‹ Des Lésions Viscerales De L'ImpaludismeChapitre 14 sur 28 · ST · texte numérisé non relu

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a été trouvé hypertrophié et tres consistant, ou, au contraire, friable et sans consistance. Nous y avons rencontré une coloration jaune clair, ou olivâtre, ou vert foncé. » Griesinger; dans son traité des maladies infectieuses, s'exprime ainsi, quand il décrit les lésions anatomo-pathologiques produites dans le foie par l’impaludisme. « Dans la tuméfaction chronique, l’augmentation de volume du foie est tantôt modérée, tantôt très considérable; l’hypertrophie se fait dans tous les diamètres, mais elle a lieu surtout du côté de la surface (en forme de gâteau); :es modifications du tissu consistent dans une simple hypertrophie, plus rarement dans ce qu’on a appelé la dégénérescence /ardacée.

« Dans les cachexies graves, on observe assez souvent le ratatinement secondaire de l'organe, ce qui le rapproche alors du foie granulé, et la lésion peut recevoir avec raison le nom de cirrhose »,

M. Straus la cite dans sa thèse d’agrégation (Des ictères graves), et M. Hanot en donne des observations dans sa thèse inaugurale (1876). Frerichs n’ose pas l'affirmer.

La cirrhose impaludique s'observe toujours dans la forme chronique, dans la période cachectique de l’intoxication palustre. Elle n’est pas rare en Algérie, étant donné que l’alcoolisme se joint souvent comme cause déterminante à l’intoxication palustre pour la produire. Cette cirrhose est précédée des premières altérations que nous avons décrites dans le paren-

LRQ RE

chyme hépatique: hyperhémie, hépatite parenchy. mateuse. Elle évolue d’une façon assez lente.

L’atrophie comme l’hypertrophie peuvent se rencontrer, mais la cirrhose impaludique est générale ment hypertrophique: le foie est volumineux, dense, Sa surface est lisse, contrairement à ce que l’on observe dans les cirrhoses ayant une autre origine. À la coupe, la surface de section présente en grand nombre des granulations jaunâtres dont le volume varie d’un grain de millet à un gros pois (Obs. IV), Ces granulations sont constituées histologiquement par des cellules hépatiques hypertrophiées remplies de pigment, de granulations graisseuses, quelquefois de substance amyloïide, et par du tissu conjonctif. Celui-ci est hyperplasié dans l'intervalle des granulations, à la périphérie et autour des lobules qui sont souvent envahis au point de s’effacer en partie. Autour des lobules, le tissu conjonctif revêt l'aspect strié; il est amorphe, fibro-cartilagineux dans les endroits oùal dérive d’un épaissisement de la capsule de Glisson. La cirrhose peut même être compliquée de périhépatite (Obs. IV), et il arrive que dans un cas de foie cirrhosé on trouve à l’autopsie une capsule de Glisson épaissie et présentant des adhérences avec le diaphragme. Nous avons observé un Cas de ce genre.

On a noté comme caractéristique de la cirrhose impaludique la formatien de canalicules hiliaires nouveaux et la dilatation des canaux préexistants.

TE Cest un fait commun, à toutes les cirrhoses hypertrophiques.

Dans la période cachectique de l’impaludisme, M.E£. Collin a trouvé le foie induré et parsemé également de granulations jaunâtres, qu'il distingue complètement des lésions de la cirrhose. Cet aspeet granulé est dû, d'après cet auteur, à deux substances, l’une granuleuse, brune, à demi-atrophiée en apparence, l’autre granuleuse ‘ou plutôt réticulée, jaunâtre ou blanehâtre, plus volumineuse ,enveloppant la première comme dans des mailies. « Cet aspect granulé, dit M, E. Collin, qu'on ne peut rationnellément assimiler au. premier degré de la cirrhose, est ici très commun, même dans les foies respectés par l'induration. »

Nous venons de voir que, dans certains cas'de cirrhose, les cellules du.foie peuvent être remplies de granulations graisseuses. La dégénérescence grais seuse compliquant la cirrhose à été en effet observée par Frerichs dans la moitié des cas qu'il à vus:

La dégénr escence amyloide est non moins fréquente dans la cirrhose impaludique. Frerichs donne l’observation complète d'un malade atteint de fièvres intermittentes, et buveur à la fois. A l'autopsie de cet individu, on a trouvé un foie volumi neux, à apparence lardacée à la coupe. Les cellules se coloraient en rouge vif par l'iode et l'acide suifurique.

Rokitansky fait aussi de la cachexie paludéenne une cause dé dégénérescence amyloïde du foie.

