‹ Des Lésions Buccales de l'HydroaChapitre 4 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SYMPTOMATOLOGIE

L'hydroa, d’après la définition de Quinquand, est une maladie vésiculo-bulleuse à lésion unique non . polymorphe, à évolution rapide, toujours bénigne, à récidives rares, siégant ordinairement sur les téguments externes mais aussi pouvant occuper les muqueuses.

J. Franck, le premier, parla de cette affection mais la confondit avec l’herpès.

Bazin, ensuite, qui a fort bien décrit l’éruption cutanée, obscurcitson histoire en y ajoutant l’hydroa vacciniforme, lequel n’est le plus souvent qu’un dysidrosis et l’hydroa bulleux qui ordinairement est un pemphigus à petites bulles.

Hebra, Hardy, Kaposi ont mieux compris sa signification en le décrivant à propos de l’érythème polymorphe. Toutefois, ces auteurs le traitent trop en phénomène accessoire.

En outre, ces mêmes observateurs paraissent avoir méconnu ses relations évidentes avec les affections rhumatismales et avoir passé sous silence

SKI Les localisations énanthématiques, qui se produisent quelquefois dans le cours de cet état pathologique.

Quinquand, en 1882, en a repris l'étude et fit de l’'hydroa une lésion très caractérisée de l'érythème polymorphe. Le premier, il attira spécialement l'attention sur les lésions des muqueuses, assez communes dans l’hydroa.

Queis sont donc les symptômes de l’hydroa ?

Deux ou trois jours avant l'efflorescence, le malade éprouve des malaises, du frissonnement, du prurit, des cuissons: tantôt, la température ne dépasse pas 38 degrés, tantôt, elle atteint 39°5 ; puis apparaît la localisation soit sur la peau et sur les muqueuses, ce qui est commun, soit sur les muqueuses uniquement, ce qui est beaucoup plus rare.

Sur la peau, elle s'annonce par l'apparition brusque de bulles citrines, hémisphériques, turgides, bombées, qui pendant les quarante-huit premières heures restent transparentes comme de l’eau de roche.

Celles-ci sont constituées, au début, par des soulèvements épidermiques faisant une saillie asseznotable au-dessus des téguments voisins. Leur grosseur varie de celle d'un grain de mil à celle d’un pelit pois. Elle sont ordinairement entourées d’une aréole rouge érythémateuse qui, cependant, ne s’observe pas à tous les éléments.

Au bout de deux ou trois jours, le liquide des bulles se trouble, devient louche, lactescent, puriforme; les bulles elles-mêmes se flétrissent, pré-

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sentent des plis, sont comme chiffonnées, puis la dessication commence. Quand elle est terminée, on se trouve en présence d'une croûtelle qui persiste cinq ou six jours, tombe et laisse à sa place une macule brune, pigmentée, sans cicatrice, pouvant persister parfois assez longtemps. Les croûtes sont minces, quelquefois proéminentes, souvent aussi encadrées par un anneau séro-purulent : dans ce cas, la lésion est vacciniforme.

Sur les muqueuses, l’éruption ne revêt pas tout à fait la même apparence. Les bulles entourées d’un liseré rougent crèvent rapidement, les croûtes n'existent pas, elles sont remplacées par des ulcérations superficielles, recouvertes d’une fine fausse membrane d'aspect blanchâtre et opalin. Parfois, la lésion est à cheval sur la muquêuse et sur la peau; la portion cutanée est croûteuse, sèche et la portion muqueuse est blanchâtre et humide.

La durée est ordinairement de quinze jours, mais d’autres fois elle se prolonge pendant trois semaines, un mois, six mois.

A mesure que la guérison s’opère, on voit l'aspect blanchâtre s’atténuer el disparaitre, laissant une exulcération rouge et,en dernier lieu,une tache rouge persistant parfois assez longtemps et pouvant faire croire à l'existence d’ulcérations syphilitiques en voie de guérison.

Tel que nous venons de le décrire, l’hydroa marche rapidement. Après une première apparition de quelques vésicules, coïncidant avec un léger état

fébrile, on voit survenir une véritable explosion de bulles inégales.C’estla poussée principale qui s’accentue pendant le premier septénaire. Puis, après plusieurs jours, des poussées secondaires se produisent, légères, d’une durée de trois semaines à un mois et constituées par l’efflorescence de bulles peu nombreuses. Ces apparitions des éléments sont fréquemment précédées de malaises,de frissonnement, d’anorexie, coïncidant avec une faible azoturie et augmentation des matières colorantes de l’urine.

