II. — Endocardite secondaire
OBSERVATION VIII (Roustan, Bull. Soc. anat., 1886). Endocardile végétante; Broncho-pneumonie tuberculeuse aiguë.
C... J..., 3J ans, sans aucune tare héréditaire, mais très alcoolique. Oppressé depuis dix ans, avec toux, expectoration parfois striée de sang. En 1871, attaque de rhumatisme articulaire aigu généralisé. En 1877 et en 1885, pneumonie.
Entre pour frissons, point de côté, vomissements bilieux.
Cœur. — Léger prolongement du i'"" bruit à la pointe. Percussion, signes de pneumonie.
Au bout de quelques jours, oscillations de la température, persistance des signes pulmonaires. Apparition d'un souffle au niveau du prolongement du 1" bruit, souffle qui d'abord doux devient rude, puis râpeux et sibilant.
Autopsie. — Broncho-pneumonie tuberculeuse. Ni masses caséuses, ni cavernes. Granulations grises disséminées dans les deux poumons.
Cœur. — Sur les valves mitrales, deux grosses masses végétantes de le grosseur d'une noix, de couleur gris jaunâtre, de consistance assez ferme. Au centre, substance jaunâtre, molle, pulpeuse, rappelant un peu la substance caséeuse.
Dans le ventricule droit, masse végétante de même aspect. L'artère pulmonaire possédait quatre valvules dont une très petite, percée à son centre.
* Examen histologique, par M. Cornil. ~ Pas de B. tuberculeux.
Par le procédé de Gram. — Chaînettes de microcoques.
siégeant surtout dans les couches de fibrine ou de tissu embryonnaire, les unes paraissent être des pneumocoques, les autres des streptocoques
OBSERVATION IX (Guyon, interne des hôpitaux, Bull. Soc. anat,, 1889).
Tuberculose ancienne; Masses caséeuses enkystées; Congestion bilatérale des poumons au niveau des lobes inférieurs; EndocjLrdile infectieuse.
M..., 45 ans, mort le 6 mai dans le service du docteur Lancereaux.
A. P. — Alcoolisme. Epilepsie.
Le 2 janvier, frissons, fièvre avec expectoration striée de sang, perte d'appétit, amaigrissement.
Poumons. — Rudesse au sommet droit.
Cœur. — Bruits éteints.
Meurt après avoir présenté des symptômes méningitiqucs.
Autopsie. — Aucune lésion du côté des méninges.
Cœur. — Aspect normal. A l'ouverture du ventricule droit, on constate la présence d'un caillot fibrineux occupant cette cavité, se prolongeant dans l'oreillette. Végétation considérable sur une des valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire. Cette végétation a le volume de la dernière phalange du petit doigt. Elle est rougeâtre, de consistance un peu plus ferme que le muscle cardiaque. La base coiffe le bord libre de la valvule et se continue au niveau du bord adhérent avec le muscle cardiaque.
Examen histologique. — Stroma fibrineux avec cellules lymphoïdes extravasées.
Au point de vue bactériologique par méthode de Weigert^ bâtonnets, streptocoques*
Poumons. — Congestion des bases. Lobe supérieur droit, masses caséeuses enkystées.
Réflexions. — Pas de porte d'entrée appréciable de la lésion en dehors d'une lésion tuberculeuse du poumon.
OBSERVATION X (D-- Barié, médecin des hôpitaux.)
Sur un cas d'endocardite végétante infectieuse des vahules mitrale et tricuspide che^ un tuberculeux mort de pneumonie; Présence des microbes de la pneumonie dans les végétations endocardiques ; Méningite suppurée de la convexité cérébrale.
X..., garçon marchand de vins, entre le 8 mai 1886 à l'hôpital Broussais, salle Delpech, 13.
Depuis cinq jours, après refroidissement dans un travail de cave, il est pris d'un frisson violent, d'un point de côté très douloureux dans la partie droite du thorax, au dessous du mamelon, de toux, de vomissements spontanés et d'une dyspnée très vive.
Le 8, il entre dans nos salles.. Le lendemain, à la visite, le malade a la peau chaude, le pouls fréquent ; la température axillaire est de 39**, le faciès est vultueux; l'oppression, la toux sont très marquées, l'expectoration est ambrée et visqueuse,
A l'examen du poumon, signes de pneumonie du sommet droit.
A. P. — En 1877, première pneumonie siégeant au côté gauche, ayant duré plusieurs semaines. En 1885, nouvelle pneumonie à droite, d'une durée assez sourte. En 1887, légère attaque de rhumatisme aigu, peu intense. Alcoolisme. Pas de syphilis ni d'impaludisme antérieurs. Malgré l'absence de toute tare tuberculeuse, héréditaire ou acquise, j'avais quelque doute sur l'intégrité du poumon.
Au traitement institué succéda une sédation de quelques
jours, mais bientôt Tétat général devient mauvais et le malade tombe dans un état typhoïde des plus manifestes, avec adynamie.