M. L. Colin en a observé deux cas, Griesing'er la cite comme une lésion rare. |

Pigmentation. — Partout où le sang s'accumule en grande quantité, dans tous les organes pourvus d’un riche réseau vasculaire, la pigmentation doit nécessairement s'établir, le sang servant de véhicule à la substance pigmentaire. Il n'existe pas toujours de pigment dans le sang du paludéen : on l’y rencontre au moment des accès de fièvre, surtout dans les formes graves ; il s'y trouve un certain temps dans la cachexie; dans les périodes apyrétiques, il fait défaut. Aussi le foie contient-il du pigment presque dans tous les cas d'intoxication aiguë, quelquefois dans la cachexie.

La pigmentation du foie dans l’impaludisme a été signalée par Lancisi au siècle dernier (De noxiis paludum effluviis), par Stoll, Billard, Richard Bright, Haspel; elle a été observée et étudiée par Meckel, Virckow, Planer, Griesinger, L. Colin, Frerichs, Mosler, par MM. Kelsch et Kiener et par M. Laveran; enfin par M. Hallopeau (Traité de Pathologie générale). :

Le foie pigmenté présente une coloration gris de fer, quelquefois brun chocolat ou noire. Sur cette teinte sombre sont isolés par îlots de petits amas noirâtres qn1 ne sont autre chose que des accumulations de pigment. La glande est augmentée de volume dans les cas très aigus, ceux où Le ramollissement est si fréquent: elle est atrophiée dans les

périodes ultérieures, lorsque la pigmentation est observée chez un cachectique.

La substance pigmentaire a des sièges de prédilection; on n’en trouve jamais dans les cellules hépatiques, et tous les observateurs sont d’accord sur ce point; la cellule ne peut renfermer que de la graisse ou du pigment biliaire qui la colore en brun verdâtre. Quelquefois elle contient à la fois la graisse et le pigment biliaire et alors le parenchyme hépatique prend la couleur bronze olive {Stewardson),

Le pigment se rencontre dans les vaisseaux de tout ordre : on en trouve dans les capillaires, dans les veines hépatiques et leurs rameaux, dans la veine porte, dans les branches de l’artère hépatique. Il y est quelquefois à l’état libre, affectant les formes les plus irrégulières; le plus souvent il est renfermé, à l’état de granulations, dans des cellules volumineuses ressemblant à des leucocytes. Dans ces cellules, véritables cellules pigmentaires, comme on les appelle, présentant un diamètre de 7 à 12u, on voil le pigment disposé à la périphérie du protoplasma, tout près du contour de la cellule, sous forme de grains noirs, ronds, au nombre de 4 à 6. M. Kelsch (Anatomie pathologique des maladies palustres endémiques. Arch. de Physiologie 1875) aurait trouvé dans le sang, aussi bien chez le vivant que sur le cadavre, des corpuscules blancs qu'il croit être des globules au premier état de pigmentation : ce sont des leucocytes, qui, sur la partie limitante de leur protopiasma, offrent une coloration noire, recon-

— # — naissable à un fort grossissement pour de ‘petits grains très fins de substance mélanique.

La pigmentation augmente d'intensité à mesure . que l’on s’avance de la périphérie vers le centre du lobule hépatique. Dans les capillaires et les petits vaisseaux, c’est surtout dans les cellules qui tapissent leur paroi interne qu’on trouve les grains mélaniques; ces cellules sont quelquefois libres dans la lumière du vaisseau et peuvent l'obstruer. Si cette obstruction vient à se produire dans les ramifications de la veine porte, il s'ensuit une atrophie de l'organe d’après Frerichs, et c’est pourquoi l’on observe dans certains cas des foies pigmentés très diminués de volume.

Le lieu d’élection du pigment mélanique est assurément la veine porte, c’est là l'opinion générale. M. Kelsch a examiné le sang de la portion intra hépatique de ce vaisseau, vrai foyer du pigment, et il y a trouvé les éléments suivants : 1° une quantité considérable de globules blanes de 7 à 12 Lu, Sans pigment ; 2° des cellules fusiformes, très allongées, effilées, quelquefois enroulées sur elles-mêmes et contenant un noyau placé excentriquement; ces cellules ne contiennent pas non plus de pigment et ‘ ressemblent tout à fait aux cellule$ épithéliales qui tapissent les sinus veineux de la rate; 3° du pigment libre, rare, et une quantité prodigieuse de cellules pigmentées, volumineuses; variables de forme et de dimensions, mais toujours très chargées de pigment, Celui-ci y est entassé, en effet, en telle quantité, que