Dans son ensemble, la maladie évolue en peu de temps. Les lésions élémentaires elles-mêmes marchent d’une manière aiguë, contrairement à ce qui se passe pour le pemphigus vrai et pour d’autres maladies

bulleuses.

Parlons maintenant de l’hydroa de la muqueuse buccale, et recherchons quels en sont les symptômes

particuliers.

Voici ce que dit Bazin au sujet de l’éruption de la bouche : « La muqueuse buccale est affectée, l’érup- tion occupe de préférence la lèvre inférieure et la face interne des joues. La conjonctive peut être aussi le siège de l’éruption. »

Plus loin,le même auteur ajoute: « Surla muqueuse, les vésicules sont blanchâtres, entourées d’une aréole violacée, les croûtes se détachent plus promptément. » Cette description ne rend point un compte suffisant des divers aspects que peuvent présenter les lésions buccales.

La lésion est essentiellement superficielle mais varie d'aspect suivant la région où on l’examine.

Aux lèvres, elles débute par une rougeur intense sur la ligne médiane et sur les côtés de la ligne médiane ; presque jamais elle ne siège primitivement au niveau des commissures, ce qui la distingue de certaines syphilides.

L’érythème est d’abord circonserit, occupant tantôt la muqueuse seule, tantôt la muqueuse ét la peau ; la rougeur est lie de vin ou couleur cerise.

Bientôt, dans les premières 36 heures, on voit se manifester un certain degré d’opalescence, assez analogue à l’opalescence des plaques syphilitiques. L’exulcération ne tarde pas à survenir et le passage des irritants alimentaires ou autres fait naître un léger suintement sanguin. À cette époque, qui est la période d'état, on voit la muqueuse des lèvres recouverte de croûtelles disséminées et présentant çà et là des fissures; ces concrétions brunâtres circonscrivent des espaces opalino-blanchâtres et humides ; par places, existent des croûtes brunâtres constituées surtout par l’hépithélium desséché, emprisonnant de l’hématine et des globules rouges altérés. De plus, on trouve çà et là dépes bits ou de nouvelles poussées de vésicules plus ou moins transparentes ou opaques.

Le frein de la lèvre inférieure esi d’abord le siège d’une rougeur ; à celle-ci succède une plaque blanchâtre puis une exulcération fissurée, saignant

parfois.

La même lésion peut s’observer sur le frein de la langue. ce qui provoque de la gêne et de la douleur lors des mouvemeuts de l'organe.

Sur les gencives on aperçoit, en premier lieu, des taches qui deviennent blanchätres, s’exulcèrent, qui ressemblent à des plaques de stomatite ulcéro-membraneuse, mais qui ne s’accompagnent pas d’une aussi grande fétidité.

A la langue, sur les côtés, à sa face dorsale, à sa face inférieure, on voit se produire des petites plaques blanchâtres exulcérées, simulant un point de muguet. Les exulcérations d'apparence pseudo-membraneuse sont rares et discrètes et la fausse membrane, excessivement mince, est constituée par une légère couche de fibrine englobant des cellules épithéliales.

A la voûte palatine, on aperçoit une rougeurérythémateuse, congestive, à la périphérie d'une tache au centre de laquelle existe une teinte opaline, avec lésions histologiques et de l’œdème de la muqueuse ; tantôt l’épithélium est à peine soulevé par une petite quantité de liquide qui se résorbe ; tantôt il se forme une exulcération à fond opalin ou blanchâtre.

L’énanthème buceal, comme on le voit, peut affecter tous les départements de la bouche, mais il a deux sièges préférés, à savoir : la muqueuse des lèvres et la face dorsale de la langue.

Il est une autre affection et qui se rattache presque intimement à celle de la bouche, c’est l’angine

hydroïque. Elle est plus souvent secondaire, ‘mais

elle peut être primitive et représenter toute la maladie. Elle débute par un malaise, un léger état fébrile. Le malade se plaint de dysphagie.

