‹ Des lésions trophiques consécutives aux maladies du système nerveuxChapitre 20 sur 26 · EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

EN GÉNÉRAL

A la liste déjà si longue des altérations cutanées produites par des troubles de l’innervation, faut-il ajouter encore d’autres lésions et comprendre avec elles la plupart, sinon la totalité, des dermatoses? C’est là un point difficile dont il faut au moins effleurer la discussion.

Lésions nerveuses dans les dermatoses . — C’est sur des troubles de sensibilité, sur la disposition topographique de certaines éruptions, sur quelques circonstances étiologiques que l’on pourrait s’appuyer pour établir l’origine nerveuse de ces effections. Remarquons tout d’abord que les lésions anatomiques du système nerveux font défaut. M. Déjerine (1) a bien signalé la dégénérescence des branches nerveuses cutanées au niveau des bulles de pemphigus; M. Leloir (2) l’a observée autour des pustules d’echthyma etdans le vitiligo; M. Colomiati (3) dans l’eczéma. Mais ces lésions tout intéressantes qu’elles soient n’entraînent pas avec elles l’idée qu’elles constituent le fait initial de la lésion cutanée à laquelle elles sont sous-jacentes. Sontelles primitives ou secondaires? C’est une question qui reste entière.

Quant aux lésions nerveuses centrales, elles ont été bien rarement observées. Chez un malade mort de pleuro-pneu-

(1) Déjêrine. Arch. phys., 1876. Loc. cit.

(2) Leloir. Communication à la Société de Biologie, févr. 1880.

(3) Colomiati. Annales dermat., 20 janv. 1F80.

monie au cours d’un eczéma généralisé, M. Marcacci (1, a rencontré des lésions inflammatoires du ganglion cervical supérieur et du ganglion cœliaque. Elles étaient tout à fait semblables à celles que présentent les ganglions spinaux dans certains cas de zona. Ce fait a certainement une haute importance, mais il est resté isolé et, tout en le réservant pour le cas où de nouvelles observations viendraient le confirmer, nous devons, comme nous disionstoutàl’heure, renfermer la discussion sur le terrain des symptômes et de l’étiologie.

Troubles de la sensibilité. — La sensibilité est quelquefois atteinte dans les dermatoses. M. Rendu (2) qui a fait de ce point une étude si complète a constaté que les mêmes affections génériques pouvaient suivant les cas présenter quelques troubles ou en être indemnes. Dans l’eczéma, par exemple, à côté des eczémas artificiels ou professionnels, ou survenus sous l’influence d’un écart de régime, cas dans lesquels la sensibilité est à peine altérée, se rangent les eczémas manifestement diathésiques dont les plaques se font remarquer par un degré relatif d’analgésie. Certains érythèmes marginés de cause interne, où la lésion paraît simplement congestive, se distinguent par un affaiblissement de la sensibilité à la douleur, plus marqué au centre des plaques qu’à leur périphérie; cet état fait absolument défaut dans les cas de dermite vraie, survenue sous l’in-

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fluence d’une cause irritanteextérieure. La même différence sépare les psoriasis disséminés de ceux à grandes plaques et à disposition symétrique où la sensibilité est véritable-

(1) Marcacci. Giornale italiano delle malattie veneree et délia pelle, juin 1878.

(2) Rendu. Loc. cit.

ment émoussée. L’intervention dusystème nerveux est donc manifeste dans certains cas, bien que peu marquée.

Névroses de la peau. — Il est d’autres affections où elle est réellement éclatante. On ne saurait nier en effet qu’il existe des névroses de la peau. C’est un fait sur lequel Cazenave avait déjà insisté, que Canuet (1) avait complètement développé dans sa thèse inaugurale, et qui après avoir été un peu oublié nous est revenu rajeuni de l’Allemagne. Un certain nombre d’affections prurigineuses débutent, comme les névroses, sous l’influence d’émotions vives, de chagrins, de frayeurs. Pendant q uelques jours, tout se borne à une simple démangeaison sans que les points prurigineux présentent la moindre trace d’érythème ou de papule. Causes morales, troubles exclusifsdelasensibilité, n’est-ce pas là une série de com mémoratifs qui affirment l’existence initiale d’une maladie nerveuse, surtout si nous ajoutons que ces faits sont plus fréquents chez les femmes et spécialement chez les femmes hystériques ? Après un certain délai, dix jours, quinze jours quelquefois, ainsi que l’a observé Canuet et que j’ai pu moi-même le vérifier, arrivent enfin des lésions cutanées, papules de prurigo ou de lichen, soit par le fait même de l’évolution de la maladie, soit peut-être sous l’influence de l'irritation cutanée déterminée par le grattage auquel s’est livrée la malade. La dermatose ainsi constituée conserve dans son évolution ultérieure le caractère de mobilité que présentent les névroses: brusques exacerbations, récidives fréquentes. Des faits analogues peuvent être observés à propos de l’urticaire.