le protoplasma de la cellule n’est plus distinct et qu'il ressemble à un gros bloc de pigment noir. Beaucoup de cellules renferment en outre plusieurs Corpuscules rouges plus ou moins altérés, et d’autres fois une sorte de gangue jaune verdâtre foncée que M. Kelsch est disposé à considérer comme le caput mortuum de globules détruits. C’est aussi l'avis de Frerichs qui dit : « La couleur du pigment est d'habitude d’un noir foncé, plus rarement elle est brune ou ocreuse, par exception seulement elle paraît d’un jaune rouge. Ces teintes représentent les divers stades par lesquels passe l'hématine pour se transformer en matière mélanique ». |

Le tissu conjonctif interlobulaire, qu'il soit normal ou de nouvelle formation, présente aussi parfois du pigment à un degré avancé de la mélanose du foie (hépatite interstitielle). M. Kelsch dit que, dans ce cas, le pigment est probablement contenu dans les vaisseaux lymphatiques.

B. — Rate.

On peut dire que de tous les viscères c’est le plus fréquemment atteint, mais non le plus gravement. La rate a, en effet, des propriétés élastiques si considérables, et en même temps une si grande force de contractilité, grâce aux fibres musculaires de ses trabécules et de ses artères, qu'elle se laisse facilement gorger de sang, mais qu’elle revient aussi non moins aisément à son volume normal.

Ar —

Congestion. — C'est encore la congestion qui ouvre la scène des différents états pathologiques pouvant s'établir dans la rate. À chaque accès de fièvre, surtout pendant le stade de froid, la rate se tuméfie; puis, peu à peu, dans les stades suivants, elle revient sur elle-même. Quand on a l’occasion d'examiner la rate sur le cadavre d’un individu mort au milieu d’un acces de fièvre, quel qu'il soit, ou aussitôt après cet accès, on la trouve augmentée de volume, de couleur sombre, de consistance molle à la coupe; il s’en échappe à la section une grande quantité de sang noir. Cette congestion de la rate, à chaque accès, modifie sa consistance; elle est généralement ramollie ; quelquefois il y a une infiltration séreuse du parenchyme. Elle peut donner lieu à des embolies, à des infarctus, à des hémorrhagies localisées. Mais elle a comme conséquence immédiate l'augmentation de volume, l’hypertrophie que nous avons déjà constatée dans le foie. M. E. Collin a nommé avec raison cette augmentation de volume hypersplénié, car elle est simple et passagère, distincte de l’hypertrophie réelle de l'organe, avec formation d'éléments nouveaux, hypertrophie qui constitue un état permanent, durable.

Indépendamment de cette hypersplénie des accès de fièvre, la rate peut fort bien, comme le foie, présenter une augmentation de volume, en dehors de toute manifestation de l’impaludisme. Cette hypersplénie peut, en un mot, être une forme latente de l'intoxication paludéenne, comme le gros foie. Un

hypersplénisé n’a pas eu forcément des accès de fièvre palustre. Ce fait n’est pas rare, bien qu'il ait été mis en doute, et l’on peut se convaincre de sa réalité dans les pays à fièvre. Cette iuméfaction s’observe chez un certain nombre d'individus n'ayant Jamais en d'accès. Nous avons eu l’occasion d’en observer plusieurs cas dans les services hospitaliers de l’hopital civil de Bône. Quelques-uns de ces malades, entrés pour des affections diverses et n'ayant jamais eu le moindre accès de fièvre, présentaient une tuméfaction notable de la rate avec ou sans splénalwie. Nous les avons examinés et interrogés avec soin, en prenant toutes les précautions nécessaires pour obtenir des résultats exacts (décubitus sur le côté droit; examen dans la station verticale). Nous avons vu notamment un nègre de 80 ans, atteint de sciatique (qui disparut elle-même sous l'influence de la quinine) et affirmant n’avoir jamais eu d'accès de fièvre (la race nègre serait plus réfractaire, prétendon, à l’intoxication palustre), jamais de dysenterie, ni autre maladie infectieuse. Chez lui une palpation et une percussion pratiquées minutieusement et répétées plusieurs jours de suite, nous ont révélé l'existence d’une hypersplénie notable : l’organe donnait une zone de matité de 18 centimètres dans le sens horizontal est de 10 centimètres dans le sens vertical.