On n'’observe jamais l'appareil fébrile intense d’un grand nombre d’angines aiguës, puis rapidement, dans lestrois premiers jours, on constate sur le voile du palais, sur la luette, surles amygdales, sur les piliers ou sur la paroi postérieure du pharynx, des exulcérations blanchâtres, arrondies, polycycliques, au nombre de deux ou trois, rarement plus nombreuses.

La rougeur est toujours localisée, jamais totale ou diffuse. On voit que l’altération consiste en exulcération, occupant les amygdales et les piliers ; dans ces deux points, la plaque est allongée, à bords irréguliers. La tuméfaction est toujours très modérée, la teinte est plutôt opaline,d'aspect blanchâtre, pseudomembraneuse.

Les lésions du pharynx suivent à peu près le même cycle que les lésions buccales, sans grande élévation de température, sans troubles fonctionnels très accusés. Jamais la maladie ne prend une tournure grave qui pourrait faire craindre pour les jours du malade. On a quelquefois noté un peu d’albumine dans les urines.

L'évolution toute entière se compose de quatre phases inégales dans leur intensité et dans leur durée.

Première période, érythémateuse. — Elle ne reste que quelques heures à l’état de phase congestive, se

montrant par plaques allongées, arrondies ou ova-

laires, dans les divers points de la cavité buccale. Très rapidement elle passe à la deuxième périvde.

Deuxième période, érythémato-phlycténoïide. — Sur les taches érythémateuses, on voit se produire un soulèvement des couches superficielles de la muqueuse qui aboutit tanlôt à un exsudat superficiel muco-fibrineux, tantôt à un exsudat mixte, séro-fibrineux. Ces exsudats sont toujours à la surface, de peu d'épaisseur, ne forment pas de stratification comme dans la diphtérie, ou d’accumulation comme dans le muguet. A ce moment, on voit des vésico- phlyciènes dont les unes sont surtout composées d'éléments solides ; les autres contiennent surtout des liquides.

Ces vésico-phlyctènes subissent des transformations successives, des changements cliniques à mesure qu'elles accomplissent le cycle évolutif. Voici, d’après Quinquand, la variation de leurs matériaux solides et de leurs substances minérales.

Matériaux solides

3° jour de l'éruption: 1° cas........ 1 gr. 4 ofo — Dr. Me Sas FER 1 gr. 2 — — Had CUR CUS PRIE Igr. — 5° jour de l'éruption: 4e cas........ 3 gr. a — — 11.20 MORS ITS 3 gr. —

8° jour de l’éruption: 7° cas... 8 gr. — —— BCD Fe 7 gr. I — — 0 ‘cas: 6 gr. a —

Substances minérales

3° jourdela maladie: 1° cas.....,.. O gr. 10 —

— ARE UT OST 2 o gr. 08 —

5*jour de lamaladie: 3% cas.....:.: O gr. 22 —

— APANECANLA TERRE 0 gr. 20 —

8° jour delamaladie: 5° cas........ 0 gr. 45 —

— AO CAS I NE UTEE O gr. 47 — Troisième période, d’exulcération. — L’épithélium

se détruit; alors apparaissent des plaques opalescentes, de formes différentes, simulant les plaques muqueuses humides, d’un blanc grisätre, opalin.

Quatrième période, de réparation. — Les exsudats se résorbent, s’éliminent ; les exulcérations se montrent d’un rouge vif et se mettent peu à peu de niveau avec la surface de la muqueuse ; enfin, la cicatrisation termine le processus.

On retrouve encore, un mois ou deux après la fin, des sortes de macules, indices de transformations vasculo-hématiques.

Toutes ces lésions causent de la douleur, de la gêne de la mastication, surtout pour les solides.Les malades tiennent la bouche à demi-ouverte, ressentent des picotements, ont de la salivation plus ou moins abondante et du dégoût des aliments.

P. Prévost 2

La période de réparation débute par places, au commencement du second septénaire ; alors, la rougeur diminue et avec elle les sensations pénibles et désagréables de la stomatite ; les croûtes tombent ; peu à peu, l’opalescence s’atténue et il ne reste plus que de la rougeur, puis, un aspect brunâtre. Cette dernière lésion peut se trouver plusieurs mois après la disparition. Il en est de même de la marche de l’évolution des autres plaques développées dans la cavité buccale.

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