(1) Canuet. Influence du système nerveuï dans les maladies cutanées. Thèse. Paris, 1855.

11 nous semble que dans tous ces cas la part du système nerveux ne saurait être méconnue ; c’est lui qui règle la marche de l’affection et, bien qu’il soit peut-être imprudent de dire avec Canuet que la médication antispasmodique et calmante triomphe souvent de ces affections, on ne peut que gagner à diriger contre lui une médication active.

Topographie spéciale de certaines éruptions. — La topographie de certaines éruptions vient dans d’autres cas démontrer l’influence du système nerveux sur leur production. Mon ami M. Testut(l) dans une savante thèse a insisté sur leur disposition symétrique. Il a sans doute exagéré l’importance de cette disposition , en ne tenant pas assez compte des circonstances extérieures , professionnelles ou accidentelles qui, dans un grand nombre de cas, expliquent mieux qu’une action nerveuse la symétrie des éruptions. Il n’en a pas moins eu le mérite de montrer que fort souvent cette topographie toute spéciale se rattachait à une pareille influence. Quant à la nature de cette intervention, c’est un point dont la discussion ne doit venir que plus tard.

Enfin certains faits spéciauxdonnent la preuvede l’action nerveuse dans la distribution de l’exanthème des fièvres éruptives. Janin de St-Just (2) mentionne que chez un hémiplégique, atteintde scarlatine la rougeurselimitapendant deux jours au côté sain et ne s’étendit qu’après ce temps au côté malade où elle resta pâle et fugace. Chevalier (3) a vula

(1) Testut. De la symétrie dans les affections de la peau. Thèse Paris, 1876.

(2) Cité par Sanné. Art. Scarlatiue. Dict. encycl., t. VII, 3e série, p. 307.

(3) Chevalier. Développement des éruptions cutanées chez les névropathes. Th. Paris, 1878.

variole confluente et hémorrhagique sur un côté du corps incomplètement paralysé, alors qu’elle restait discrète et normale sur l’autre. Enfin, chez le malade de M. Bouilly (1), i une variole intercurrente ne produisit aucune pustule sur i les régions énervées par suite de la résection du sciatique. Quelque bizarrerie qu’il y ait dans ces faits, quelque opposés qu’ils puissent paraître l’un à l’autre, ils ne concourent pas moins tous à démontrer que le système nerveux ne reste pas étranger aux lésions cutanées des fièvres éruptives elles-mêmes.

P art qui revient au système nerveux. — Que conclure de cet examen rapide? Les lésions trophiques n’ont en ellesmêmes rien de spécifique. Qu’il s’agisse d’eschares ou d’amyotrophies, nous n’avons rien trouvé en elles qui ne puisse se produire en dehors d’une influence nerveuse. Cette influence provoque la lésion, elle en domine l’évolution, mais elle ne lui donne pas de caractères anatomiques spéciaux. Pourquoi n’en serait-il pas de même des lésions des dermatoses ? Susceptibles de naître sous diverses in- ' fluences, les mêmes affections génériques reconnaîtraient | pour cause tantôt l’influence du système nerveux, tantôt une influence étrangère à ce système.

Dans quels cas se montre cette action nerveuse, à quels signes peut-on la reconnaître, et quelle modification imprime-t-elle à la marche générale des lésions, ce sont là autant de points que l’on ne saurait déterminer. Notre ignorance sur ces questions ne saurait nous faire méconnaître la part qui revient au système nerveux dans les affections cutanées. Nous la formulerons ainsi. Il n’v a pas d’affection générique de la peau qui relève exclusivement

(1) Voy. p. 151.

d’une influence nerveuse; il n’en est aucune qui ne soit susceptible de se développer sous cette influence, dans des conditions qui d’ailleurs nous échappent. Cette opinion nous paraît plus sage que celles qui tendent à exclure complètement l’influence du sj^stème nerveux ou au contraire à lui subordonner presque toute la pathologie cutanée.

Conclusions. — 1° Le système nerveux a une part à la production de l’œdème et de certaines inflammations souscutanées.

2° Les névrites spontanées ou traumatiques se compliquent fréquemment de lésions cutanées diverses dont le , zona est le type le plus commun. L’inflammation des ganglions spinaux en est une des causes les plus fréquentes.

3° Les éruptions pemphigoïdes qui succèdent aux plaies des nerfs se développent sur les points absolument insensibles.

4° Le mal perforant reconnaît le plus souvent une origine nerveuse.

5° Le décubitus acutus se développe dans les affections nerveuses centrales, rapidement mortelles ; il ne parait pas dû spécialement, dans les cas d’hémiplégie cérébrale, aux lésions des lobes occipitaux.

6° Les annexes de l'épiderme sont fréquemment compromises dans les lésions trophiques de la peau. La maladie bronzée reconnaît probablement une origine nerveuse.

7° Le système nerveux a dans l’évolution de certains cas de dermatoses une influence qu’il faut reconnaître, mais ni • qu’on ne peut encore déterminer.

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