Un autre malade, le nommé Bout..., âgé de 24 ans, né à Bône, prétend n'avoir jamais fait aucune maladie, il n’a jamais eu la fièvre; il n’est pas alcooli-

que, et présente une bonne constitution. fl entre à l'hôpital pour une bronchite aiguë. L'examen de l’hypochondre gauche nous montre une rate augmentée de volume, douloureuse à la pression ; le foie déborde les fausses côtes de quatre bons travers de doigt; il est aussi douloureux à la pression.

M. E. Collin (Recherches sur les affections de la rate dans les fièvres paludéennes de l'Algérie) hésite d’abord à admettre cette manifestation latente de la fièvre paludéenne ; mais plus loin il s'exprime ainsi : « Tout considéré, les cas de grosse rate sans fièvre auront beau être réputés cas rares, le fait est réel; il a été reconnu par l'es observateurs les plus compétents, à commencer par Hippocrate qui, avec ce taet si bien inspiré du génie, attribuait déjà l’engorgement splénique aux eaux stagnantes des étangs et des marais, en d’autres termes, à une intoxication pure et simple. » hs

Quand :l s’agit d'intoxication palustre franche avec accès, la tuméfaction de la rate est la règle. Nous ferons remarquer cependant qu’elle peut ne pas se montrer dans les premiers accès; mais elle s'établit généralement au bout d’un très petit nombre et disparaît dans les périodes d’apyrexie.

Que l'augmentation du volume de la rate s’établisse d'emblée, ou après un petit nombre d’accès de fièvre, ou chez d'anciens impaludés, elle n’épargne aucune constitution, aucun organisme, et M. E. Collin avoue que ce ne sont pas les tempéraments lymphatiques qui sont le plus exposés à l’hyper-

Sn splénie, comme on pourrait le croire. Les sujets robustes, vigoureux, qui payent du reste un large, tribut à La fièvre paludéenne, semblent le plus fréquemment atteints. Aucun âge, n'est épargné, la tuméfaction de la rate, s’observe très bien chez l’en+ fant; M. E. Collin est d’un avis opposé. Nous admettons l'opinion de Griesinger qui prétend que la tuméfaction de la, rate existe au minimum chez le vieillard etau maximum chez l'enfant. Nous avons pu vérifier le fait, et nous avons trouvé Lhypersplénie au moins aussi souvent dans le jeune âge qu’à Pâ âge adulte. Chez un petit fiévreux de 3 ans, qui avait des accès de fièvre tierce, la rate était, à chaque accès, tuméfiée à ce point qu elle occupait le tiers de, la hauteur de la.cavité abdominale. Nous la sentions très superficielle à la palpation ; elle était douloureuse spontanément et à la pression pendant l’acès, La même tuméfaction, la même superficialité de l'organe nous a été présentée par un jeune garçon de 8 aus, né en Algérie, et atteint de fièvres intermittentes tierces depuis dix-huit mois.

Comme fréquence de l hypersplénie, nous citerons les chiffres de M. E. Collin : sur 6, 636 malades, entrés dans son service pour des fièvres paladéennes de toute espèce, 467 (environ 1 sur 14) étaient atteints d' "hypersplénie très prononcée. Cette dernière fut en outre notée comme affection unique ou principales chez 491 entrants, qui presque tous avaient eu antérieurement de fréquentes, attaques de fièvre intermittente. En définitive, M. E, Collin a noté 958

ÉMATE

hypersplénisés sur 7,127 fébricitants, soit 1 sur /.

Chez 353 sujets morts de différentes maladies, 1l

y avait 204 rates augmentées de volume; parmi ces

204 cas, il y avait 52 cas de fièvres pernicieuses (50

fois l’hypersplénie a été notée), 62 cas de cachexie (hypersplénie, 52 fois),

Dans l’hypersplénie, l’hypertrophie simple du début, liée à la congestion répétée, les lésions consistent surtout en une augmentation de volume du tissu conjonctif trabéculaire, et un effacement des corpuscules de Malpighi et des gaines lymphatiques comprimées. L’atonie des vaisseaux est, à ce degré, le seul agent de la tuméfaction de l'organe ; c’est pourquoi l'on voit la rate reprendre si rapidement son volume après les accès ; pourquoi on la voit doubler quelquefois en l’espace de vingt-quatre heures. La rate a conservé à peu près sa coloration normale; son tissu est seulement plus mou, moins élastique. On verra dans ‘notre obs. X une rate de 1,200 gr. trouvée à l’autopsie d'un individu mort d'accès pernicieux. À l'examen microscopique, elle présentait des vaisseaux très dilatés.