Du côté du cœur, si les battements" étaient réguliers, le bruit systolique était un peu sourd et très légèrement prolongé à la pointe, mais ce symptôme était des plus variables. Bientôt ces modifications cédèrent la place à un souffle exactement systolique qui indiquait nettement la forrnation d'une insuffisance mitrale sous nos yeux, car le bruit mitral n'existait pas à l'entrée du malade.
Le malade succombe le 7 juin, 36** jour de sa maladie.
Autopsie. — Poumon en dehors du petit foyer pneumonique du sommet droit. Le poumon présente quelques granulations tuberculeuses, les unes en voie de caséification, au voisinage du foyer pneumonique.
Cœur, — Les deux valves de la mitrale sont garnies de trois végétations en choux-fleurs, grisâtres, peu résistantes, du volume d'une noisette. Les masses sont imbriquées de telle sorte que l'orifice mitral est réduit à une simple fente irrégulière. Ces végétations, dont l'une est légèrement exulcérée, sont recouvertes de masses fibrineuses très épaisses. La valve tricuspide est garnie de végétations de volume plus petit, mais d'apparence analogue. Il existe quatre valvules de l'artère pulmonaire dont une plus petite est perforée à son centre.
Les autres organes ne présentent rien de particulier.
L'examen histologique et bactériologique fait par le professeur Cornil montrent qu'il s'agit d'une endocardite végétante, à pneumocoques.
OBSERVATION XI. (Menetrier;.
Tuberculose pulmonaire; Aihérome aortique ; Végélation aorlique; B. coli commune.
A. P. - Femme de 50 ans. Atteinte de tuberculose pulmonaire chronique avec otite suppurée gauche. Diarrhée durant les trois derniers jours.
Autopsie. — Le 17 décembre 1891. Mastoïdite suppurée. . Rien dans les centres nerveux. Tuberculose pulmonaire avec cavernes.
Cœur. — Petit, sain.
Aorte athéromateuse. A 2 cent, au dessus des valvules il existe une végétation longue de 3 cent., grosse comme le petit doigt et friable. L'ensemencement n'a donné que du B. coli. Le pus de l'oreille contenait du B. coli et du pneumocoque.
On inocule une souris et un lapin qui meurent avec le B. coli dans les organes sans présenter de lésion du cœur.
Notre collègue et ami Macaigne qui a fait l'examen de cette végétation, n'a pu rencontrer que le B. coli communis. Aussi a-t-il tendance à le considérer comme la cause de l'endocardite.
OBSERVATION XII. (Corvisart. Traité des maladies du cœur).
Tuberculose pulmonaire ; Endocardite végétante récente.
Femme de 23 ans qui, depuis son enfance jusqu'à l'âge de la puberté, fut sujette aux épistaxis et à de fréquentes quintes de toux.
A 6 ans, hémiplégie droite.
A la suite de refroidissement, suppression des menstrues et début d'une affection de poitrine qui persiste accusée par de
ramaigrissement, de la dypsnée, une toux continuelle, une expectoration de mauvais caractère.
Le 21, elle accuse de la gonorrhée actuellement persistante.
Entre à l'hôpital et succombe au bout de quelques jours.
Autopsie. — Poumon droit, adhérent à la plèvre, substance endurcie, engorgée avec tuberculose; à gauche, mêmes lésions à un stade moins avancé.
Cœur. — Péricardite adhésive. Orifice auriculo ventriculaire gauche, rétréci, dur et cartilagineux. Les valvules mitrales et les valvules semi-lunaires de l'aorte étaient parsemées de végétations en tout semblables aux poireaux vénériens. L'orifice auriculo ventriculaire droit n'était point rétréci, mais les valvules ainsi que les sigraoïdes 'pulmonaires étaient recouvertes d'un aussi grand nombre de végétations que les mêmes parties du côté opposé.
OBSERVATION XIIL (Lancereaux. Traité d'anatomie pathologique, p. 207).
Rhumatisme articulaire subai^u ; 2° attaque ; Endocardite mitrale; Tuberculisalion pulmonaire.
V..., 26 ans, graveur sur bijoux, entre à l'Hôtel-Dieu, salle Sainte-Jeanne, n*^ 7 (service de M. Grisolle, M. Bucquoy, suppléant), le 6 mai 1888.
A. H. — Père mort d'une tumeur cérébrale. Mère, frères, sœurs bien portants.
A. P. — Couvert de gourme durant son enfance. Jusqu'à il y a deux ans, sa santé n'a pas présenté d'altération appréciable. A cette époque, il a un refroidissement et se met à tousser. En août 1867, première pleurésie du côté gauche qui dure 5 semaines. Puis survint une douleur dans le genou gauche, douleur qui s'accompagna d'une tuméfaction considérable.
Cette affection dura quinze jours. A quelque temps de là, deuxième tuméfaction.
