne sont guère plus gros qu’un pois; le plus souvent, les malades ne s'inquiètent et ne demandent à être débarrassés de leur tumeur que lorsque le kyste est gros comme une noix.

Heurtaux signale une loupe dont la circonférence mesurait 34 centimètres.

A. Cooper en a observé une qui était grosse comme une noix de coco. Cette tumeur empéchait le malade de se couvrir et lui donnait un aspect grotesque. Les exemples de kystes sébacés gros comme une tête d'enfant, ne sont pas rares. Hebra, Lebert (1) et Vidal en citent plusieurs.

Nœgelé a enlevé un kyste sébacé, gros comme les deux poings qui s’étendait de l’apophyse mastoïde à la clavicule (2).

Les kystes sébacés sont rarement uniques : l'examen d’un malade porteur d’une loupe, permet presque toujours d’en découvrir un certain nombre, surtout lorsqu'il s’agit d’une loupe de la tète ou du scrotum.

Lebert en signale 12 chez un cuisinier du Val-de-Grâce, Wogel a vu 150 de ces tumeurs sur le scrotum d’un individu et Bærensprung rapporte l’histoire d’un homme dont le nez portait, depuis la racine une teile quanité de petites tumeurs sébacées, que réunies en masse, elles pendaient sur la bouche et empêchaient l'émission de la parole.

(1) LeBERT, Traité d'anatomie path., t. 4, p. 109. (2) Broca, Trailé de chirurgie, t. 1.

D'après la plupart des auteurs, les kystes sébacés n'ont pas de signes fonctionnels. La compression des troncs nerveux ne pouvait être efficace en raison de la lascité de la peau. M. Verneuil a signalé un cas de loupes avec accidents douloureux. :

Les kystes se développent très lentement, nous avons déjà signalé le cas de Rognetta, où des loupes se développèrent à chaque grossesse. Dans la thèse de Grenelle on trouve l'observation d’un étudiant en médecine dont la loupe restée stationnaire pendant deux mois prit un accroissement très rapide après une marche forcée et une grande fatigue. Il est vrai que ce jeune homme avait assez fortement comprimé sa {tumeur avec le bord de son chapeau.

Les complications des kystes sont assez rares. .

Nous devons signaler la distension rapide de la tumeur par un liquide séreux, accident qui peut présenter des difficultés de diagnostic. A la suite de cette distension on voit souvent la tumeur s’enflammer et suppurer.

La suppuration des loupes arrive le plus souvent, chez les femmes, obligées de se servir d’un peigne, dont les dents ulcèrent le sommet de la tumeur. La peau devient adhérente et rouge. La pression réveille une vive douleur. Au bout de quelques jours, la peau s’amineit, se tend et se perfore. Par l’orifice, s'écoule un liquide très fétide. Cette inflammation peut être un moyen de guérison, les parois de la poche contractent des adhérences, la suppuration se tarit et la tumeur ne se reproduit plus.

Dans d’autres cas, il se forme une fistule qui n'a aucune tendance à se fermer. Si cependant elle se ferme, la tumeur

reprend rapidement son volume primitif, si elle ne se ferme

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