Ramollissement, — Signalé par Audouard de 1806 à 1808, le ramollissement de la rate est la règle dans les cas aigus de la fièvre paludéenne, mais surtout dans les cas suraigus. Chaque fois que l'organe se congestionne, se gorge de sang, sa consistance est : considérablement diminuée par cette prédominance du liquide sur les éléments solides du parenchyme, La rate, augmentée de volume, se laisse déprimer

LE Vi par le doigt; posée sur la table d’amphithéâtre, elle s’affaisse sans s’étaler complètement,

C'est là un premier degré du ramollissement, mais quand la congestion est ancienne, dans les fièvres intermittentes datant de loin, dans les fièvres pernicieuses également, dans les accès pernicieux, la mollesse de l'organe est bien plus prononcée. Placée sur une table, la rate s’étale, s’aplatit en forme de gâteau; si l’on vient à la couper, on ne trouve plus dans l’intérieur de la capsule qu’un amas liquide noirâtre, s'écoulant à la coupe; le sang colle aux doigts (Voir obs. IX). Tout y est désagrégé : travées fibreuses, corpuscules de Malpighi sont en partie détruits. Cette transformation s’observe dans les autopsies les plus rapprochées de la mort, ce qui écarte en partie l’idée d'une altération cadavérique souvent invoquée. C'est à cet état que M, E. Collin a donné le nom de ramollissement pulpeux. Ces rates pulpeuses, aussi bien que les rates indurées, peuvent être recouvertes d'une capsule épaissie ou ayant contracté des adhérences ; et nous verrons les accidents graves que produit alors la rupture de ces adhérences.

A bcés ; gangrène. — Le ramollissement est certainement une cause prédisposante des abcès et de ia gangrène spléniques. Qu’une violence extérieure vienne frapper la rate ainsi ramollie, qu’il se produise une déchirure avec épanchement de sang, il se formera facilement dans ce foyer une collection

purulente, l’abcès est constitué. La même action Messerer. 4

= = pourra amener un foyer gangréneux. La gangrène est ordinairement partielle (E. Collin) (obs. VI).

Hypertrophie. Induration. — L'hypertrophie réelle ‘de la rate, suite de l’hyperhémie répétée, diffère de l'hypersplénie simple. Elle marche avec l'intensité de la fièvre ; rarement elle s'établit d'emblée, après les premiers paroxysmes; elle atteint des individus fortement frappés.

Cette hypertrophie intéresse la substance fibreuse; la fibre musculaire des vaisseaux et des trabécules est atteinte de parésie sous l’influence de l'extensi- ‘bilité exagérée qu’elle a subie à chaque accès; la trame fibreuse est épaissie. Le parenchyme est dense, compact, induré, difficile à rompre; sa coloration est moins sombre ; ii y a un certain degré de sècheresse du parenchyme. Pour peu. que ces lésions s'accentuent, que la trame fibreuse s’hyperplasie à un plus haut degré, la pulpe n'est plus formée que d’un amas de travées fibrenses, étouffant les cellules, les corpuscules de Malpighi. Ceux-ci avaient d’abord eux-mêmes proliféré: à ce degré ils s’atrophient.

Nous avions affaire là à une sclérose de la rate, à une cirrhose splénique. M. Lancereaux (Anato. mie pathologique) en fait une affection à part. « La splénite impaludique, dit-il, diffère de la splénite scléreuse simple, par ce fait que, consistant dans l'hyperplasie de tous les éléments de [a rate, elle accroît les proportions de cet organe jusqu’à lui faire atteindre, tantôt 15 à 20 centimètres, tantôt

25 à 30 dans son grand diamètre; de telle sorte qu'elle semblerait pouvoir être appelée splénite hypertrophique; mais cette désignation serait défectueuse, puisque les éléments ne sont ici que multipliés et nullement angmentés de volume, »

Cette hypertrophie avec induration est propre à l'impaludisme chronique et à la cachexie. Chez les cachectiques, elle s'accompagne fréquemment d'ascite. Nous en avons observé trois cas : la rate trèshypertrophiée et très mobile se déplaçait dans le liquide sous l'impulsion des doigts et donnait la sensation absolument exacte du ballotement abdominal chez la femme euceinte.

Périsplénite. — L'hypertrophie s'accompagne aussi assez ordinairement de périsplénite.