Examen. — V... est blond, pâle. Depuis longtemps il a des sueurs nocturnes. Ses forces ont sensiblement diminué. L'amaigrissement est considérable. Il continue à tousser et depuis quatre à cinq mois, il expectore des crachats jaune verdâtre. Il a craché un peu de sang il y a deux mois.
La respiration est courte.
Depuis trois semaines, il est pris de douleurs rhumatismales avec tuméfaction pâle des poignets, genoux et cou-de-pied.
A son entrée à Thôpital, l'état des jointures est le môme.
Cœur. — Léger frémissement systolique, impulsion forte, la pointe bat à deux travers de doigt au dessous et un peu en dehors du mamelon. Le premier bruit est couvert par un bruit assez rude ayant son maximum vers la pointe du cœur et cessant complètement m la base. Le second bruit est nettement claqué surtout à la base,
Le pouls est faible.
Poumons. — Signes de ramollissement. Signes cavitaires à gauche.
Cet état persiste en s'aggravant progressivement jusqu'à l'asphyxie finale.
Autopsie. — FMeurésie sèche généralisée des deux poumons. Poumon gauche. Caverne étendue entourée de cavernules. Pneumonie caséeuse dans le reste de l'étendue. Semis de granulations grises récentes.
Cœur. — Péricarde, rien. Volume du cœur à peu près normal, légère dilatation du ventricule droit.
Cœur droit. — Caillots cruoriques récents, parois plutôt amincies, jaunâtres, molUsses. Orifices artériels et tricuspides et leur app. valvulaires n'offrent aucune altération sensible.
Cœur gauche. — Caillot cruorique récent. Au niveau del'o-
rifice aortique, on remarque de légères exsudations fibrineuses un peu anciennes, dans l'angle d'union des trois valvules. Il en existe également vers le milieu des deux valvules, à la face ventriculaire, sous la forme de végétations translucides et sessiles. La face auriculaire de la valvule mitrale présente une zone festonnée saillante de végétations de choux-fleurs ayant l'aspect de crêtes de coq et séparant nettement la face lisse ou auriculaire de la valvule de la face réticulée ou ventriculaire. Rien autre de particulier. (Duguet, obs. inédite).
Résumé. -~ Malade rhumatisant el tuberculeux, présentant une endocardite caractérisée par l'épaississement de la valvule mitrale et l'existence sur sa face supérieure d'une guirlande de végétations. Est-ce le rhumatisme où la tuberculose ? Lancereaux conclut, en raison de l'analogie des lésions, à la nature rhumatismale de l'endocardite.
OBSERVATION XIV (rapportée par M. Potain, médecin à rhospice des Ménages. Bull. Soc. anal., 18Ô2).
Femme de 71 ans, atteinte de tuberculose de la plèvre, des poumons qui présenta en môme temps que des masses tuberculeuses dans le myocarde de l'oreillette droite, de petites végétations récentes sur le bord libre des valvules mitrale et tricuspide.
OBSERVATION XV (Autopsie).
Tuberculose pulmonaire chronique; Endocardile vé^étanle. H... Fr..., 34 ans. 20 décembre 1889. Service du professeur Potain.
Autopsie. — Œdème des deux jambes remontant jusqu'aux gônoux. Un demi-litre de liquide dans la cavité abdominale.
Le poumon droit est maintenu adhérent à la plèvre pariétale par une symphyse pleurale généralisée Poumon gauche rétracté vers le sommet auquel il est intimement adhérent. Les autres parties sont comprimées par un liquide clair, dans lequel nagent de gros flocons de fibrine. La surface de la plèvre pariétale de ce poumon est tapissée d'un exsudât très épais, mais facile à détacher. On trouve au niveau du sommet une cavernule (noisette) communiquant avec les bronches et entourée de quelques petits tubercules. A la partie inférieure de ce poumon, noyau de pneumonie grise, gros comme une noix, entouré d'une zone plus rouge, dans laquelle on distingue encore des traces d'infarctus. Au niveau du bord de ce poumon, infarctus plus récent.
Poumon droit. — Cavernules du sommet. Pneumonie caséeuse.
Cœur. — Symphyse péricardique totale. Très gros. L'hypertrophie porte surtout sur le ventricule gauche. La mitrale laisse passer deux doigts ; quoique un peu dure, elle est suffisante. Elle présente quelques petites végétations, grosses comme des têtes d'épingle et très friables, placées à i millimètre environ du bord libre de cette valvule. On trouve en de certains points de petites pertes de substance paraissant mdiquer que certaines de ces végétations se sont détachées.
Autre région, sans lésion apparente.
Rate, très grosse, sans infarctus.
Foie muscade. Rien autre.
Rein gauche. — Congestion sans infarctus. Rein droit. — Cicatrices nettes d'infarctus.
OBSERVATION XVI (service du professeur Potain).
Tuberculose pulmonaire; Pneumonie caséeuse; Endocardite végétante.