La pérsiplénite intéresse ou bien la séreuse péritonéale qui recouvre la rate, ou bien la capsule splénique elle-même. Très souvent on rencontre à l’autopsie d'individus, anciens impaludés ou cachectiques, des adhérences qui rattachent la rate aux organes voisins, au diaphragme, à l’estomac, à l'intestin, au foie (voir notre observation VII). Ces adhérences sont parfois tellement nombreuses, que la rate disparaît au milieu d’une sorte de gangue à aspect fibreux. On a véritablement affaire à la péritonite périsplénique, survenue à la suite de la tuméfaction chronique de l'organe, et par conséquent d’une distension de cette séreuse. Dans cette observation VII l& rate échappait tout d’abord aux investigations. Pour l’atteindre, il fallué déchirer une

forte enveloppe séreuse, résistante, une sorte de coque épaisse: enveloppant là rate comme une seconde capsule. Cette enveloppe faisait en mêmo temps adhérer la rate au diaphragme, au colon transverse et au lobe gauche du foie qui venait, de l’hypochondre gauche, se mettre en contact «le la masse splénique.

La capsule de la rate porte souvent des traces non moins appréciables de sa participation aux lésions du parenchyme. C’est en effet à leur suite que la capsule s’épaissit, prolifère. Cet épaississement n’est pas particulier à l'induration ; on le trouve aussi, comme nous l’avons vu, suivant ou accompagnant le ramollissement de l'organe.

D'ordinaire la capsule toute entière n’est pas intéressée, mais elle présente des lésions localisées : à sa surface existent des plaques, des lames de tissu dense, compact, ayant tout à fait l'aspect d'un cartilage et présentant la même consistance au toucher ; ces plaques, en nombre plus ou moins grand (une, deux, trois et plus), de forme plus ou moins régulière, sont séparées par des intervalles où la capsule est aussi épaissie légèrement, et opaque (obs. IV). M. E. Collin la compare dans ces endroits à une forte aponévrose, au fascia lata par exemple. C’est surtout à la face externe de l'organe que l’on rencontre ces plaques, souvent à la partie supérieure. Dans certains cas, une seule plaque recouvre loute la face externe de la rate, c’est le cas de notre obs. VII, où la capsule était épaissie et cartilagi-

neuse sur une surface de 45 centimètres de hauteur et de 10 centimètres de largeur. Son épaisseur était de 2 millimètres et des adhérences nombreuses de péritonite périsplénique s'ajoutaient à l’épaississemeni de la capsule.

[l est assez fréquent de voir l’épaississement de la capsule et les adhérences s’associer, et M. E,. Collin attribue même les altérations de la capsule aux péritonites partielles « toujours promptes à s'établir autour des grosses rates. »

« Ces adhérences, ajoute M. Collin, ont un but providentiel, qu’on ne peut s'empêcher de reconnaître. » La rate, en effet, lorqu'elle a acquis une hypertrophie notable, lorsque,par exemple, son poids atteint 600, 800 grammes et au-dessus, les adhérences qu’elle contracte avec les organes voisins ont pour effet de la maintenir en place ; car elle a alors la plus grande tendance à tomber dans la cavité abdominale, sous l'intluence de son propre poids. Ce déplacement n’est pas théorique, il a été constaté plusieurs fois. Le docteur Soulez (de Romorantin) a rapporté, au congrès de Blois vour l'avancement des sciences, deux cas de ce genre : Il a eu « l’occasion d'observer, dit-il, une variété singulière de tumeur intra-abdominale constituée par la rate, dont le poids avil été tellement augmenté par une énorme hypertrophie qu'elle avait quitté lhypochondre gauche pour apparaître dans des points fort diffé rents de la cavité abdominale. » Dans les deux observations présentées par M, Soulez, le pédicule de

mn. EST

la rate était formé par les artères et les veines spléniques, qui, malgré leur énorme distension, avaient conservé leur perméabilité. « Cette distension du pédicule splénique, ajoute M. Soulez, a été du reste progressive. Depuis la simple mobilité que présentent toutes les rates hypertrophiées et dépourvues d'adhérences, jusqu'à la migration totale de l'organe, il s'écoule un temps plus ou moins long pendant lequel les artères et les veines peuvent s’habituer à ce tiraillement continuel et augmenter même de calibre, ainsi que le prouvent les splénectomies pratiquées ».

Mais à côté de ces avantages, il faut reconnaître aussi que les adhérences sont un obstacle à la rétraction de l'organe, qui, maintenu par elles, a de la peine à revenir sur lui-même. On conçoit alurs que si la rate est ramollie, pulpeuse, il puisse se faire, sous l'influence de tiraillements produits par les autres viscères, des déchirures plus où moins profondes, et de véritables ruptures.

Ruptures. — Car il est certain que les ruptures ne sont pas imputables aux seules causes trauma tiques agissant sur une rate hypertrophiée ; les cas ne sont pas rares où l’on a vu des ruptures spontanées. Ces dernières consistent en de simples déchirures, à bords bien tranchés, intéressant une plus

où moins grande épaisseur du parenchyme splénique, :

ou en un éclatement avec fragments pouvant abandonner l'organe principal. M. E. Collin à observé dans une rupture de la rate un fragment de 6 centimètres de long, gros comme le pouce, absolument

Lu. AN Vie détaché du reste de l'organe et macéré; dans un un autre Cas il a trouvé 6 fragments distincts.

La rupture amène généralement un épanchement de sang dans la cüvité limitée par les adhérences ; ce sang peut encore s'échapper dans le péritoine si lé adhérences sont détruites. À

Nous relevons dans le tableau que M. E. Besnier a donné des ruptures de la rate, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, les cas suivants dus à une hypertrophie splénique d’origine impaludique :

KRUPTURES SPONTANÉES,

Obs. III, Séñac. Femme, rate hypertr.

— IV. Brochet dé la Bouttière. Femme, rate hÿpertr, = V. Lieutaud. Homme, 23 ans, fièvre quarte, — VIT, Bailly, Homme, 26 ans, f, int. pernic.

Æ IX. Id, Homme, 19 ans, f. quot. pernic.

— X. Duret. Fille, 30 ans, f. intermitt.

XI. Krause. Homme, 32 ans, f. pernic. délir. — XV. Maillot. Homme, f. quotid.

= — XXI. Arch. méd. Soldat paludéen.

- XXV. E. Collin: Homme, 40 ans, f. rémitt. pern. — XXVI, E. Collin, Homme, 26 ans, f. rémitt. gastr, — XXVIL E. Collin. Homme, 28 ans, cachex. palud, — XXVIII. E. Collin. Homme, 50 ans, f, rém. ictérode. — XXX. E. Collin. Homme, 25 ans, f. pern. délir. — XXXI. E. Collin. Homme, 22 ans, cachex. palüd.

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RUPTURES TRAUMATIQUES.

Obs. IV. Valentini. Femme fébricitante, rateleuse, coup de bâton.

— XII. Pigné. Homme paludéen, coup par le pom- | meau de selle.

— XVIII. Cayrel. Homme 23 ans, palud., chute sur le ventre.

— XX. E. Collin. Homme, 26 ans, palud., coup de pied.

Atrophie. — Nous avons vu que, dans l’impaludisme chronique et cans la cachexie, la rate, sous l'influence de la stase sanguine répétee, sous l’influence d’une hyperplasie de ses éléments, augmentait de volume, s’hypertrophiait, s’indurait et-aboutissait même à la cirrhose. Mais l’atrophie à aussi été observée à une période éloignée des accidents du début. On s'accorde généralement à la considérer comme secondaire. Comme on l’a supposé pour le foie, cetle cirrhose atrophique serait précédé d’une hypertrophie générale de l'organe, et ce n’est que peu à peu, sous l'influence de la rétraction de la trame fibreuse, qu'on verrait la rate devenir petite, dense, parsemée quelquefois de cicatrices. Cela est d'autant plus probable que l’on a trouvé des rates petites chez des sujets morts dans une cachexie avancée et chez lesquels des mois ou des années aupaparavant on avait constaté pendant la vie de l'hypertrophie splénique permanente.

Kystes. — Les kystes séreux de la rate ont été décrits comment souvent compliqua la cachexie paludéenne. On en trouve un cas de Livois dans les Bulletins de la Société anatomique.

Dégénérescence amyloïde. — Dans la cachexie pa- Judéenne, la dégénérescence amyloïde peut succéder à l'hypertrophie de la rate. Celle-ci acquiert un volume variable ; sa consistance est augmentée ; le parenchyme est compact. Si l’on pratique une section de l'organe, la coupe présente une surface lisse, brillante, onctueuse, une couleur foncée, lie-de-vin; sur cette coupe lesscuul corpes de Malpighi se présentent sous forme de grains transparents ou opalins assez gros et gonflés par la substance amyloïde, Les artérioles contiennent sous forme d'infiltration une substance amorphe, réfringente, infiniment grenue. L’iode donne la coloration. brune caractéristique de la dégénérescence amyloïde.

Pigmentation. — La rate est envahie par le pigment à peu près dans les mêmes circonstances que les autres viscères. On l’y trouve dans les cas aigus graves, chez les sujets succombant immédiatement après un accès de fièvre, et aussi dans la cachexie, lorsqu'il n'a pas eu le temps d’être éliminé. La pig mentation accompagne toujours la dégénérescence amyloïde (Obs. [TI, [V, V).

Dans les cas aigus, dans les formes pernicieuses, le pigment se trouve autour des vaisseaux ; il n’est pas intravasculaire comme dans le foie et les autres viscères.

nn “Dañs la cachexie, le parenchyme lui-même peut être infiltré d’un dépôt de corpuscules pigmentaires à l’état libre. Ge n’est pas l'avis d'Arrnstein (de Kazan) qui doute que le pigment puisse être détaché des vaisseaux ; cet auteur prétend que le pigment, même dans la pulpe splénique,est toujours déposé le long des parois vasculaires.

La rate mélanique est d’une couleur sombre, uniforme, brun noirâtre ; où bien elle présente des zones dé éoloration normale et dés zones intermédiaires, noirâtres de dépôts pigmentaires ; elle est hypertrophiée, ramollie dans les cas aigus, dure dans l’intoxication chronique et la cachexie, Les grains de pigment sont renfermés dans les différentes cellules mélanifères dont nous avons parlé à propos du foie. Les zones pigmentées correspondent à des noyaux, variables de nombre et de volume, renfermant des grains pigmentaires. Dans la rate, ce sont les tras vées pulpaires lés plus richés en substance mélanique. Célle-éi y est incluse dans des cellules volu= mineuses, de forme irrégulière ; les grains de pig ment sont en quantité considérable dans le proto= plasma de la cellule.

Les follictiles de Malpighi renferment rarement da pigment; quand on en trouve, il est contenu dans des cellules pigmentaires qui siègent dans les mailles du réseau folliculaire périphérique et dans les gaînes lymphatiques des artères qui aboütissent au folliculé, au voisinage du réticulum folliculaire lui-même.

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Jamais én ne trouve de pigment dans les capillaires veineux; rarement il en existe dans la capsule splénique.

Traitement de l'hypertrophie de la rate par les injections intershtelles d'ergotine. — Avant de ter miner cette étude de la rate, et, bien que nous ayons laissé dans ce travail tout ce qui concerne la thérapeutique des fièvres palustres, nous allons exposer les résultats que nous avons annoncés dans notre introduction au sujet du traitement de l'hypertrophie splénique.

Il y a déjà quelques années qu'on a essayé de traiter l’hypertrophie de la rate par les ponétions ét les injections.

Da Costa, en 1875, parle de cas de léucémie splénique guéris par des injections sous-cutanées d’ergotine (Cases of splenic Leukœæmia, and their treatment with hypodermic injections of ergotine = The American Journal of the med. sc. 4 janv. 1875).

J. Jones cite aussi des hypertrophies de la rate traitées par les injections sous-cutanées de seigle ergoté (Philadelph. med. and. surg. Reporter, Oct. 1876).

Enfin J.-B.-C. Gazzo a essayé le même traitement, Mais au moyen d’injections ##éra-veineuses (Philad, med. and. surg. Reporter, mars).

Mosler, de son côté, tente une expérience hardie, il injecte directement dans la rate hypertiophiée, une solution faible d'acide phénique, puis de la liqueur arsénicale de Fowler, Nous autorisant de ces

EE à: | Que

précédents nous avons essayé, avec le D' Rouquette de Bône, sur plusieurs malades de son service les injections éntra-parenchymateuses d’ergotine. Nous nous sommes entourés, bien entendu, de toutes les précautions antisepliques indispensables : lavage de la région avec une solution phéniquée forte, flambage de l'aiguille de Pravaz. Les injections n'ont été faites que dans des rates très-volumineuses, dures, super- ficielles et facilement accessibles. L'injection, renfermée dans une seringue de Pravaz ordinaire, était constituée par la solution suivante :

Extrait aqueux d’ergot de seigle de Bonjean, 2 gr. Eau distillée et glycérine pure....,....,., 20 »

Chaque gramme ou 20 gouttes de la solution contiennent 0,10 centigrammes d’ergotine.

Une seule injection a souvent suffi pour amener une diminution notable du volume de la rate; dans certains cas, deux injections ont été nécessaires.

On irouvera à la fin de notre thèse quatre observations dont une nous a été communiquée récemment par le D' Rouquette.

La première injection, faite par le D' Rouquette, a provoqué chez le malade une douleur instantanée excessivement vive qu'il comparait au passage d'un fer rouge; puis cette douleur s’est calmée; la fièvre s'est montrée le soir, avec quelques douleurs dans les bourses et les testicules ; le lendemain le malade a encore un peu souffert et au bout de quatre jours tout est rentré dans l’ordre. La même sensation de brûlure s'est manifestée chez nos autres malades;

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